Le temps des radins
Mots clés : argent, Radins, Économie, Québec (province)

Photo: Jacques Nadeau
Le radin ne manque pas nécessairement de fonds; tout le contraire, il ignore le don, l'élan. Il calcule, il s'économise sur tous les fronts et quand l'économie s'étouffe, il jubile; les aubaines foisonnent.
L'ancienne lieutenant-gouverneur Lise Thibault était certainement un bel exemple de «générosité» jusqu'à ce que le Vérificateur général exige les reçus. Depuis, on la range parmi les grippe-sous du système politique, elle qui s'est «dépensée sans compter».
Rêver au-dessus de ses moyens n'est pas interdit; j'ai quantité de potes «cassés» qui s'y exercent, même le jour. Conteurs, marins d'eau douce et d'eau salée, retraitées, miniaturistes et scribes maudits... La crise économique ne changera pas grand-chose à leur train de vie; ils ont déjà leurs entrées sur freecycle.com, réparent eux-mêmes leurs électroménagers, ont toujours modéré leurs transports, savent comment apprêter les lentilles à toutes les sauces.
Mes amis, fortunés ou non, ont tous la particularité d'être généreux, et jamais avec l'argent des autres. Entre eux, un flux circule, l'ascenseur monte toujours plus haut, alors que la radinerie, elle, vous tire vers ce que vous avez de plus vil, de plus calculateur et de plus mesquin, le sous-sol de l'instinct, le cerveau de l'écureuil. Cette cupidité nous a propulsés vers une crise mondiale comme elle a mené Le Titanic à couler pour une course aux profits.
Qu'on ne s'y trompe pas, le radin déteint, vaut mieux s'en tenir loin.
À radin, radin et demi: «Le radin fait naître un esprit de vengeance et c'est pour cela qu'il est dangereux. Pour le coincer -- ce qui ne le guérit pas -- la solution primaire consiste à devenir mesquin à son tour. Pour lui faire payer sa roublardise», fait remarquer la journaliste Marie-Joëlle Gros dans son livre Radins!. Selon elle, le radin s'est longtemps tu, mais le voilà qui fait la leçon et même qui pérore car il n'a pas son pareil pour «acheter malin» et profiter des combines.
L'endettement, connaissent pas
Morosité économique aidant, les voilà qui reviennent en force. «Les temps sont durs, autant s'entraider. Tout autour de nous, les radins font leur coming out», souligne l'auteure de Radins!. Autrefois, ils se cachaient mais en ces temps de disette annoncée, ils se livrent à leur vice en toute impunité.
«La radinerie est en passe de devenir un must be», martèle l'auteure française. Elle souligne que le radin est certainement un capitaliste mais qu'il est l'ennemi du libéralisme puisqu'il empêche l'argent de tourner. Il est constipé, financièrement parlant.
Et qu'on ne s'y trompe pas, les radins peuvent se parer de toutes sortes de vertus. L'alibi écolo en est un de plus en plus répandu et l'argument anticonsommation les sert bien. Ces gens-là se promènent à vélo pour mieux emprunter votre bagnole, ne boivent que du vin local mais ne crachent jamais dans le Chablis (des autres), récupèrent tout -- surtout les modes shaby chic et vintage -- et vivent leur frugalité aux frais de votre tas de compost. D'ailleurs, eux aussi en fabriquent. C'est bien la façon la moins coûteuse de faire fructifier les déchets et d'économiser sur les sacs verts.
Je ne connais aucune femme qui soit attirée charnellement par ce type de fumiste. Mais encore faut-il savoir les repérer. Si Marie-Joëlle Gros donne des tuyaux dans son bouquin, je privilégie l'attaque directe: en sa qualité de mec qui gagne 30 % de plus que moi malgré les programmes d'équité salariale, il paie le boui-boui. Mon féminisme a des limites, je suis rétro-romantique. Et si ça vous prend des pièces justificatives, je casque déjà pour la coloration, l'épilation, le maquillage, l'esthétique et la lingerie.
Devant pareilles exigences, un vrai radin s'enfuit en courant ou s'en tire avec son compte de dépenses. Le galant homme n'a même pas besoin qu'on lui explique les nuances du plaisir de courtiser celle qu'il convoite.
De toute façon, le radin n'est pas doué pour l'amour ou le mariage. Il sait que les divorces coûtent cher, surtout en frais d'avocat: «On pourrait même dire qu'ils sont totalement effrayés à l'idée de se faire avoir. De perdre le contrôle. L'amour, en tout premier lieu, les angoisse. Car les sentiments ça va, ça vient. Un jour on aime, et un jour on n'aime plus. C'est risqué d'aimer. Alors que 15 euros, c'est 15 euros. C'est carré. Prévisible.» L'auteure ajoute cette citation du chat de Geluck: «La différence entre l'amour et l'argent, c'est que si on partage son argent, il diminue, tandis que si on partage son amour, il augmente. L'idéal étant d'arriver à partager son amour avec quelqu'un qui a du pognon.»
Les nouveaux rebelles
Si on n'apporte rien avec soi à la fin de sa vie, le radin, lui, repousse allègrement l'idée de la mort. La sienne, pas celle des autres. Il n'y a pas pire qu'un radin pour venir réclamer son dû au moment de l'héritage. La dépouille est encore tiède qu'il s'intéresse déjà au casse-tête de la succession. C'est même là qu'on reconnaît toute sa grandeur d'âme. «Au moment des héritages, les survivants se déchirent, c'est un grand classique. [...] Les radins sont les plus prompts à dresser l'inventaire. Normal, ils lorgnent dessus depuis des années», renchérit l'auteure de Radins!.
Toutes les blessures de l'enfance ne justifient pas cette comptabilité charognarde des biens du défunt. Devenir adulte, paraît-il, c'est pardonner à ses parents et éviter de leur faire les poches dans le cercueil en espérant un remboursement.
Nouveaux rebelles de l'économie marchande (ou héritiers avisés de l'avarice de leurs ancêtres), les radins n'ont pas tout faux et savent comment faire fructifier leurs avoirs, donnons-leur ce qui leur revient. Mais si c'est l'intention qui compte, la leur est une peau de chagrin qui donne froid dans le dos. Et ne vous fiez pas à eux pour augmenter le chauffage.
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La cote est la vraie mesure de l'amour
Très à-propos, le film d'Olivier Asselin (et Lucille Fluet), Un Capitalisme sentimental, est à la fois une réflexion sur la valeur de l'argent et celle du sentiment. On a toujours dit que la Bourse était émotive, et Asselin nous le prouve de jolie façon avec son propos, qu'il campe en 1929, au moment du krach boursier.
L'histoire de Fernande Bouvier, cotée à la Bourse de New York par son amant Victor, est une fable fabuleuse, un conte pour adultes où l'amour triomphe parfois de la cupidité. «La véritable mesure de l'amour, c'est ce qu'on est prêt à lui sacrifier», dira Victor, joué par le magnifique Alex Bisping (j'aime les tronches et il en a toute une!).
Tout du long, cette histoire de bons et de méchants, de rêveurs et de fauchés, de radins et d'escrocs, d'artistes et de spéculateurs, nous démontre combien l'amour est une association comme une autre. Le plus grand des sentiments peut aussi s'avérer être le moins dénué d'intérêt.
Un film qui en ajoute, non seulement par sa facture visuelle mais par son originalité. L'amour, gratuit? Nouiiiiiii.
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Visité: www.radins.com, des trucs, des astuces, du troc, des promotions... de tout pour économiser un monde et nourrir la névrose.
Acheté: le hors-série Finances personnelles - Les affaires. Excellent numéro, qui permet de trouver un terrain d'entente dans le couple cigale-fourmi. Aussi, les finances de la famille reconstituée, le retour de l'enfant prodigue, le parent malade ou la mort d'un conjoint. Bien fait, accessible, et un dossier sur la retraite pour appâter les boomers...
Aimé: le livre de David Suzuki et David R. Boyd, Suzuki, le Guide vert - Comment réduire votre empreinte écologique. Suffit, la théorie, que peut-on faire au quotidien sans devenir forcément radin? Acheter local, bio, manger moins de viande, ne plus se procurer d'eau en bouteille et réduire son apport calorique ne sont que quelques exemples au chapitre de l'alimentation. Le livre traite également de la maison, du transport, des déchets, et établit quelques comparatifs intéressants entre la consommation d'électricité et d'eau en Europe et au Canada. Du simple au double. L'énergie et l'eau coûtent cher chez les cousins. Comme quoi la pingrerie...
Reçu: le livre de recettes La Croûte cassée de Mariève Desjardins et Marie-Michelle Garon (Parfum d'encre). D'une jolie facture, ce bouquin s'adresse à ceux qui n'ont jamais cuisiné autre chose que du macaroni au fromage Kraft acheté au Dollarama, ou qui n'ont pas pris la peine de recopier les recettes de maman. Le coût par portion (68 sous pour le jambon, 1,35 $ pour le Chili con carne) a des odeurs de récession qui ne trompent pas. Une section «Blues de novembre», «Bouffe de dépanneur» et «Budget», avec la classique casserole de lentilles, fait partie des occases. À offrir à l'étudiant désargenté ou au radin chronique.
Appliqué: quelques conseils tirés de L'Art de l'essentiel - Jeter l'inutile et le superflu pour faire de l'espace en soi de Dominique Loreau (Flammarion Québec). J'aime beaucoup cette auteure qui vit au Japon. Elle allie philosophie et sens pratique. Sa devise? «Vouloir ce qui suffit, c'est avoir ce que l'on veut» (Sénèque). Un livre qui nous montre qu'au fur et à mesure qu'elles s'accumulent, les choses perdent de leur valeur. La véritable liberté réside dans notre détachement face aux objets et aux êtres. Un livre qui s'attarde à chacune de nos peurs liées aux éléments matériels, nous prépare à mourir ou du moins à vivre comme si nous étions en voyage, dans le plus parfait détachement. Vaste programme, mais inspiration garantie ou argent remis!
Vos réactions
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