Opinion

L'opportunisme, mauvais conseiller

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Jean Allaire, Avocat et chef fondateur de l'ADQ

Édition du mardi 04 novembre 2008

Mots clés : David Peterson, Jean Charest, Élection, Gouvernement, Canada (Pays), Québec (province)

Si je vous parle d'un premier ministre libéral qui veut déclencher des élections au début d'une crise économique parce qu'il est bien positionné dans les sondages, alors que la population, elle, voudrait qu'il continue de gouverner puisqu'il lui reste encore deux ans à son mandat, à qui pensez-vous?

Eh bien non, il ne s'agit pas de Jean Charest, mais bien plutôt de David Peterson, ex-premier ministre de l'Ontario, qui a décidé de provoquer des élections pour des raisons strictement opportunistes le 30 juillet 1990.

Plutôt que d'avoir des élections à la veille de Noël comme le souhaite présentement M. Charest, M. Peterson avait choisi les vacances estivales. Il tenait l'appui de la population pour acquis. Les sondages indiquaient une réélection assez facile des libéraux avec 50 % d'appuis, suivis de loin par le NPD à 26 % et les conservateurs à 22 %.

Le premier ministre Peterson n'avait aucune raison majeure ou valable d'entraîner les Ontariens en élections, sinon son intérêt personnel. Sa province subissait un léger ralentissement économique cette année-là et il craignait que cela s'accentue dans l'année suivante et nuise à la popularité de son gouvernement.

Si les libéraux ne réussissaient pas à trouver une raison sérieuse pour justifier ces élections, l'opposition, elle, en trouva plusieurs. «Si les libéraux veulent une élection deux ans avant la fin de leur mandat, c'est parce qu'ils sentent l'odeur de pourriture, tant économique que politique, qui point à la surface», expliquait le chef conservateur Mike Harris. «Il n'y a d'autres raisons logiques ou de justification que le simple opportunisme politique», ajoutait le chef néodémocrate Bob Rae. Ils déploraient tous deux le fait que cet exercice allait coûter 40 millions aux contribuables. (Au Québec, les coûts s'élèveraient à 83 millions.)

Au jour des élections, le 6 septembre 1990, l'invraisemblable se produisit: les libéraux furent battus! Ils ne récoltèrent que 32 % des votes, comparativement à 38 % pour le NPD et 24 % pour le PC. Pendant les cinq semaines que dura la campagne électorale, les libéraux avaient donc perdu 18 points de pourcentage dans les sondages, alors que leurs adversaires avaient vu les leurs monter de 12 % et 2 %, respectivement.

Il s'agissait de la défaite la plus surprenante de l'histoire politique ontarienne. Le premier ministre Peterson était même battu dans sa propre circonscription.

Les deux leçons tirées par les analystes politiques étaient:

- Le déclenchement hâtif d'élections provoque la grogne de l'électorat, particulièrement lorsque le gouvernement n'a pas de raison majeure à invoquer et qu'un ralentissement économique point à l'horizon;

- Un gouvernement ne peut prendre la population en otage parce qu'il est en avance dans les sondages et oublier le bien commun.

Pour expliquer les similitudes politiques entre l'opportunisme de David Peterson, hier, et celui de Jean Charest, aujourd'hui, il y a un homme: Daniel Gagnier. Même s'il est peu connu du grand public, il exerce une grande influence auprès des deux politiciens. Il occupe aujourd'hui auprès de Charest les mêmes fonctions qu'il occupait il y a 18 ans auprès de Peterson, soit celle de chef de cabinet. C'est donc lui le principal conseiller des deux hommes, le grand manitou dans l'ombre. Espérons simplement que les Québécois rejetteront avec autant d'ardeur et de vigueur l'opportunisme évident et malsain érigé en stratégie politique!


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