Rae contre Ignatieff, prise 2
Mots clés : Bob Rae, Michael Ignatieff, Parti libéral du Canada, Parti politique, Canada (Pays)
Le temps n'a pas fait du surplace depuis le dernier congrès au leadership du Parti libéral du Canada, et son passage a été plus bénéfique pour Michael Ignatieff que pour Bob Rae. En prévision du match de revanche que se préparent, en principe, ces deux rivaux dans le cadre de la succession de Stéphane Dion, Bob Rae part avec quelques longueurs de retard supplémentaires par rapport à la dernière fois.
Élu pour la première fois quelques semaines seulement avant le déclenchement de la course au leadership, il n'avait jamais eu le temps de prendre ses aises dans le fauteuil de député avant de se retrouver candidat à la direction de son parti. Depuis, il a rattrapé le temps perdu.
Comme chef-adjoint de l'opposition officielle, Michael Ignatieff s'est taillé une large place aux Communes. Il y est désormais considéré comme un parlementaire de premier plan, d'un calibre comparable, pour la qualité de sa performance, à Lucien Bouchard.
Il est également revenu sur son appui à la guerre en Irak, une question qui avait hanté sa première campagne au leadership et au sujet de laquelle il a depuis convenu publiquement qu'il avait fait fausse route. Et alors qu'en 2006, plusieurs libéraux lui avaient tenu rigueur d'être un des rares candidats au leadership à avoir appuyé le prolongement de la mission canadienne en Afghanistan jusqu'en 2009, le parti s'est depuis rallié à l'idée de continuer à envoyer des troupes à Kandahar jusqu'en 2011.
Comme critique aux affaires étrangères, Bob Rae est au moins autant, sinon plus, identifié à cette décision que Michael Ignatieff. Elle est d'ailleurs loin d'être universellement appréciée au sein du PLC. S'il se lance dans la course libérale, l'ex-ministre John Manley -- qui avait présidé, à la demande de Stephen Harper, le comité qui a recommandé le prolongement de la mission -- va l'apprendre à ses dépens.
En 2006, l'appui de Michael Ignatieff à l'idée de reconnaître le caractère national du Québec avait provoqué une levée de boucliers contre lui. Il s'agit désormais d'une résolution fédérale parrainée par Stephen Harper, appuyée par la majorité de la députation libérale aux Communes, et qui fait à peu près l'unanimité des élites fédéralistes au Québec.
(En passant, les partisans québécois de M. Ignatieff ne devraient pas s'attendre pour autant à ce qu'il se précipite sur la monture constitutionnelle dans le cadre de la prochaine campagne. Depuis 2006, leur candidat est arrivé à une appréciation plus juste des risques inhérents au dossier Canada-Québec. C'est un champ de mines qu'il entend moins fréquenter cette fois-ci.)
La campagne au leadership libéral en est encore à ses balbutiements. Mais ses premiers rebondissements ont été plutôt favorables au camp Ignatieff. À cet égard, la décision de l'ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick, Frank McKenna, de ne pas se porter candidat a été une bonne nouvelle. David Peterson et son clan étaient prêts à quitter le camp Ignatieff pour celui de M. McKenna, un ami et un ancien collège de l'ex-premier ministre ontarien.
Lors de la dernière course, Michael Ignatieff avait gagné le Québec. Deux ans plus tard, sa popularité ne s'y dément pas. L'ascendant de M. Ignatieff sur les troupes québécoises du PLC (et du PLQ) est susceptible de décourager d'éventuels aspirants de lui faire la lutte.
Denis Coderre, qui était dans le camp Ignatieff la dernière fois, l'a découvert à ses dépens depuis qu'il a entrepris de sonder le terrain d'une candidature au leadership. Plusieurs libéraux ne voient pas pourquoi ils feraient un détour par un autre candidat pour aboutir chez Michael Ignatieff.
En même temps, Martin Cauchon -- qui était le partisan québécois le plus connu de Bob Rae la dernière fois -- songe lui-même à se présenter cette fois-ci. Et Dominic LeBlanc -- le député du Nouveau-Brunswick qui a déjà confirmé qu'il se mettrait sur les rangs -- fait du maraudage dans les talles de M. Rae.
Pour l'heure, la course libérale s'annonce davantage comme un débat intergénérationnel que comme un règlement de comptes décisif entre les Ignatieff et Rae. Au moment où plusieurs libéraux, échaudés par la mésaventure dionesque, sont à la recherche d'une valeur éprouvée, l'émergence d'un tel débat est infiniment moins menaçante que celle d'un mouvement anti-Ignatieff qui se coaliserait derrière Bob Rae.
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Tout cela ne veut pas dire que M. Rae se soit assis sur ses lauriers depuis sa défaite au leadership. Au contraire. Il a parachevé sa métamorphose libérale et effectué un retour remarqué aux Communes. Son expérience et son éloquence font désormais figure d'atouts essentiels pour sa formation d'adoption.
Mais il y a des circonstances qui échappent à son contrôle. L'impact de la détérioration de l'économie canadienne sur sa candidature constitue un cas de force majeure qu'il est relativement impuissant à neutraliser.
Lors de la dernière campagne au leadership, M. Rae n'était pas parvenu à effacer les mauvais souvenirs de son mandat comme premier ministre néodémocrate de la mémoire collective ontarienne. Avec, en toile de fond, le pire ralentissement économique à s'abattre sur sa province depuis son passage au pouvoir au début des années 90, la prochaine course au leadership libéral s'annonce comme une bataille que Bob Rae ne peut pas gagner.
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chebert@thestar.ca
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Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
Vos réactions
canada(pays) - par Richard Brin (brinrt@sympatico.ca)
Le samedi 15 novembre 2008 06:00
Ignatieff. un meilleur porteur pour le bon ballon - par Charles-Eugène Bergeron
Le lundi 10 novembre 2008 11:00
Rae, Ignatieff ou qui que ce soit d'autre, peu importe... - par Jean Desjardins
Le lundi 03 novembre 2008 16:00
@ M. Berger - par Gilles Bousquet
Le lundi 03 novembre 2008 15:00
Fils spirituel de Trudeau - par Roland Berger (rolandberger@rogers.com)
Le lundi 03 novembre 2008 14:00
Les Ontariens, talon d'Achille de Rae - par Mario Bruyère
Le lundi 03 novembre 2008 10:00
déjà vu - par Yvon Roy
Le lundi 03 novembre 2008 10:00
Stéphane Dion dans quel camp ? - par Jacques Gagnon
Le lundi 03 novembre 2008 09:00
Un jugement trop rapide! - par Michel Lebel
Le lundi 03 novembre 2008 08:00
La guerre pour régler des conflits ? - par Gilles Bousquet
Le lundi 03 novembre 2008 07:00
Michael Ignatieff, un candidat de taille - par Marcel Arseneau (maja@nbnet.nb.ca)
Le lundi 03 novembre 2008 07:00
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Le lundi 03 novembre 2008 07:00

