La nature véritable de ce contrat est de servir d'avertissement à l'immigrant qui s'apprête à le signer. C'est un avertissement de la manière de penser de la société d'accueil, de son histoire partagée entre une quête légitime de souveraineté et un malaise qui ne s'évacue que par des moyens du blâme, du bouc émissaire, de la généralisation : si on ne peut pas s'attaquer aux patrons anglophones et à nos chers voisins, il faut le faire alors contre le plus faible, c'est-à-dire, le concierge, le chauffeur de taxi, ou la femme voilée qui, avec leur carnation, accent et habillement, envahissent un paysage mental, sonore et imaginaire. Le problème de ce contrat et de son avertissement, c'est que celui-ci ne peut pas être plus explicite. L'immigrant s'engageant à respecter les valeurs de la société d'accueil se rend compte une fois rendu sur le site de ce que ce contrat voulait dire. Voilà ce qu'un contrat hypothétique et impossible devrait stipuler : En signant ce contrat, cher monsieur, chère madame, vous acceptez de confronter une société qui vous accueille dans la théorie et les lois, mais qui vous trouve encombrant et suspect dans la pratique quotidienne. C'est à vous de prendre ce risque.