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Déplacer un peu la réflexion - Insoutenables empreintes écologiques ?

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Alain Vézina
Envoyé Le jeudi 30 octobre 2008 08:00



Pour poursuivre avec les objections très concrètes et réelles de Mme Bolduc en fin d'article, voici des considérations moins nationales.

http://www.cyberpresse.ca/environnement/climat/200810/29/01-33952-deux-planetes-necessaires-pour-lhumanite-en-2030.php

et

http://contreinfo.info/article.php3?id_article=2287


Le rapport de Harvey Mead, au Québec, calculait il y a peu de temps, une empreinte écologique de 3 planètes à l'échelle du Québec pour une biocapacité de 12 planètes.

Oui, nous sommes des chéris de la nature. Les graphiques du second article (second lien référé) le montre bien.

Il faut se questionner cependant sur la valeur d'un calcul de la biocapacité sur une base nationale.

La biocapacité n'a pour moi de sens que sur une base planétaire à moins d'en redéfinir largement les modalités de calcul. Si cela est possible, j'en doute.

La planète est d'abord écosystèmes et écosystème global. Elle n'est pas d'abord ressources, ce qui aussitôt est une vision captatrice.

Nature et Environnement doivent être distingués.

L'environnement comporte cette vision sous forme de ressources, il est l'espace que l'on utilise, aménage, exploite. Il est ce qui nous environne.

La nature inclus l'environnement mais le dépasse. Elle nous donne une vision écosystémique globale qui insiste sur les équilibres des diverses reproductions qui la constitue.

C'est ainsi que l'on sait qu'il manque des puits de carbone à l'échelle mondiale car le fait est que l'effet de serre s'intensifie et qu'il chemine vers un état catastrophique.
L'atmosphère est plus mondiale que l'ensemble des économies. Les forêts au Québec, comme puits de carbone, ne sont pas québécoises, elles sont un bien planétaire.

C'est ainsi aussi que l'on manque d'espace (entre autres raisons) pour permettre le maintien de la biodiversité, parce que notre espèce s'accapare tout l'espace en le conformant à son usage.
C'est pourquoi nous sommes amenés à prévoir de vastes territoires de conservation, en les mettant hors de nos ressources.

Au minimum, s'il y a 12% du territoire qui doivent être mis en conservation au Québec (objectif du gouvernement), s'ils ont bien une biocapacité, celle-ci n'est pas à notre usage.

Il reste à voir si ces 12% sont suffisants. D'abord, il faut que ces zones se distribuent dans tous les écosystèmes, c'est-à-dire beaucoup mieux que l'on ne le prévoit. Un écosystème n'a rien d'une nation.

De plus certaines zones, on pense à l'Amazonie comme poumon de la Terre, ont une valeur (sans prix) planétaire. C'est sans doute aussi le cas des forêts boréales comme puits de carbone.
Tant que l'équilibre global les requiert, ces zones sont hors de l'usage humain, du moins dans l'hypothèse d'un vouloir de survie.

La mise en rapport d'une empreinte écologique à l'échelle nationale à une biocapacité à l'échelle nationale a donc quelque chose de fallacieux, d'outrageusement optimiste, d'inconséquent.

On ne peut faire un calcul de biocapacité nationale sans introduire un biais considérable. De vastes ensemble territoriaux n'appartiennent qu'à la planète et à ses écosystèmes non à des nations.
Ils sont juste pris dans des nations qui en ont la responsabilité au premier chef, bien que le monde entier puisse s'y intéresser pour s'assurer de sa protection, non pour les exploiter.

C'est le sens du risque que pose la soif américaine pour l'eau en territoire canadien, québécois. Ce n'est pas de l'eau canadienne ou québécoise, c'est de l'eau d'écosystèmes plus ou moins locaux, dans lesquels il est possible de puiser dans des limites certaines.

Notre capacité à aménager le monde ne nous laisse pas le choix de voir notre espèce à la fois dans la nature et sur la nature, avec un statut d'intrus.

L'empreinte écologique est la mesure de notre intrusion. Seule cette mesure est proprement humaine et politique.

Alain Vézina

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