La FTQ veut acheter l'îlot Voyageur

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Kathleen Lévesque
Édition du jeudi 30 octobre 2008

Mots clés : René Roy, UQAM, FTQ, Université, Syndicalisme, Montréal, Québec (province)

La centrale syndicale envisage d'y implanter son nouveau siège social

La FTQ a des visées sur le quadrilatère où croupit le projet avorté de l'îlot Voyageur, qui a plongé l'Université du Québec à Montréal (UQAM) dans un fiasco financier. La centrale syndicale envisage d'y implanter son nouveau siège social, a appris Le Devoir.

Des démarches ont été entreprises auprès du gouvernement, qui a déchargé l'UQAM de la responsabilité de l'îlot Voyageur et qui cherche un repreneur. Des rencontres ont même eu lieu depuis l'été entre la FTQ et le partenaire d'affaires de l'UQAM dans cette aventure immobilière et propriétaire de l'îlot Voyageur, le promoteur Busac.

Les discussions sont menées par le secrétaire général de la FTQ, René Roy. Ce dernier siégeait jusqu'à la mi-août au conseil d'administration de l'UQAM. Il était présent lorsque l'UQAM s'est engagée dans ce projet de l'îlot Voyageur, lorsque le scandale financier et immobilier a été rendu public par Le Devoir et lorsque se sont enclenchées des discussions serrées avec le gouvernement du Québec sur la façon de sortir l'UQAM de ce marasme de plusieurs centaines de millions de dollars.

Selon des sources diverses bien au fait du dossier, M. Roy a évoqué le déménagement du siège social de la FTQ au cours de ces discussions. La centrale serait à l'étroit dans sa tour du boulevard Crémazie. Un changement d'adresse permettrait de regrouper des syndicats comme les Teamsters et les Travailleurs unis de l'alimentation et du commerce (TUAC), qui ont plusieurs locaux éparpillés à Montréal.

Au Fonds de solidarité de la FTQ, on niait tout en bloc hier en matinée. Joint en fin d'après-midi, René Roy a d'abord dit qu'il n'y avait aucun «plan», que «jamais» il n'avait rencontré la ministre des Finances sur cette question, non plus que des représentants de Busac. Puis, il a confirmé. «On a un bras immobilier, Solim [qui relève du Fonds de solidarité], qui a un mandat de chercher des terrains où construire. C'est pour ça qu'il y a des échanges», a affirmé M. Roy.

Il a été impossible de joindre le président de la FTQ, Michel Arsenault, afin de savoir s'il était au courant des démarches du secrétaire général. Chose certaine, René Roy a précisé que, s'il devait y avoir un investissement, la transaction serait soumise à l'approbation du conseil d'administration de l'organisation syndicale.

La FTQ concurrence ainsi la Caisse de dépôt et placement du Québec, dont l'une des filiales, la Société immobilière Trans-Québec (SITQ), étudie depuis l'hiver dernier la possibilité de mettre la main sur l'îlot Voyageur. Des discussions avec de «gros locataires» auraient même été engagées.

À ce chapitre, le Mouvement Desjardins se montre intéressé par l'îlot Voyageur pour relocaliser une partie de ses employés (près de 3000) qui travaillent à l'extérieur du Complexe Desjardins. Le Mouvement effectue à l'heure actuelle une étude de faisabilité afin de trouver un site pouvant accueillir une tour à bureaux.

«L'îlot Voyageur est de toute évidence un lieu qu'on étudie parmi d'autres. On veut construire une tour», a confirmé hier Nathalie Genest, porte-parole chez Desjardins. Le choix de Desjardins sera connu d'ici deux mois.

Le projet de l'îlot Voyageur comportait à l'origine la construction d'une tour à bureaux devant rentabiliser l'investissement de l'UQAM. Mais l'exposition sur la place publique des problèmes engendrés par les décisions de l'UQAM ont mis un frein au développement du projet. Pour l'instant, l'îlot Voyageur est un chantier inachevé. Seuls le terminus central d'autobus et les stationnements souterrains sont complétés. Il y a également la structure de béton de ce qui devait être des résidences étudiantes qui trône sur le terminus. La tour à bureaux et le pavillon universitaire n'ont jamais vu le jour. Une source a indiqué que, pour redéployer le site, il faudrait tenir compte des infrastructures déjà construites.

C'est en septembre 2007 que la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne, annonçait que le gouvernement prenait l'îlot Voyageur à son compte, libérant ainsi l'UQAM de toute obligation financière concernant ce projet. Une somme de 200 millions est prévue dans le budget 2008-09 du Québec.

Depuis plus d'un an, le ministère des Finances s'emploie à dénicher un repreneur. Bien qu'il s'agisse d'un projet qui a complètement dérapé, le site pourrait avoir une valeur commerciale importante. La ministre Courchesne et sa collègue Jérôme-Forget affirment que des efforts sont faits pour assurer une seconde vie à l'îlot Voyageur.

Or les informations du Devoir sont qu'aucune négociation réelle n'a été engagée avec Busac pour dénouer les liens contractuels entre le promoteur et l'UQAM.

Le promoteur immobilier Busac n'a pas rappelé Le Devoir. Du côté de la ministre des Finances, son cabinet s'est borné hier à dire qu'aucun commentaire ne serait fait sur les «différentes avenues de solutions qui sont explorées».


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