«Ils m'ont enlevé la peur d'aller sur Internet»
Mots clés : projet Inter-âge, Aînés, Internet, Éducation, Québec (province)
Des jeunes de sixième année suscitent l'admiration de leurs élèves retraités

Photo: Jacques Nadeau
Seconde nature pour ces jeunes qui ont grandi à l'ère des technologies de l'information et de la communication (TIC), ces connaissances constituent une révélation pour plusieurs personnes âgées. «Ils m'ont enlevé la peur d'aller sur Internet. Je me suis créé des liens vers des sites qui m'intéressent, j'ai aussi proposé à une amie de mettre ses poèmes en ligne une fois par mois», explique Mme Lesage, une retraitée du Mouvement Desjardins dans la soixantaine.
Le projet Inter-âge a vu le jour en janvier dernier, lorsque l'enseignant Pierre Poulin a eu l'idée de mettre à profit les connaissances naturelles de ses élèves. Déjà, une fois par semaine, les élèves de sa classe se relayaient pour dîner avec la quarantaine de personnes âgées qui fréquentent le Centre des aînés du réseau d'entraide Saint-Léonard.
L'enseignant passionné profite de cette période hebdomadaire de bénévolat pour sélectionner les élèves susceptibles de devenir de petits profs d'informatique, qui iront, pendant les heures de classe, enseigner aux aînés une fois par semaine. «L'académique a peu à voir avec les aptitudes à participer au projet. Je regarde plutôt leur capacité de faire preuve d'empathie. Il y a certains élèves qui ont des difficultés à l'école, mais qui vont rayonner plus que d'autres dans le bénévolat», explique M. Poulin.
Cela dit, le travail scolaire ne doit pas être négligé, et Pierre Poulin avoue même se servir à l'occasion des ateliers Inter-âges pour faire du «chantage» afin que les élèves terminent leurs travaux scolaires. «Et ça marche!», confie-t-il en riant.
Cet enseignant passionné d'informatique a dû au préalable former ces petits mentors pour qu'ils accompagnent les aînés à la fois sur le maniement de l'ordinateur, sur l'interface d'édition des blogues ou même pour leur montrer comment consulter des horaires de cinéma ou accéder à leur compte bancaire.
Au-delà des habiletés techniques, l'enseignant a surtout transmis des notions de pédagogie aux élèves. «Je leur ai demandé de ne pas souffler les réponses, de laisser les aînés manier eux-mêmes la souris ou le clavier. Il fallait éviter à tout prix qu'un élève perde patience avec un aîné», illustre M. Poulin, expliquant qu'il ne passe que très peu de temps sur les notions techniques, voire pas du tout.
Le mentorat se révèle être surtout une rencontre intergénérationnelle. «Chapeau, j'admire ces jeunes. J'ai toujours cru en la jeunesse, j'en ai maintenant la preuve. Ils pourraient donner des leçons à bien des adultes, et pas qu'au niveau technique», affirme Mme Lesage, qui avoue avoir grandement amélioré son estime de soi.
Le bonheur est partagé. Azeen, 11 ans, qui s'est initiée à l'ordinateur avec son père photographe avant même de fréquenter la maternelle, apprécie l'expérience. «Je suis fière d'eux», lance la petite prof en parlant de ses élèves du troisième âge.
Philosophe, elle constate que les jeunes en tirent aussi un grand bénéfice. «J'ai remarqué qu'on apprend beaucoup en montrant des choses aux autres. On doit répéter plusieurs fois, mais on s'habitue.» Son camarade de classe Gillwidzer estime pour sa part que cette collaboration chasse les préjugés: «Il arrive que des aînés pensent que les jeunes ne font que des mauvais coups. Ils voient que nous sommes de bonnes personnes.»
La directrice du réseau d'entraide, Johanne Pitt, est convaincue que les aînés n'auraient pas autant apprécié leur expérience s'ils avaient simplement suivi un cours d'informatique. «Ils nous disent que c'est moins intimidant avec un élève qu'avec un professeur qui enseigne à toute une classe en même temps. Il n'y a pas de compétition.»
L'enseignant Pierre Poulin espère poursuivre l'expérience encore longtemps et aimerait bien que des collègues s'en inspirent. «Comme société, nous sommes rendus là. Les écoles auraient intérêt à s'ouvrir aux personnes âgées. Elles possèdent une expertise extraordinaire», conclut M. Poulin, en invitant les commissions scolaires à délier les cordons de la bourse et à faciliter le travail aux enseignants qui présentent de tels projets, comme cela a été le cas pour le sien.
Le fruit du travail de ces élèves et de leurs protégés de plus de 60 ans sera mis en ligne aujourd'hui. On y trouve de tout. Une blogueuse livre ses recettes culinaires amassées précieusement au fil des années, un autre ses réflexions philosophiques, une troisième écrit des pensées du jour tandis qu'une participante s'affaire à publier des comparaisons de prix de denrées de base au fil des ans. Les élèves de sixième année ont aussi mis en ligne des liens avec des jeux en ligne susceptibles d'amuser les aînés ainsi que des liens vers des sites qui les intéressent, afin de faire connaître, par exemple, leurs goûts musicaux. À consulter à l'adresse http://web.me.com/reseaustleonard.
Vos réactions
Des façons d'apprendre différentes... - par Marie Lalande
Le mercredi 29 octobre 2008 13:00
Sohaitons que plusieurs s'en inspire - par André Chamberland (andre.cham@sympatico.ca)
Le lundi 27 octobre 2008 09:00
Félicitations ! - par Onil Fournier (onilfournier@cgocable.ca)
Le lundi 27 octobre 2008 09:00
Quelle idée géniale M. le professeur. - par Gilles Delisle (gilles-delisle@videotron.ca)
Le lundi 27 octobre 2008 07:00

