Quelques leçons fédérales

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Chantal Hébert
Édition du lundi 27 octobre 2008

Mots clés : Élections fédérales, Leçons, Élection, Canada (Pays)

Parmi les principales provinces canadiennes, le Québec est celle dont la configuration a le moins changé à l'issue du scrutin fédéral du 14 octobre. Paradoxalement, c'est sans doute au Québec que la campagne a eu l'impact le plus déterminant sur l'issue du vote.

Par comparaison avec l'Ontario et la Colombie-Britannique, on a assisté au Québec à de plus grandes variations d'humeur électorale entre le début, le milieu et la fin de la campagne. Au bout du compte, le scrutin fédéral y a donné lieu à un déplacement de presque dix points de pourcentage par rapport au moment du déclenchement des élections. Ce déplacement s'inscrit dans un parcours en montagnes russes unique dans le paysage de la dernière campagne.

Au déclenchement du scrutin, le Bloc québécois était en déficit d'une douzaine de points par rapport à son score de 2006, une baisse observée tout au long du premier mandat de Stephen Harper. En cours de campagne, la formation de Gilles Duceppe a néanmoins récupéré les deux tiers de ce terrain.

Ce rattrapage ne s'est pas inscrit dans le cadre d'une correction de début de campagne, lorsque la réalité des élections s'impose pour la première fois et que certains électeurs peuvent être portés à ajuster le tir. Au contraire, ce premier mouvement avait été plutôt favorable à Stephen Harper. La tendance a été inversée beaucoup plus tard dans le parcours électoral.

À la mi-campagne, les conservateurs avaient pris les devants sur les troupes de Gilles Duceppe et semblaient promis à une amélioration significative de leur score, au détriment du NPD et du PLC, repoussé, avant les débats, sous la barre des 20 %. Une quinzaine de jours plus tard, les conservateurs enregistraient un recul par rapport à 2006 tandis que les libéraux gagnaient trois points (et le NPD cinq).

***

Ce mouvement d'opinion québécois n'est pas un phénomène isolé. Entre le milieu et la fin de la campagne fédérale de 2006, on avait pu observer un déplacement de votes en faveur des conservateurs au Québec. L'existence, sur la scène fédérale, d'une

valeur-refuge comme le Bloc québécois n'est pas non plus seule en cause.

Aux dernières élections québécoises, Mario Dumont et l'ADQ ont été portés au seuil du pouvoir par un fort déplacement de votes, enregistré entre le début et la fin de la campagne. Aux élections précédentes, Jean Charest était parti avec une longueur de retard sur Bernard Landry, mais l'avait devancé au fil d'arrivée. Dans tous ces cas, le parti qui menait le peloton dans les intentions de vote au déclenchement des élections était en recul par rapport au début de la campagne le jour du vote.

L'idée que la campagne puisse peser plus lourd sur l'issue d'un scrutin que le mandat qui l'a précédé fait partie des leçons du récent scrutin qui devraient inciter le premier ministre Jean Charest à une extrême prudence face au projet d'élections hâtives cet automne. Il y a en a d'autres.

Entre le déclenchement des élections et le vote du 14 octobre, on a pu assister à une nette détérioration de l'image de Stephen Harper au Québec. En un mois, les qualités qui lui avaient permis de faire son chemin dans l'opinion québécoise depuis deux ans se sont transformées en défauts. Sa marge de manoeuvre était finalement très mince.

La relation entre Jean Charest et l'électorat francophone n'est pas moins fragile. Malgré l'avance globale du PLQ dans les sondages, on le voit toujours dans les intentions de vote. On a également pu le vérifier la semaine dernière, quand les réactions viscérales du premier ministre devant l'élection d'un président de l'Assemblée nationale qui

ne correspondait pas à ses désirs ont suscité un vent généralisé de critiques plutôt qu'un concert d'approbation.

Le 14 octobre, une masse critique de l'électorat québécois a également démontré que l'absence d'ardeur référendaire ne l'empêchait pas de continuer d'appuyer un parti souverainiste. Or, encore davantage que le Bloc, dont la vocation d'opposition limite le rayon d'action à Ottawa, le Parti québécois a un bilan qui lui permet légitimement de se présenter comme une solution de rechange au gouvernement sortant. Sa chef, Pauline Marois, n'a ni les problèmes d'image de Stéphane Dion, ni son lourd bagage.

Pendant la campagne fédérale, Stephen Harper a littéralement ressuscité le Bloc avec une campagne maladroite sur des thèmes susceptibles de heurter de front les sensibilités québécoises. À sa façon, ces jours-ci, Jean Charest pourrait finir par donner un second souffle au Parti québécois.

À l'occasion d'une conférence la semaine dernière, l'ancien ministre Joseph Facal faisait remarquer que le déclin de l'ADQ s'était traduit par un retour au bercail du PLQ de bon nombre d'électeurs fédéralistes, mais qu'il n'avait pas, jusqu'à présent, produit de mouvement similaire vers le PQ. Sous cet éclairage, on peut se demander quel intérêt Jean Charest a à continuer de s'acharner sur l'ADQ. Sa présence est de plus en plus garante d'une division du vote d'opposition.

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Les élections fédérales viennent de rappeler qu'au Québec, rien n'est acquis avant le jour du vote. Elles ont démontré que, pour des électeurs nationalistes, une étiquette souverainiste n'est pas un repoussoir. Elles ont illustré combien un lien fragile avec l'électorat résiste mal aux tensions extrêmes d'une campagne.

Avant de se précipiter en élections pour réaliser son rêve de ravaler l'ADQ au rang de troisième parti à l'Assemblée nationale, Jean Charest devra se demander si une campagne dont même certains de ses proches conseillers ne voient pas la nécessité vaut le risque de se retrouver aux côtés de Mario Dumont dans l'opposition.

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Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.


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euh... - par Pierre Allard (pjca@iname.com)
Le mercredi 29 octobre 2008 18:00

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