Libre-échange Canada-Europe - Le milieu des affaires européen est déçu
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«Sarkozy et Harper vont signer quelque chose de flou qui n'engage à rien»

«Sarkozy et Harper vont signer quelque chose de flou qui n'engage à rien, dit Van den Hoven. Nous espérions une entente précise qui engage les parties à libéraliser les échanges et à arriver à des coopérations renforcées dans les domaines de l'énergie et des transports.» Depuis que le premier ministre Jean Charest s'en est fait l'avocat, au retour de Davos en janvier 2007, le projet a traversé des hauts et des bas. «Je pensais que nous allions vers un accord ambitieux. Mais les élections [canadiennes] sont venues gâcher la fête.»
L'an dernier, l'Union européenne et le Canada s'étaient engagés à réaliser une étude sur les avantages d'un tel accord. L'étude, qui pourrait être rendue publique demain, proposait l'ouverture de négociations. «Mais les élections fédérales ont limité la capacité du gouvernement canadien de s'engager», dit Van den Hoven. Et pour cause. Contacté le mois dernier, l'ancien ministre du Commerce extérieur Maxime Bernier était même convaincu qu'à cause de la campagne le sommet serait tout simplement annulé. Il aura finalement été sauvé par la peau des dents.
Van den Hoven suppose que le gouvernement fédéral n'a pas voulu soulever ce dossier en pleine campagne électorale. Car la Commission européenne exige comme condition sine qua non à l'ouverture des négociations que toutes les provinces canadiennes ouvrent leurs marchés publics, pourtant exclus de l'ALENA. En d'autres mots, que les géants européens du transport ou de l'industrie puissent concourir sur les marchés publics du Nouveau-Brunswick ou du Manitoba, exactement comme Bombardier le fait déjà sur les marchés français ou allemand. «Le gouvernement fédéral a probablement voulu calmer le jeu», dit Van den Hoven.
Les experts du dossier à Bruxelles craignent que, si les délais s'étirent, le projet ne puisse plus bénéficier du soutien précieux de Nicolas Sarkozy, dont la présidence à la tête de l'Union européenne prendra fin le 31 décembre prochain. C'est ce que craignait déjà le mois dernier l'ancien ministre Michael Fortier, qui nous avait confié qu'il fallait faire vite pour que «le Canada puisse bénéficier d'une chimie particulière entre le Canada et la France».
Le départ du commissaire européen Peter Mandelson, qui vient d'être nommé ministre du Commerce du Royaume-Uni, pourrait aussi tout remettre en question. Mandelson était un chaud partisan de cet accord, même si ses fonctionnaires, ceux de la Commission européenne, y ont toujours été opposés. Son remplaçant ne sera pas nommé avant le 22 octobre.
«Les négociations seront difficiles et rien ne garantit qu'elles seront couronnées de succès, dit Van den Hoven. C'est dommage car il y avait une occasion en or avec la présidence française.» Dans un an, après six mois de présidence tchèque, l'Union européenne sera présidée par la Suède. Le porte-parole de Business Europe croit tout de même que les négociations ont des chances de réussir. Selon lui, les économies européenne et canadienne sont complémentaires dans certains domaines. «Il y a moyen de trouver un arrangement, mais il faudra une volonté politique.»
Le risque, dit-il, c'est qu'on arrive à un accord avec autant d'exceptions que de trous dans un morceau de gruyère. Après le sommet d'aujourd'hui, le gouvernement canadien devra absolument recueillir l'assentiment des provinces, dit Van den Hoven. «C'est un constat objectif, ajoute le porte-parole du président Barroso, Amadeu Altafaj. Beaucoup de domaines concernent les provinces, comme les marchés publics, les services, la recherche et le développement. Il n'y a pas de moyen de négocier sans associer les provinces.» Une fois le projet d'accord sur la table, s'il aboutit un jour, il devra ensuite être entériné par les 27 pays membres de l'Union européenne.
Et quels pourraient être les effets de la crise financière, sans compter une éventuelle récession? «Personne n'en sait rien, dit Van den Hoven. Certains craignent tout de même un retour au protectionnisme.»
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Correspondant du Devoir à Paris
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Avec Antoine Robitaille à Québec
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