Retour sur le parcours

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Alec Castonguay , Hélène Buzzetti
Édition du mardi 14 octobre 2008

Mots clés : vote, électeurs, sondages, Parti politique, Élection, Canada (Pays)

Photo: Agence Reuters

Trente-sept jours de campagne, un jour de vote. Alors que les électeurs vont aux urnes aujourd'hui, les chefs de parti se croisent les doigts: en ont-ils fait assez? Petit retour sur le parcours de chacun d'eux.

Stephen Harper, la cassure

Dès les premiers jours de la campagne, tous ont compris pourquoi Stephen Harper tenait à envoyer le pays aux urnes dès cet automne, quitte à contourner sa propre loi sur des élections à date fixe. Les controverses qui avaient miné le Parti conservateur semblaient bien loin dans la tête des citoyens, après trois mois de vacances estivales. Après une semaine de campagne, les sondages plaçaient Stephen Harper fortement en tête dans les intentions de vote. Certains coups de sonde le créditaient même d'un gouvernement majoritaire. Les stratèges conservateurs avaient vu l'embellie.

Sa machine était également prête à partir. Pendant que les libéraux éprouvaient des problèmes avec leur avion, les conservateurs volaient à travers le pays avec un plan de campagne simple et axé sur le leadership de Stephen Harper. On le voyait habillé d'un chandail bleu poudre en train de jouer avec des enfants. On tentait de projeter l'image d'un homme rassurant à qui on peut faire confiance.

En début de campagne, l'équipe conservatrice est très vigoureuse et attaque tous azimuts le Parti libéral et le Bloc québécois. On tente de les achever pour ne pas qu'ils se relèvent. Mais les attaques mal dosées peuvent aussi causer des dégâts dans son propre camp. C'est ce qui arrive, alors que l'équipe conservatrice fait des erreurs. Un macareux qui défèque sur Stéphane Dion dans un site Internet; le directeur des communications du parti qui doit démissionner lorsqu'il accuse le père d'un soldat mort d'être un partisan libéral parce qu'il critique la position des conservateurs au sujet de l'Afghanistan; des candidats qui cachent des dossiers criminels...

Mais rien ne semble coller à Stephen Harper. Les sondages montrent un PC largement en tête. Après deux semaines de campagne, les conservateurs sont même en avance au Québec (34 %, contre 32 % au Bloc), selon Léger Marketing.

Mais tout bascule lors de la troisième semaine. Il y a une véritable cassure dans les intentions de vote. Les artistes se mobilisent contre les compressions en culture et Stephen Harper jette de l'huile sur le feu en laissant entendre qu'ils sont des enfants gâtés et que les gens ne vont pas leur porter attention. Le PC prend également son engagement controversé sur les jeunes contrevenants qui fera beaucoup de bruit au Québec.

Rien pour aider: le gouvernement Charest monte sur toutes les tribunes pour critiquer le gouvernement Harper, qui a ainsi du mal à passer son message de fédéralisme d'ouverture. La remontée du Bloc québécois est rapide. Le débat des chefs, où la performance de Stephen Harper est jugée décevante en français, accélérera la descente du PC au Québec.

La crise économique devient ensuite l'enjeu principal de la campagne et Stephen Harper peine à montrer qu'il a un plan et de la compassion pour les gens qui perdent leur emploi. Le déclin du PC en Ontario commence, de sorte que Harper voit sa majorité s'envoler. Les conservateurs semblent avoir repris un peu de rythme en fin de semaine, mais est-ce que ce sera suffisant pour obtenir la majorité? La planche de salut de Stephen Harper repose maintenant sur la faiblesse de Stéphane Dion.

***

Gilles Duceppe, le revenant

La campagne du Bloc québécois a bien mal démarré. La pertinence du parti est lourdement remise en question dans les médias et Gilles Duceppe est sur la défensive pendant plusieurs jours.

Le chef du Bloc commence sa campagne avec un message clair qu'il martèlera du début à la fin: un gouvernement conservateur majoritaire serait néfaste et le seul parti qui peut empêcher Harper d'avoir les coudés franches, c'est le Bloc québécois, répète-t-il. Mais le message passe difficilement pendant les deux premières semaines.

Pourtant, tout bascule en l'espace de quelques jours. D'abord, Gilles Duceppe fait une bonne performance à l'émission Tout le monde en parle. La mobilisation du milieu culturel contre les conservateurs et la promesse de Harper sur les jeunes contrevenants ébranlent ensuite les électeurs. Les Québécois semblent alors plus réceptifs au message du Bloc, qui dit que les conservateurs sont dangereux pour les valeurs de la province.

Stephen Harper dénoncera la démagogie du Bloc, mais il sera forcé de reconnaître, lors d'une entrevue, que Gilles Duceppe a été efficace. Après tout, le chef conservateur a été lui aussi très dur, sinon démagogique, envers ses adversaires. D'ailleurs, la camionnette du Parti conservateur qui dénonce «la facture» de 350 millions de dollars du Bloc québécois se retournera contre Stephen Harper. Les Québécois n'ont visiblement pas apprécié se faire dire qu'ils ont fait une erreur en votant pour le Bloc depuis 1993. Même des organisateurs conservateurs affirment qu'il s'agit d'une gaffe qui a contribué à faire tourner le vent.

Deux jours avant les débats des chefs, le Bloc a repris la tête dans les intentions de vote. Gilles Duceppe remporte le débat et scelle sa remontée. Le Bloc profite ensuite du vide lorsque Harper est à l'extérieur du Québec. Aucun porte-parole conservateur crédible ne donne la réplique à Gilles Duceppe dans la province.

À moins d'une débâcle-surprise, le chef du Bloc remportera son pari ce soir: gagner la majorité des sièges au Québec. Et qui sait, peut-être privera-t-il Stephen Harper de la majorité aux Communes?

***

Stéphane Dion, en crescendo

C'est ainsi que David Smith, le sénateur libéral et grand argentier du PLC, décrit la campagne menée par sa formation politique. S'il se battait pour sa survie il y a à peine 37 jours, le Parti libéral peut maintenant rêver à la victoire sans être illico ridiculisé.

La campagne de Stéphane Dion avait mal commencé. Incapable de se trouver un avion de campagne pour sillonner le pays, le PLC s'est rabattu sur ses autobus les quatre premiers jours, ce qui l'a obligé à rester dans l'ouest du Québec et le sud-est ontarien.

Au Québec, à l'extérieur de Montréal, le parti met une dizaine de jours pour ouvrir ses bureaux de campagne et poser ses affiches. À Québec, le candidat Simon Bédard doit démissionner pour des propos concernant les Mohawks qu'il a tenus il y a près de 20 ans. Une autre candidate, Lesley Hughes, doit l'imiter au Manitoba, cette fois pour avoir défendu des théories du complot à propos du 11 septembre 2001.

Le vent commence à tourner lorsque le PLC dévoile son programme électoral chiffré, qui obtient l'imprimatur de plusieurs analystes économiques. Non, disent-ils, la taxe sur le carbone n'engendrera pas une récession. La semaine suivante, Bob Rae marque un grand coup: il démontre que le discours de Stephen Harper déplorant le refus canadien de participer à la guerre en Irak est un calque d'un discours australien.

Le PLC a capté l'attention juste à temps pour les débats télévisés. Stéphane Dion, sans crever l'écran, offre une solide performance riche en contenu. Il profite aussi de l'occasion pour annoncer un plan dans les 30 premiers jours de son gouvernement pour faire face à la crise économique mondiale.

Le coup porte. Stephen Harper se retrouve sur la défensive en matière économique, un terrain qu'il revendiquait pourtant comme le sien. Pendant ce temps, Dion sillonne l'Ontario, présenté tantôt par Paul Martin, tantôt par Sheila Copps et Jean Chrétien, essayant de projeter l'image d'une grande famille libérale réconciliée. Quant à la question anglaise qu'il a ratée en entrevue, il décide de la tourner à son avantage en en parlant dans tous ses discours.

***

Jack Layton, le postulant

C'est ainsi que le chef du NPD s'est présenté le jour du lancement de sa campagne électorale. Lui, Jack Layton, postulait pour l'emploi de premier ministre du Canada.

En réalité, si le NPD ne se fait pas d'illusion sur ses chances de remporter la palme ce soir, il aspire à remplacer le Parti libéral à titre de solution de rechange au Parti conservateur. La campagne de Jack Layton a été une campagne pour le poste de chef de l'Opposition officielle.

Le NPD a rafraîchi son iconographie et a présenté un programme détaillé et chiffré. Sa façon de se poser en défenseur des familles de la classe moyenne lui a par contre valu les railleries de ses adversaires. Car, pour financer ses promesses, Jack Layton entend hausser les impôts des entreprises (et pas seulement ceux des grandes banques et des pétrolières, comme il le répète sans cesse) de 50 milliards de dollars.

Jack Layton n'a peut-être pas fait augmenter de manière significative les intentions de vote en faveur de sa formation, mais il a réussi à les consolider. Aux deux élections précédentes, les militants néo-démocrates se réfugiaient au Parti libéral pour empêcher l'élection d'un parti encore plus à droite. Cette fois, malgré tous les appels au vote stratégique, les appuis du NPD se maintiennent. Jack Layton n'a pas eu une campagne sans faille pour autant. Quatre de ses candidats ont dû se retirer de la course, qui pour avoir fumé de la drogue, qui pour s'être baigné nu devant des adolescents, qui encore pour avoir proféré des obscénités. Deux d'entre eux n'ont pu être remplacés. Du coup, les ministres conservateurs Bev Oda et Gary Lunn pourraient être menacés par les candidats libéraux.

***

Elizabeth May, déjà victorieuse

La leader du Parti vert peut déjà crier victoire. Elizabeth May a réussi à faire parler de sa formation davantage pendant cette campagne électorale que pendant toutes les précédentes campagnes réunies. En recrutant un député libéral déchu quelques instants avant le déclenchement des élections, elle s'est donné un argument sur lequel appuyer sa demande de participation aux débats télévisés des chefs. Le refus initial du trio Harper-Layton-Duceppe ne lui a que procuré plus de sympathie populaire.

Directe, candide, Mme May a su séduire les électeurs en quête d'authenticité. Les discours partisans hypocrites, très peu pour elle. Elle n'a donc pas hésité à reconnaître qu'elle ne serait pas première ministre et à souhaiter plutôt que son adversaire libéral, Stéphane Dion, le devienne. Et si, pour cela, il devait n'y avoir aucun candidat vert d'élu, eh bien, tant pis!, a-t-elle déclaré en entrevue.

Mme May s'est amusée à traverser le Canada d'ouest en est par train, arrêtant partout au pays, parfois au beau milieu de la nuit où ses partisans l'attendaient. Son plus gros défi reste quand même à se faire élire ce soir.

Or Mme May a choisi de se présenter dans Nova-Centre contre Peter MacKay, le populaire ministre conservateur sortant. Certes, le Parti libéral a choisi de ne lui opposer aucun adversaire, mais sera-ce suffisant pour renverser le titan?


Vos réactions


Stéphane Dionoffre une solide performance riche en contenu... - par Serge Manzhos
Le mardi 14 octobre 2008 03:00

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com
  Publicité - Un produit ou un service ?