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Un gouvernement de coalition : une hypothèse envisageable?
Il faut que le parti libéral et le parti néo-démocrate réunis aient plus de députés que les conservateurs, et il faut que Jack Layton et Stéphane Dion s'entendent pour former une coalition gouvernementale. Le parti de G. Duceppe n'étant pas un parti fédéral national n'entrerait pas dans une telle coalition, puisqu'il n'a pas vocation à diriger le Canada, se limitant à défendre au niveau fédéral les intérêts du Québec, comme Duceppe le répète à satiété.
Si donc les partis de J. Laytton et de S. Dion remplissaient les deux conditions sine qua non mentionnées plus haut, il pourrait se passer ce qui suit. Si Stephen Harper, Premier ministre d'un gouvernement minoritaire, met à exécution sa menace de provoquer des votes de confiance pour faire passer à tout prix les composantes de son programme, libéraux et néo-démocrates pourraient alors s'unir aux Communes pour renverser le gouvernement minoritaire et convaincre ensuite la gouverneure générale de leur confier la tâche de former un nouveau gouvernement qui aurait la confiance des Communes, au lieu de déclencher des élections. Il serait difficile à la gouverneure de refuser cette possibilité, surtout peu de temps après les élections en cours.
Certes, dans les systèmes parlementaires de type britannique, utilisant le mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour, les gouvernements de coalition sont plutôt exceptionnels puisque le bipartisme caractérisait le système partisan, avec une éventuelle alternance du pouvoir. La situation a bien changé puisque se trouvent maintenant des partis tiers représentés à la Chambre des communes, dans le cas du Canada. On trouverait aussi des exemples de gouvernement de coalition en Australie, mais également au Canada.
En effet, des coalitions de ce genre ont déjà existé au niveau provincial. On peut citer l'exemple de la Saskatchewan, qui a connu une coalition du NPD et des libéraux de 1999 à 2003. Il y a eu d'autres coalitions en Ontario, au Manitoba, en Saskatchewan et en Colombie-Britannique, lorsque les partis traditionnels ont formé une coalition de 1941 à 1952 pour barrer la route au CCF. Au niveau fédéral, une véritable coalition s'est produite avec sir Robert Borden en 1917. Aux prises avec une forte opposition à la conscription et avec d'autres difficultés majeures pendant la Première Guerre mondiale, Borden a cherché à élargir sa base politique en période de guerre en invitant plusieurs libéraux favorables à la conscription et d'autres personnalités à faire partie de son gouvernement.
Ce n'est pas parce que cela ne s'est fait qu'une fois au niveau fédéral, que cela ne peut pas se faire. Il faut savoir innover, surtout en cas de nécessité. Et dans cette situation, Stéphane Dion pourrait bien changer d'avis. À la suggestion de Jack Layton, il a dit non, mais on Non s'inscrit dans le cours de la campagne électorale, et la réalité de la situation à la Chambre des communes peut le faire changer d'avis, surtout s'il a la possibilité de battre le gouvernement conservateur.
On se rappelle que Paul Martin en réponse à une question portant sur un gouvernement minoritaire, s'était tourné vers Jack Layton en disant: «On pourrait s'entendre.» Par ailleurs, un des hommes clés de S. Dion n'est autre que l'ancien méo-démocrate Bob Rae.
La pratique d'un gouvernement de coalition est assez courante en Europe et elle est le fait de grandes démocraties, comme l'Allemagne ou la Belgique, où les coalitions portent des noms colorés, coalition violette, coalition arc-en-ciel ou orange-bleue, par allusion au mélange des couleurs des partis qui la forment. Et des gouvernements, comme le Conseil fédéral suisse, l'équivalent d'un conseil des ministres, ou le gouvernement français actuel, comptent des ministres de groupes politiques «opposés».
Si les deux conditions mentionnées plus haut existent et si S. Harper minoritaire met ses menaces à exécution, un gouvernement de coalition fédéral est une éventualité à considérer et une solution tout à fat valable pour supplanter un gouvernement conservateur. Mais une troisième condition existe qui, elle, ne dépend pas des partis politiques mais des électeurs. Pour que cette possibilité de battre un gouvernement conservateur puisse un jour se réaliser, il faut que les électeurs votent massivement en faveur des deux partis qui peuvent former une collation, le NPD et le parti libéral. Le Bloc de G. Duceppe peut certes contribuer à rendre minoritaire en Chambre le parti conservateur, mais il ne peut rien faire pour battre à la Chambre des communes ce gouvernement en le remplaçant par une gouvernement de coalition, éventuellement minoritaire, mais bénéficiant de l'appui tacite du Bloc qui veut à tout prix réduire au maximum le nombre de députés conservateurs. Les électeurs ont donc un choix à faire, entre un vote NPD ou libéral, qui permettrait de remplacer un gouvernement Harper minoritaire par une coalition gouvernementale, ou un soutien au Bloc qui n'offre pas, de par sa nature même, une telle possibilité.
