L'attrait du minoritaire
Mots clés : gouvernement minoritaire, Gouvernement, Élection, Canada (Pays)
Il est tout à fait possible que mardi prochain l'on se retrouve Gros-Jean comme devant, «back to square one», comme disent nos compatriotes anglophones. Et cela sans doute à cause de l'éternel blocage du plus détendu des partis politiques canadiens, celui qui jamais n'assumera la responsabilité de l'exercice du pouvoir.
Les Québécois, ces minoritaires historiques, auraient de toute évidence pris goût aux gouvernements minoritaires. Après plus d'un siècle de soumission aux différents pouvoirs en place, ils ont retrouvé de la sorte les plaisirs à peine avoués de la rébellion. Le Bloc québécois, créé, ne l'oublions pas, par Lucien Bouchard, un rebelle réformé à la suite des échecs successifs de référendums sur la souveraineté, s'offre aux électeurs comme l'instrument privilégié de leur force collective. Le Bloc joue un rôle inédit, celui de donner aux Québécois, à chaque élection, le sentiment de gagner symboliquement un référendum, eux qui ont choisi de perdre les vrais en 1980 et en 1995. Depuis, le BQ empêche le Canada anglais de vivre tranquillement allongé, au propre comme au figuré, sur les États-Unis.
Bien imprudents, on a cru au début de la campagne électorale, et ce, à la lumière des trop nombreux sondages, que le Bloc connaîtrait une forme de désagrégation. Mais c'était compter sans l'habileté avec laquelle son chef réussirait à transformer une décision politique discutable, mais mineure, celle de réduire de quelques dizaines de millions les programmes culturels pour éventuellement les transformer en d'autres, ce que plus personne ne veut croire même si c'est vrai, en une attaque en règle contre le Québec. C'est bien connu: lorsqu'on a l'air de toucher à l'identité québécoise, le Québec entier dégaine. C'est apparemment ce qui s'est passé.
Stephen Harper, pour des raisons obscures, on aurait envie d'écrire «inconscientes», semble flotter au-dessus des agitations actuelles. Est-ce par tempérament, par aveuglement idéologique, par incompétence? Bien malin celui qui risque une explication. Car enfin, cet économiste, un des rares intellectuels conservateurs, ne peut pas demeurer dans cet état de paralysie politique alors que tous les chefs de gouvernement occidentaux se consacrent à la tâche délicate, mais essentielle, de rassurer leurs concitoyens. Si c'est dans l'adversité que s'illustrent les grands hommes, Stephen Harper ne semble pas correspondre à la définition.
Par contre, quel attrait aurait un gouvernement minoritaire dirigé par Stéphane Dion, une hypothèse qui peut devenir réalité si le Bloc remporte de nombreuses circonscriptions au Québec, mettant ainsi un terme aux espoirs conservateurs? La nature humaine étant ce qu'elle est, la perception si négative que l'on s'était faite de Stéphane Dion est en train de se transformer. Sa pugnacité, son côté besogneux en politique, une forme de hargne qu'il met à attaquer son adversaire principal en ont surpris plusieurs.
Mais a-t-on oublié que celui qui se vit en futur leader du Canada a réussi à accéder à la tête du Parti libéral par défaut, en quelque sorte, se faufilant tout en vert entre deux favoris, Bob Ray et Michael Ignatieff, qui ont préféré perdre la nomination plutôt que de faire alliance? Ces deux-là, demeurés discrets pendant la campagne, n'ont pas résisté, cependant, à contredire parfois leur chef. Stéphane Dion, ne l'oublions pas, a échoué dans sa tâche de réunifier son propre parti, un objectif pourtant obligatoire. Ces deux poids lourds libéraux seront là, à n'en point douter, à attendre la chute de celui qui leur a volé ce poste auquel ils aspirent comme leur revenant de droit. La défaite du Parti libéral mardi soir serait la fin de Stéphane Dion. Et un gouvernement minoritaire libéral risquerait de n'être qu'un sursis pour lui.
Chaque élection fédérale confirme le statut d'enfants terribles du Canada que sont les Québécois. En choisissant sciemment de s'exclure du pouvoir tout en l'obligeant à faire des concessions lorsqu'il s'agit des intérêts du Québec, tels que définis par le Bloc québécois tout de même, les électeurs qui votent pour ce parti font une adéquation entre celui-ci et le Québec. Ce qui en amène plusieurs à affirmer qu'un vote contre le BQ est un vote contre le Québec. Voilà le noeud gordien de la politique québécoise. Entre le non aux référendums passés et le non des dernières décennies au Canada, comment définir l'identité québécoise à l'avenir? Minoritaire, bruyante, rebelle, surfant sur la patience congénitale du Canada anglais.
Vos réactions
Que voulez vous...la suite. - par P.-Rémi Catafard (remicat@sympatico.ca)
Le mercredi 15 octobre 2008 16:00
Que voulez-vous, dirait Chrétien ! - par Gerry Pagé
Le lundi 13 octobre 2008 22:00
Québécois, soyez soumis! - par P.-Rémi Catafard (remicat@sympatico.ca)
Le lundi 13 octobre 2008 14:00
Je vote pour le Bloc parce que..... mais..... - par André-Jean Bordeleau
Le lundi 13 octobre 2008 09:00
Et si le problème était...le Reform Party!!! - par Claude Gamache
Le dimanche 12 octobre 2008 21:00
François Leduc choisit les causes plutôt que la brume des humeurs - par Jean Pierre Bouchard
Le dimanche 12 octobre 2008 17:00
Mme Bombadier vous visez juste. - par Guy Fauteux (sifec@netaxis.ca)
Le dimanche 12 octobre 2008 17:00
Vous êtes une vrai conservatrice - par Roger Dion
Le dimanche 12 octobre 2008 14:00
Le boeuf et la charrue! - par Réjean Grenier
Le dimanche 12 octobre 2008 13:00
La "pertinence" du Bloc québecois - par François Leduc
Le dimanche 12 octobre 2008 13:00
Force et faiblesse du minoritaire - par Jean Pierre Bouchard
Le samedi 11 octobre 2008 21:00
Le «NON» pathologique du Québec - par Lallier Patricia
Le samedi 11 octobre 2008 17:00
À Madame Sylvie Tremblay - par Jacques Lafond (lafond.overtime@gmail.com)
Le samedi 11 octobre 2008 15:00
@Monsieur Gauvin - par Jacques Gagnon
Le samedi 11 octobre 2008 14:00
Le minoritaire ou le minable ? - par Jacques Gagnon
Le samedi 11 octobre 2008 14:00
avec confiance en notre résilience et selon notre coeur - par Charles-Eugène Bergeron
Le samedi 11 octobre 2008 13:00
de la pertinence du bloc - par Normand Chaput
Le samedi 11 octobre 2008 12:00
Les québécois sont masochistes ! - par Sylvie Tremblay
Le samedi 11 octobre 2008 12:00
Le Québec se tire du rang et dans le pied - par Fernand Trudel
Le samedi 11 octobre 2008 11:00
Minoritaires québécois! - par Jean-Pierre Garceau-Bussières
Le samedi 11 octobre 2008 11:00
Sortir d'un système fédéral qui nous place en minorité et créer autre chose... - Patrick Maillet - par Patrick Maillet
Le samedi 11 octobre 2008 11:00
À Monsieur Serge Grenier - par Jacques Lafond (lafond.overtime@gmail.com)
Le samedi 11 octobre 2008 11:00
Avant qu'il ne soit trop tard - par Rino St-Amand
Le samedi 11 octobre 2008 10:00
Une fixation sur le pouvoir - par Serge Grenier (serge.grenier@gmail.com)
Le samedi 11 octobre 2008 08:00
Identité Québecoise? - par Stéphan Gauvin
Le samedi 11 octobre 2008 07:00
Nous confirmons au reste du Canada ce qu'il pense du Québec - par Max Roujeon (maxroujeon@videotron.ca)
Le samedi 11 octobre 2008 07:00
Pensée biaisée de D. B. (Monique Legault) - par Jean St-Jacques
Le samedi 11 octobre 2008 07:00
LA solution, sortir de la fédération pour une vraie confédération - par Gilles Bousquet
Le samedi 11 octobre 2008 06:00
Fort intéressant! - par Michel Lebel
Le samedi 11 octobre 2008 05:00
Patience congénitale ? - par Yves Côté
Le samedi 11 octobre 2008 03:00
Let's speak white ! - par Serge Charbonneau (veliserdi@hotmail.com)
Le samedi 11 octobre 2008 02:00
Le Bloc représente une dialectique permanente de souveraineté-association - par Joseph Giguère
Le samedi 11 octobre 2008 01:00

