En hôpital et en clinique - L'infirmière assistera de plus près le médecin dans ses fonctions

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Réginald Harvey
Édition du samedi 11 et du dimanche 12 octobre 2008

Mots clés : médecin, Infirmière, Hôpital, Québec (province)

« On va s'investir dans l'augmentation de l'accès aux services et aux soins de première ligne »

En milieu hospitalier, les soins deviennent de plus en plus spécialisés, y compris pour les infirmières.

Photo: Agence Reuters

L'Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec (OIIQ) se félicite de l'acceptation de son plan de relève pour les salles d'opération et voit d'un bon oeil la réforme du Code des professions dans le domaine de la santé mentale et des relations humaines. Par contre, il dénonce une forme d'inertie gouvernementale en matière de prévention des infections nosocomiales.

Présidente de l'OIIQ, Gyslaine Desrosiers considère que Philippe Couillard a fait un geste valable avant sa sortie: «Il a accepté de débloquer un budget de plus de deux millions de dollars pour qu'on prépare un programme d'internat standardisé à l'échelle provinciale pour qualifier les infirmières en salle d'opération; en même temps, cette mesure va enrichir leur rôle en leur servant à se rendre jusqu'à l'assistance chirurgicale. C'est une décision récente du ministre avant son départ et, durant cette année, on va s'activer à travailler sur ce dossier-là.»

Elle se montre plus explicite: «C'est un internat ou un genre de stage que doivent suivre les infirmières pour obtenir leur qualification. En ce moment, celles-ci ne sont pas qualifiées pour les salles d'opération dans leur formation initiale. Quand une personne postule pour un tel poste, elle entre dans un programme de neuf mois à un an appelé "training local". C'est une tâche complexe: elle comprend l'aide au chirurgien, la préparation des salles et des instruments, les interventions en salle de réveil, etc. Il a donc été convenu, avec la Corporation des infirmières de salle d'opération et avec les médecins, d'enrichir leur rôle jusqu'à celui de l'assistance chirurgicale, dans le but de susciter de l'intérêt pour ce travail et de rendre les infirmières en mesure de répondre à la demande.»

Elle ajoute ces détails: «On parle de débridement, de faire des points de suture et d'autres gestes; c'est une aide au chirurgien qui va beaucoup plus loin que de lui donner les instruments. On a donc convenu de passer d'un internat local à une standardisation de celui-ci sur la scène provinciale. Le budget de deux millions servira à développer la formation théorique en modules de téléapprentissage. On n'enverra pas les gens sur les bancs d'école et cela pourrait être disponible dans Internet localement sous la supervision d'une infirmière d'expérience.» Le Collège des médecins collabore: «Celui-ci va modifier son règlement d'actes médicaux en conséquence pour permettre aux infirmières de pratiquer plus largement l'assistance chirurgicale.» Ce projet est en cours de réalisation.

Le ministère dit non

Il y a trois ans, le Québec a connu une inquiétante épidémie d'infections nosocomiales qui ont causé la mort de dizaines de personnes. Le ministère de la Santé a mandaté des experts pour réaliser une étude sur cette situation déplorable dans les hôpitaux, au terme de laquelle le rapport Aucoin a vu le jour: «Celui-ci recommandait d'augmenter le nombre d'infirmières affectées au contrôle et à la prévention d'infections mais aussi de les spécialiser, de leur donner une formation qui les rendrait prêtes à jouer un rôle plus large et à intervenir davantage dans le processus de décision dans ce domaine», souligne la présidente.

Un tel point de vue était partagé par plusieurs dans le milieu: «L'Association des médecins microbiologistes infectiologues du Québec (AMMIQ), notre ordre et la Direction de la santé du Québec ont proposé d'innover et de créer une spécialité d'infirmières en contrôle et en prévention des infections. Malheureusement, le ministre Couillard est parti avant de donner son aval à ce projet, malgré l'avis favorable de tous les experts; nous allons revenir à la charge avec le ministre Bolduc.»

Elle plaide en faveur de sa réalisation: «Les épidémies, on ne parle que de cela, que ce soit la listériose, le Clostridium Difficile ou autres. Il y a beaucoup à faire à ce propos et ça nous prend une masse d'infirmières qualifiées sur le plan du contrôle épidémiologique dans le réseau. L'Université de Sherbrooke et l'Université de Montréal offrent un programme d'un an après le bac pour qualifier des infirmières dans ce domaine-là, et nous, on veut que cela soit reconnu professionnellement afin qu'elles puissent, une fois certifiées comme spécialistes, poser des actes médicaux nouveaux et prendre davantage de décisions, ce que souhaitent les médecins.» Les résistances viennent de l'appareil gouvernemental: «On a quelque peu de misère avec le ministère de la Santé, qui ne veut pas créer de nouveaux types d'emplois parce qu'il n'aime pas cela. Il nous fait des objections toutes aussi ridicules les unes que les autres. On va pousser ce dossier, parce que la population est très inquiète en cette matière; on ne veut pas rentrer dans un hôpital et mourir d'une infection. Il y a des moyens à prendre de ce côté-là.»

Les infirmières et le projet de loi 50

L'OIIQ figure comme un des six groupes professionnels qui sont parties prenantes au projet de loi 50 en santé mentale et relations humaines. Gyslaine Desrosiers souhaite que ce projet soit adopté rapidement: «C'est un développement attendu. C'est majeur pour nous parce que celui-ci va autoriser les infirmières à exercer quelques activités supplémentaires, dont la plus importante sera le droit de procéder à une évaluation des troubles mentaux. Notre droit d'exercice serait élargi et ça pourrait amener à développer des infirmières plus spécialisées dans le secteur des soins psychiatriques. Ce serait le début d'un investissement nouveau de la profession dans le domaine de la santé mentale et psychiatrique. J'espère que le projet ne mourra pas au feuilleton.»

Une profession en mutation

Une loi adoptée en 2002, la loi 90, est venue modifier en profondeur le Code des professions en santé. La présidente fait le point sur l'évolution de la situation depuis ce temps: «On peut dire qu'on avance bien. Il y a eu les infirmières praticiennes, dont le déploiement est lent, mais c'est commencé et on en compte présentement trois. Dans le moment, on assiste aussi à l'arrivée des infirmières dans les groupes de médecine de famille, ce qui est en lien avec la loi 90; celle-ci les autorise à faire du suivi des bénéficiaires, par exemple dans les cas de malades chroniques, de patients qui ont de l'hypertension, des diabètes, des problèmes asthmatiques ou qui ont des anticoagulants.» Des avancées ont de plus été réalisées ou sont en cours d'évolution au sujet de l'ajustement des médicaments en vertu d'une ordonnance collective et de l'introduction du plan thérapeutique infirmier, qui autorise notamment les infirmières à donner des indications de soins aux infirmières auxiliaires.

Plusieurs facteurs contribuent à l'évolution de la profession. Comment envisager son avenir? Mme Desrosiers fournit une réponse à deux volets: «Cette profession va beaucoup se remodeler en première ligne, soit en soins ambulatoires. Il y aura de plus en plus d'infirmières qui vont travailler dans des groupes de médecine familiale en collaboration avec le médecin, qui ne verra pas toujours le patient; il va rencontrer celles-ci pour régler un bon nombre de choses. Autrement dit, l'avenir de la profession, c'est qu'on va s'investir dans l'augmentation de l'accès aux services et aux soins de première ligne. Les infirmières seront de plus en plus sollicitées et engagées dans le contexte d'un manque de médecins de famille.»

D'autre part, en milieu hospitalier, les soins deviennent de plus en plus spécialisés: «Si on fait plus de première ligne, en corollaire, ce qui reste comme responsabilités directes dans la partie hospitalière, ce sont les soins critiques, d'urgence, ce sont, par exemple, les traitements de cancéreux qui sont en phase très aiguë.»


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