La Route des sommets de Mégantic - Faîtes accomplis

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Gary Lawrence
Édition du samedi 11 et du dimanche 12 octobre 2008

Mots clés : Mégantic, Route des sommets, Tourisme, Québec (province)

Le parc de Frontenac, véritable «oasis d'eau et de collines», est l'un des deux parcs nationaux qui délimitent la Route des sommets.

Tout le monde connaît la Route des vins, d'autres sont au fait du Chemin des cantons, cet itinéraire patrimonial lancé l'an dernier. Mais qui est «au faîte» de la Route des sommets? Bien peu de gens... Normal: on vient d'inaugurer ce splendide parcours, au coeur de Mégantic, «les autres Cantons-de-l'Est». Bienvenue en Extrême-Estrie.

Mégantic -- Il y a quelque chose de surréaliste à se faire raconter l'histoire ancienne du Québec par un Marocain, fût-il pur sucre d'érable, tout en pagayant sur un lac des Cantons-de-l'Est. C'est pourtant ce qui arrive à quiconque prend part aux excursions guidées par Mehdi Daoudi, naturaliste au parc national de Frontenac.

«Saviez-vous qu'on a récemment découvert, près du lac aux Araignées, un site de peuplement humain qui date de 12 000 ans?», m'apprend ce natif de Rabat, qui vit au Québec depuis belle lurette et préfère la placidité estrienne au tumulte montréalais.

On peut certes le comprendre lorsqu'on atterrit dans cette «oasis d'eau et de collines» où Mehdi a élu domicile: les coloris automnaux évoquent les ocres des dunes de Merzouga au crépuscule, les sentiers sont aussi quiets qu'une palmeraie un jour de ramadan et l'eau du lac, si elle n'est pas baignable en octobre, est au moins aussi chaude que celle d'Essaouira un jour de janvier, en ce début d'automne.

En revanche, la faune du parc national de Frontenac n'a rien à voir avec le Grand Sud marocain: une trentaine de mammifères et 192 espèces d'oiseaux fréquentent les lieux... dont quelques raretés. «Regarde ce qui vole au-dessus du lac: on a vraiment de la chance!», se réjouit Mehdi.

Heu... Ai-je la berlue ou est-ce un urubu? Ou une buse, si je ne m'abuse? «C'est un pygargue à tête blanche!», rectifie Mehdi. L'aigle de mer, emblème national américain, qui survole la bien-nommée baie Sauvage, splendissime excroissance du grand lac Saint-François? On aura tout vu.

Situé dans les limites orientales des Cantons-de-l'Est, non loin du pays de l'amiante et de la Beauce, le parc national de Frontenac ne jouit pas d'une grande notoriété, sans doute en raison de son relatif isolement. Et c'est notamment pour le faire connaître davantage qu'on a lancé, en septembre dernier, la Route des sommets.

Un itinéraire à la hauteur

Formée d'un itinéraire en fer à cheval qui s'étire sur 157 kilomètres entre Stratford, aux abords du parc national de Frontenac, et La Patrie, derrière le mont Mégantic, la Route des sommets vise aussi à jeter un peu de lumière sur ce coin de pays méconnu, qui se déploie à travers des décors parfois enivrants de beauté, à des altitudes variant de 350 à 550 mètres, tout en traversant une quinzaine de municipalités.

Même si les hauts lieux patrimoniaux n'y pullulent pas, même si aucun rarissime chef-d'oeuvre architectural n'y brille, ce parcours traverse des cantons, des hameaux, des vallons et des villages souvent harmonieux et relativement exempts de bungalows hideux ou de résidences tocardes. Au pire, on croise de vieilles masures pittoresques; au mieux, de croquignolets patelins comme Piopolis, la «ville du pape», fondée en 1871 par des zouaves retraités.

D'abord colonisé par des Écossais des îles Hébrides, Mégantic a vu déferler plusieurs vagues de Canadiens français quittant les manufactures de la Nouvelle-Angleterre, encouragés par une politique gouvernementale de retour à la terre, l'Acte de rapatriement de 1875. Aujourd'hui, le décor de Mégantic fleure parfois l'héritage anglo-saxon, mais le parler le plus répandu demeure celui de Vigneault, malgré la proximité de la frontière états-unienne.

Ce qui fait véritablement fabuler quand on emprunte la Route des sommets, c'est la toute-puissante et toute belle nature ubiquiste: des lacs ravissants (dont l'illustre lac Mégantic), des reliefs ondoyants et une enfilade de sommets qui frisent ou dépassent les 1000 mètres, tous propices à de délicieuses randonnées.

Déjà, peu après Sherbrooke, la route 108 s'élève progressivement pour bientôt dominer de grandes étendues fermées au loin par de douces ceintures de montagnes, piquées çà et là par une fermette qui s'agenouille sous le poids des années, un canasson qui s'offre un picotin d'avoine ou un silo qui domine une vallée.

À partir de Lambton, les décors montagneux sont particulièrement jouissifs, en particulier du haut du mont Saint-Sébastien, sur les flancs duquel s'accroche la Maison du granit, un centre d'interprétation où on apprend que la région a déjà connu son âge d'or granitique, quand tout le Québec institutionnel et religieux n'en avait que pour la célèbre roche magmatique.

Puis, quand la mode du granit s'est effritée dans les années 60, la production s'est mise à péricliter; de nos jours, le village de Saint-Sébastien continue de maintenir sa production, juste assez pour mériter de camper le rôle de Saint-Granit si on devait tourner un remake des Pierrafeu. C'est cependant plus au sud qu'on retrouve une référence à Délimaaaaaaaaaaa!, en l'occurrence un refuge baptisé Rose-Délima, dans la forêt habitée du mont Gosford.

Né à l'initiative de l'ex-ministre responsable de la Faune et des Parcs Guy Chevrette, le concept de forêt habitée tente de réconcilier les intérêts divergents de tous ceux qui veulent «profiter» de la forêt: les randonneurs, les vététistes, les écologistes, les chasseurs et même l'industrie forestière.

La semaine dernière, des contingents de gros barbus y affluaient avec leurs camionnettes costaudes, leurs roulottes bringuebalantes, leurs quads, leur accoutrement «rambolesque» et leur arsenal de pétoires, en préparation d'une semaine où la montagne leur appartiendrait... jusqu'à ce qu'ils rendent les armes lors du week-end de l'Action de grâce, où c'est au tour des pacifistes de la nature de profiter des lieux. Pendant ce temps-là, des monstres trempés d'acier grignotent sans relâche la forêt en mode sélectif, pas toujours subtilement si on en juge par les échancrures laissées çà et là dans les boisés.

Cela dit, les pleinairistes qui investissent les sentiers extrêmement sauvages et les forêts enchantées du mont Gosford sont quasi assurés de ne rencontrer personne: ils sont à peine 6000 à les arpenter, bon an, mal an. En fait, on a presque plus de chances de croiser de grosses bêtes, comme cet orignal balèze qui nous a coupé le passage, en route vers le refuge Clearwater. Et du haut du belvédère qui trône au sommet de cette jolie montagne, les panoramas sont toujours aussi tourneboulants.

C'est aussi le cas, on s'en doute, au mont Mégantic, à l'autre extrémité de la Route des sommets. Mais le siège du plus important observatoire de l'est de l'Amérique du Nord a encore plus à offrir: la nuit, on y atteint désormais des sommets de visibilité.

Ciel! Des étoiles...

C'est une première mondiale: en septembre 2007, l'International Dark Sky Association -- un organisme états-unien voué à la lutte contre la pollution lumineuse -- reconnaissait le parc national du Mont-Mégantic comme première «Réserve internationale de ciel étoilé», avec ses 5500 kilomètres carrés de superficie exempts de lumière néfaste.

Créée grâce aux efforts de l'ingénieure Chloé Legris et de son mentor Pierre Goulet, directeur du parc national du Mont-Mégantic, cette appellation sert désormais de puissant catalyseur à la région. «Si certains étaient réticents ou indifférents au début du projet, les gens ont embarqué petit à petit et aujourd'hui ils sont très fiers de faire partie de cette réserve unique en son genre», explique Chloé Legris.

Bernard Malenfant, un technicien qui travaille depuis 30 ans à l'observatoire du mont Mégantic, n'a jamais vu un ciel pareil, renchérit l'ingénieure. «Ça faisait 10 ans qu'il se promenait autour de l'observatoire sans lampe de poche parce que la lumière des municipalités voisines lui suffisait, explique-t-elle. Aujourd'hui, il en a de nouveau besoin!»

«Quand j'ai découvert cette région, je suis littéralement tombée en amour avec elle... et avec son ciel étoilé!, raconte Dany Mackay, la propriétaire montréalaise du Resto la Bonne Étoile, à Notre-Dame-des-Bois, qui y vit désormais. Elle n'est pas la seule: «Il y a vraiment de l'effervescence dans le village! ajoute-t-elle. D'une part, une population vieillissante y habite toujours; d'autre part, une nouvelle garde de quarantenaires et de cinquantenaires s'y établit de plus en plus. C'est peut-être parce que autour de Magog c'est saturé, alors qu'ici la nature est belle et il y a beaucoup d'espace... »

Outre la Réserve de ciel étoilé, il semble que la Route des sommets soit elle aussi en train d'insuffler un brin de vitalité à Mégantic. «Tout le monde est stimulé dans la région, assure Nil Longpré, commissaire touristique au Comité local de développement de la MRC du Granit et parrain de cet itinéraire. Ça se traduit par des initiatives d'aménagement et d'amélioration de haltes dans les municipalités de Piopolis et de Lambton, d'un projet de parc-jardin à Notre-Dame-des-Bois, d'un projet de village-relais du ministère des Transports et de la rénovation du moulin Legendre à Stornoway, puis par l'ajout de nouvelles pistes cyclables... »

Pendant ce temps, le parc national de Frontenac fait l'objet d'investissements de 2,5 millions et le parc national du Mont-Mégantic, de 2,9 millions, tandis qu'on se prépare à y célébrer le 400e anniversaire de l'invention du télescope, l'an prochain, par une foule d'événements et d'activités. Entre autres choses, l'observatoire scientifique sera accessible tous les samedis soirs d'été en 2009.

Bref, un vent de changement souffle sur Mégantic, une région nommément réputée pour ses bourrasques cinglantes. «Les vieux de Notre-Dame-des-Bois ont l'habitude de dire que c'est saint Joseph, dont ils voient le visage dans la forme du mont Mégantic, qui les protège des grands vents», indique Dany Mackay. Malgré l'envergure des changements qui s'annoncent, il semble qu'il s'agira cette fois d'une brise douce et légère et qu'elle aura l'effet d'un courant chaud.

En vrac

e week-end en cours marquera probablement la fin de la saison des couleurs sur la Route des sommets. Mais les sentiers de plusieurs montagnes demeurent accessibles à l'année. Renseignements: mont Gosford, 819 544-9004, www.montgosford.com; Sentiers frontaliers: www.sentiersfrontaliers.qc.ca.

Rayon hébergement, la région compte quelques bonnes adresses, à commencer par la bucolique auberge Les Victorines du Lac. Membre d'Hôtellerie Champêtre, celle-ci est admirablement située sur les berges du lac Mégantic, face aux vagues et aux montagnes. Le calme y est absolu et les chambres y sont empreintes d'un charme pastoral. 1886, route 161 Sud, Lac-Mégantic, 1 866 494-6904, www.victorines.qc.ca.

Pour de grandes chambres rustiques et aérées dans un B&B qui l'est tout autant: Sous un ciel étoilé, 3290, route 212, Woburn, 819 582-7592, www.sousuncieletoile.com.

Pour louer un chalet au pied du mont Mégantic: Domaines des Montagnais, 206, chemin de la Forêt-Enchantée, Val-Racine, 1 877 657-4720, www.domainedesmontagnais.ca.

Outre ses refuges et ses emplacements de camping, le parc national de Frontenac propose désormais des séjours en tente Huttopia, ces vastes abris offerts en prêt-à-camper. Disponibles encore ce week-end. 1 800 665-6527, www.sepaq.com.

Les chambres de l'Eau Berge, à Lac-Mégantic, ont beau être spacieuses et modiques et être les dignes héritières du Prince of Wales (un hôtel de 1877), leurs tapis sentent parfois le remugle... Au rez-de-chaussée cependant, le pub vaut vraiment le détour pour ses 5 à 7 sympas et endiablés, surtout le jeudi. 3550, boulevard Stearns, Lac-Mégantic, www.leauberge.com.

En matière gastronomique, la Route des sommets n'atteint pas encore les hautes sphères. Quelques bonnes adresses se taillent néanmoins une place au royaume de la bonne chère: Le Ariko, tout nouveau venu de Lac-Mégantic, en formule cuisine du marché et apportez votre vin (3502, rue Agnès, 819 582-5454); L'auberge Majella, 2781 rue de la Baie-des-Sables, Baie-des-Sables, 1 888 643-6462, www.aubergemajella.com; Les Victorines du Lac, où on sert une fine cuisine du terroir; et le Resto La Bonne Étoile, dans la catégorie bonne bouffe de chez nous, comme chez maman: 10, rue Principale Ouest, Notre-Dame-des-Bois, 819 888-1042.

Certains petits producteurs méritent qu'on leur rende visite, le cabas sous le bras. C'est le cas de la Chèvrerie Marjenchri, à Saint-Romain, qui prépare une délicieuse terrine de chevreau (418 486-7087, www.chevreriemarjenchri.com), de même que de la Fromagerie La Moutonnière, pour son féta de brebis maintes fois primé (3688, rang 3, Sainte-Hélène-de-Chester, www.lamoutonniere.com).

Le court métrage Rythmes cosmiques, qui résume brillamment l'histoire de l'univers, n'a pas pris une ride même s'il est présenté depuis six ans à l'ASTROLab du parc national du Mont-Mégantic. À voir sans faute, au pied de la montagne. www.astrolab-parc-national-mont-megantic.org.

Pour gagner la Route des sommets, compter trois heures de Montréal (via l'autoroute 10) et deux heures et demie de Québec (via l'autoroute de la Beauce). Renseignements: 1 800 363-5515, www.tourisme-megantic.com.

Renseignements sur les Cantons-de-l'Est: 1 866 963-2020, www.cantonsdelest.com.

***

Collaborateur du Devoir


Vos réactions


la région de Mégantic - par Hubert Lavigne
Le mardi 14 octobre 2008 08:00

Réagissez à ce texte


 

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Haut de la page

Vous avez le statut de visiteur
Identifiez-vous


Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com
  Publicité - Un produit ou un service ?