Vos réactions

Un investissement à revoir

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Gabriel RACLE
Envoyé Le vendredi 10 octobre 2008 07:00



L'élément clé du rapport du directeur parlementaire du budget, Kevin Page, est sans doute ce que Manon Cornellier résumé ainsi : « Le rapport publié hier montre que l'aide étrangère n'a représenté, jusqu'à présent, que de 9 à 12 % des coûts de la mission afghane alors que le volet militaire a accaparé entre 71 et 77 % des ressources financières. Le reste a servi aux anciens combattants. D'ici 2011, la part de l'aide étrangère pourrait être encore plus maigre, note l'étude. »

Or, il se fait que les uns après les autres, les alliés des États-Unis présents en Afghanistan reconnaissent l'échec de l'intervention militaire et la nécessité d'introduire une vision politique fondée sur la négociation avec les talibans. Le général Brig Mark Carleton-Smith, le plus haut gradé britannique en Afghanistan, se disait convaincu, il y a quelques jours, qu'il ne fallait pas s'attendre à «une victoire militaire décisive». «Nous n'allons pas gagner cette guerre», a-t-il prévenu, ajoutant que le seul moyen de sortir de la crise est de discuter avec les talibans.

Le secrétaire d'État à la Défense des États-Unis, Robert Gates, a bien trouvé que le général britannique était trop pessimiste. Il n'en a pas moins approuvé ses conclusions sur la nécessité de négocier avec les talibans. C'est aussi ce que pense le président afghan Hamid Karzaï, qui a sollicité la médiation de l'Arabie saoudite et fait des avances au mollah Omar, ancien chef du régime taliban.

Lors de la conférence de Paris en juin, la France avait soutenu la nécessité d'«afghaniser» la crise, c'est-à-dire de transférer aux Afghans la responsabilité des forces de sécurité. «À l'époque, personne ne voulait prononcer ce mot», a rappelé le ministre des Affaires étrangères français, Bernard Kouchner, devant la Commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale de ce pays.

Or, dans ses commentaires sur le rapport financier du directeur Page, S. Harper ne donne que des indications vagues, générales, sans aucune précision sur la répartition des 18 milliards affectés à l'Afghanistan. « Il faut dépenser ce qu'il faut... », cela ne veut rien dire. Ce qu'il faudrait savoir aussi, c'est ce que l'on appelle communément le rapport qualité-prix ou investissement-rendement. Rien ne transpire à ce sujet des nébuleuses informations qui nous sont données.

Lorsque Stéphane Dion déclare que les Canadiens «ont droit à cette information», il a certes raison, mais son parti a participé à l'envoi des troupes canadiennes dans ce pays et à la prolongation de cet engagement, sans obtenir avant de l'approuver, une estimation des coûts et de leur répartition.

Le National Intelligence Estimate, un rapport rédigé par 16 organismes de renseignements indique, dans sa version provisoire, que la détérioration de la situation en Afghanistan s'est accélérée de façon alarmante au cours des deux derniers mois. Cet énoncé ne fait que confirmer les propos des experts, aussi bien que ceux du général britannique. La situation en Afghanistan n'a jamais été aussi grave depuis l'invasion par les troupes étatsuniennes en 2001 et le pays menace de sombrer dans la violence et le chaos, estime ce rapport, sans parler des problèmes de la culture de l'opium.
Les propos lénifiants de Stephen Harper ne sont pas de mise devant cette situation et devant les données du rapport du directeur parlementaire du budget. . «Cette mission est très difficile, mais on est là-bas pour les bonnes raisons », déclare S. Harper. De bonnes raisons, mais lesquelles, pour obtenir quels résultats, dans quel but et qu'a-t-on obtenu en regard des milliards dépensés et, surtout, des pertes de vie humaine? Une situation aussi grave mérite une attention soutenue et des explications précises sure ce que S. Harper entend faire s'il est réélu. On ne saurait lui accorder in blanc-seing, sans plus.

Haut de la page

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com