Le FNC entre l'air, la terre, le feu et l'eau
Mots clés : Festival du nouveau cinéma, Culture, Cinéma, Québec (province)
C'est l'excellent film de montage de Luc Bourdon, La Mémoire des anges, qui m'a donné l'idée de diviser ainsi, en quatre éléments, les films présentés au Festival du nouveau cinéma, films que j'ai eu la chance de voir dans d'autres festivals, en l'occurrence ceux de Cannes, de Toronto et de Namur.
Montréal est une ville fluviale. Luc Bourdon nous le rappelle avec bonheur dans son film de montage, véritable album de famille collectif conçu à partir d'une centaine de trésors qui dormaient dans les coffres de l'ONF, et dont les pellicules ont été impressionnées par nos géants Jutra, Carle, Brault, etc. Ramons vers La Mémoire des anges, donc, en évitant autant que possible quelques écueils tels Delta, du Hongrois Kornel Mundrukzo, disciple de Béla Tarr (qu'on aime tant pourtant), horripilant pensum sur la relation incestueuse d'un frère et de sa soeur à ras de rivière, récompensé à Cannes du Prix de la critique internationale, boudé par un jury franchement mieux éclairé.
Si une palme d'or devait récompenser les films les plus irritants de l'année, nous aurions un ex æquo avec Palermo Shooting, de Wim Wenders, et La Frontière de l'aube, de Philippe Garrel. Tous deux se réclament d'Orphée, mais c'est à Narcisse qu'on pense en subissant ces exercices prétentieux et mal joués, miroirs aquatiques de deux cinéastes dont la source d'inspiration s'est tarie. Le Sel de la mer, quant à lui, s'embourbe dans ses maladresses mais part d'une très bonne idée: la fille d'un couple de Palestiniens élevée à Brooklyn veut aller s'établir en Palestine, où elle ne rencontre que des compatriotes qui rêvent d'en sortir.
C'est dans l'air
Les dérives d'Allah et la méthode Dardenne sont au programme de Dernier maquis, un film exigeant et libre du Franco-Algérien Rabah Ameur-Zaïmeche racontant, car c'est dans l'air avec Religulous, la manipulation d'un groupe d'ouvriers maghrébins et africains par leur patron, qui pour mieux les contrôler crée au milieu de son entrepôt une mosquée improvisée et leur impose un imam. Le nouveau film d'Atom Egoyan, Adoration, aborde des thèmes voisins de l'identité et de la manipulation, dans un style dégagé, résolument fauché, qui rappelle ses premiers opus.
La caméra semble flotter sur un coussin d'air dans Il Divo, biographie fantaisiste du controversé ex-premier ministre italien Giulio Andreotti, que Paolo Sorrentino met en scène avec la grâce aérienne d'un ballet. Rayon biographique, jetez-vous plein gaz sur Séraphine, de Martin Provost, superbe exercice sur la couleur et la lumière racontant la vie de la peintre naïve Séraphine De Senlis (géniale Yolande Moreau), femme de ménage gouvernée et éclairée par sa foi, dont le talent fut découvert par un marchand d'art allemand (Ulrich Tukur) à l'aube de la Première Guerre mondiale. Oubliez le négligeable Premier jour du reste de ta vie, de Rémi Bezançon, malgré la présence à l'écran de Marc-André Grondin, fils glandeur d'une famille «crazy» traversant les décennies, et montez jusqu'à Cloud 9, exercice doux-amer en style libre de l'Allemand Andreas Dresen (La Policière) sur le coup de foudre d'une couturière mariée, dans la cinquantaine, pour un septuagénaire en verve.
Terre française
Si la terre vous intéresse, deux films s'imposent sur votre parcours. La Vie moderne, film-somme de près de deux décennies d'entretiens réalisés par Raymond Depardon avec des cultivateurs qui regardent s'éteindre leurs modes de vie et leurs traditions. Et puis L'Apprenti, qui fait le chemin contraire à travers l'apprentissage par un adolescent tourmenté des réalités de la ferme auprès d'une famille d'agriculteurs traditionnels. C'est beau, c'est tendre, ça sonne vrai, bref, c'est tout le contraire du dernier film de Jacques Doillon, Le Premier Venu, sur un triangle amoureux invraisemblable dans les filets d'une intrigue poussive. Le martyre fait film, sans une once d'authenticité, celle-là pourtant si présente dans le cinéma français de cette année, comme en témoignent Les Bureaux de Dieu, de Claire Simon, et Entre les murs, de Laurent Cantet (Palme d'or à Cannes). Ces deux films transposent à l'écran la vie entre les murs, qui d'une clinique de planning familial, qui d'une classe de lycée. Captivantes, rigoureuses, résolument terriennes, ces oeuvres nous donnent le réel à mâcher, sans colorant ni saveur artificielle.
Le feu de la guerre
De clan, de famille, de pays, de religion, la guerre embrase chaque année son lot de pellicule. Elle est stridente dans Rachel Getting Married, de Jonathan Demme, elle est sourde dans Three Monkeys, de Nuri Blge Ceylan. Ces deux films aux antipodes ont pourtant en commun le spectre d'un enfant mort, qui consume ses personnages de l'intérieur. Le feu est au coeur et dans le coeur de Flame, héros de Flame & Citron, dans lequel le Danois Ole Christian Madsen reconstitue le parcours courageux de deux espions qui ont court-circuité l'occupant nazi pendant la Deuxième Guerre mondiale. Dans un style résolument plus poseur, et avec un succès moindre,
Fifty Dead Men Walking, de Kari Skogland, a pour héros Martin McGartland (Jim Sturgess), qui dans les années 80 a infiltré les rangs de l'IRA pour le compte des Britanniques. Guerre pour guerre, on s'ennuie, devant celle-ci, de l'approche vigoureuse employée par Matteo Garrone dans Gomorra, qui reconstitue dans un style épuré, sans construction dramatique évidente, le complexe échiquier sur lequel se déplacent les membres de la Comorra napolitaine.
Ça vous déprime? Sachez que la palme de la désillusion, mais aussi de l'enchantement, revient à l'Israélien Ari Folman pour son bouillant Valse avec Bachir, documentaire d'animation dans lequel celui-ci tente de faire remonter à sa mémoire le souvenir enfoui du massacre de Sabra et Shatila, au Liban, auquel il a participé en tant que soldat. Le meilleur film de l'année, de loin, et il est au FNC. Réjouissons-nous.
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Collaborateur du Devoir
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