«Nous n'allons pas gagner», dit le commandant britannique en Afghanistan
Mots clés : victoire militaire décisive, général Mark Carleton-Smith, Forces armées, Grande-Bretagne (pays), Afghanistan (Pays)
Le plus haut gradé britannique en Afghanistan, le général Mark Carleton-Smith, a prévenu hier que l'opinion publique ne devrait pas espérer «une victoire militaire décisive» dans ce pays, mais seulement une réduction de l'insurrection à un niveau acceptable. Mark Carleton-Smith juge notamment impossible pour les forces occidentales de gagner la guerre contre les talibans.
«Nous n'allons pas gagner cette guerre. Il s'agit de réduire le conflit à un niveau gérable d'insurrection, qui ne soit pas une menace stratégique et qui puisse être maîtrisée par l'armée afghane, a-t-il déclaré à l'hebdomadaire. Nous pourrions très bien quitter le pays en y laissant un faible, mais durable niveau d'insurrection en zone rurale.»
L'opinion du général Carleton-Smith rejoint celle de nombre de diplomates et d'officiers de l'OTAN, qui prennent acte depuis quelque temps du fait que les talibans ne seront pas défaits par la force des armes et qu'il faut négocier avec eux.
«Si les talibans étaient prêts à s'asseoir à une table pour parler d'une solution politique, alors cela serait précisément le type de progrès susceptible de mettre fin à ce type d'insurrection», a indiqué M. Carleton-Smith.
«Les talibans ne négocieront jamais avec les envahisseurs», lui a rapidement rétorqué un porte-parole du mouvement islamiste renversé en 2001 par les forces occidentales. «Nous avons dit par le passé, et nous le redisons une fois de plus, que les forces étrangères doivent se retirer sans aucune condition», a déclaré Qari Mohammad Yousuf à l'Agence de presse afghane (AIP), basée au Pakistan.
Interrogé sur les propos du chef du contingent britannique, le ministre afghan de la Défense, Abdul Rahim Wardak, les a présentés comme «l'opinion personnelle» d'un officier et s'en est dit «déçu».
«Il faut que nous réussissions», a affirmé Wardak, en ajoutant que le succès dépendait de la stratégie des militaires britanniques déployés dans la province méridionale de Helmand. Quelque 8000 soldats britanniques sont déployés dans cette région pachtoune et se heurtent un peu plus chaque jour à la résistance armée des talibans.
Le président Hamid Karzaï a révélé, la semaine dernière, qu'il avait demandé à l'Arabie saoudite de jouer les médiateurs entre son régime et le chef des talibans, le mollah Omar.
Le gouvernement britannique avait nié samedi les allégations selon lesquelles il estime que la mission en Afghanistan est vouée à l'échec et que ce pays se porterait mieux s'il était gouverné par un dictateur acceptable.
Mercredi, l'hebdomadaire satirique français Le Canard enchaîné a publié des extraits d'une correspondance par câblogramme entre l'ambassadeur britannique à Kaboul, Sherard Cowper-Coles, et un représentant français.
Selon le journal, M. Cowper-Coles a affirmé qu'il serait mieux pour l'Afghanistan d'être gouverné par un dictateur acceptable et que l'opinion publique devrait être préparée à accepter une telle éventualité. L'ambassadeur aurait ajouté que la présence de troupes étrangères ajoutait aux problèmes de ce pays en aidant à consolider un gouvernement défaillant à Kaboul.
Le Canard enchaîné cite également l'ambassadeur britannique disant que la stratégie américaine en Afghanistan était vouée à l'échec et que la présence des troupes étrangères faisait partie du problème, et non pas de la solution.
Vendredi, sur son site Internet, le secrétaire britannique aux Affaires étrangères, David Miliband, a qualifié l'article du Canard enchaîné d'«embrouillé» et a assuré que son pays n'appuyait pas l'idée d'une dictature à Kaboul.
Pour sa part, le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, Éric Chevallier, n'a pas voulu confirmer ou infirmer l'existence de ce câblogramme. Il a cependant ajouté que les propos rapportés par Le Canard enchaîné ne correspondaient pas du tout avec les discussions que la France entretenait avec le Royaume-Uni à propos de l'Afghanistan.
Pour le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), qui faisait campagne hier matin à Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador, les propos de M. Carleton-Smith concordent avec la vision du NPD et des Canadiens qui souhaitent que les troupes canadiennes quittent l'Afghanistan.
Selon le chef néodémocrate, Jack Layton, les forces de la coalition et de l'OTAN en Afghanistan ne peuvent gagner cette guerre, telle qu'elle est menée présentement. Le temps presse d'envisager des pourparlers de paix pour mettre un terme aux actions des insurgés talibans. Il s'est dit «encouragé» par les mots du commandant britannique.
Le ministre de la Défense, Peter MacKay, a réitéré la position du gouvernement conservateur selon laquelle toute négociation avec les talibans devrait être dirigée par le gouvernement afghan. Le ministre, qui se trouvait, hier, également à Saint-Jean pour soutenir les conservateurs, a ajouté que M. Layton avait tort d'interpréter les remarques du haut gradé britannique comme un appui à la position néodémocrate.
«La position de M. Layton est que nous devrions capituler complètement et nous asseoir avec les talibans pour leur parler, ce qui est impossible pour le gouvernement canadien», a soutenu M. MacKay.
Il n'a pas dit s'il croyait qu'une victoire était impossible en Afghanistan. Mais il a ajouté avoir lu les commentaires du commandant Carleton-Smith avec «grand intérêt» parce que le militaire britannique appuie la position conservatrice voulant que c'est le gouvernement afghan qui doit mener toute discussion avec les talibans. Cependant, l'article du Sunday Times ne cite pas le brigadier tenant de tels propos.
La volonté de Jack Layton de mener des négociations de paix avec les talibans pour mettre un terme à la guerre en Afghanistan a été tournée en ridicule par les conservateurs, il y a deux ans. Le gouvernement Harper l'avait même surnommé «Taliban Jack».
Plus de 70 000 soldats étrangers sont aujourd'hui déployés en Afghanistan, où la violence atteint désormais un niveau inégalé depuis la chute du régime taliban.
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Avec La Presse canadienne, Reuters et l'Agence France-Presse
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