Construire le Québec - «Aujourd'hui, on ne peut plus travailler seul, il faut travailler en équipe»
Mots clés : FTQ, Équipe, Travail, Économie, Québec (province)

Cette philosophie fait en sorte que le Fonds ne retirera pas ses billes dès que se pointe le premier nuage. «Les entreprises subissent la tyrannie du trimestre. Elles doivent montrer des résultats immédiats, même au détriment du développement à long terme, sinon les actionnaires et les investisseurs seront mécontents. On a choisi d'être plus patient et de ne pas seulement tenir compte des résultats immédiats.» En d'autres termes, le Fonds continuera à soutenir une entreprise même si les résultats immédiats sont inférieurs à ceux qui sont espérés. «Une entreprise qui fait des investissements plus élevés dans la recherche et le développement, par exemple, le fera souvent au détriment de ses résultats immédiats.» Ce qui, selon Gaétan Morin, n'est pas un indicateur que cette entreprise fait fausse route et qu'elle ne mérite pas d'être soutenue.
D'investisseur à partenaire
Au début des années 90, le Fonds de solidarité a modifié sa manière d'investir. Auparavant, les projets d'investissement arrivaient pêle-mêle et à la queue leu leu sur sa table. Le Fonds a choisi de se spécialiser en créant des secteurs d'investissement et en les dotant d'une équipe dédiée à ce seul secteur. «Nous voulions, d'une part, mieux connaître le secteur dans lequel nous voulions investir et, d'autre part, parler le même langage que les entreprises du secteur.»
En 2002, le Fonds innove à nouveau en mettant en place, dans chaque secteur d'investissement, une équipe multidisciplinaire où se côtoient analystes de marché, fiscalistes, avocats et spécialistes en relations de travail. «Autrefois, on travaillait un peu à la manière d'une chaîne de montage, l'un après l'autre. Aujourd'hui, c'est toute une équipe qui est assise autour de la même table.»
De plus, l'expertise qui se trouve autour de cette table peut être mise à la disposition de l'entreprise. «Nous avons une machine bien rodée pour les transactions et les investissements. Pourquoi ne pas la mettre au service des entreprises? Si une entreprise envisage de faire une acquisition à l'étranger, nous pouvons l'aider, par exemple, quant aux aspects juridiques de la transaction. On peut dépêcher sur place un spécialiste en relations de travail afin de flairer le pouls de la shop.»
Par contre, il s'agit ici d'un accompagnement et non d'une ingérence. «Nous ne sommes pas là pour gérer des entreprises ni pour agir comme consultants. Mais nous pouvons contribuer si l'entreprise le veut.» Cette démarche vient aussi modifier la manière dont le Fonds perçoit son rôle d'investisseur. «Nous nous considérons de plus en plus comme des partenaires des entreprises qui sont dans notre portefeuille. Nous sommes les seuls au Québec avec cette démarche en investissement.»
Les défis de la PME
Depuis 10 ans, le Fonds de solidarité a investi 5,2 milliards de dollars dans des entreprises québécoises, dont les deux tiers sont des entreprises comptant 50 employés ou moins. Cela indique à quel point le soutien à la PME est important pour le Fonds de solidarité. Quels sont les grands défis qui se posent aux PME québécoises aujourd'hui? Gaétan Morin en mentionne quatre.
«Le premier défi, c'est de s'ouvrir davantage vers l'extérieur, et pas seulement en direction des États-Unis. Mais, pour réussir, cela nécessite d'abord une grande connaissance des marchés extérieurs.» Deuxièmement, les PME québécoises doivent augmenter leur compétitivité. «Est-ce que l'on mesure bien ce que l'on fait? Examine-t-on de près les coûts de production? Savoir comment me coûte ma production et mes produits est capital.» Sur ces deux points, Gaétan Morin est d'avis que la grande majorité des PME ont déjà pris le tournant. «Mais il y a place pour raffiner et aller vers une gestion optimale.»
L'innovation, on le sait, est le nerf de la guerre. Mais il n'y a pas d'innovation sans une gestion de cette dernière. «Le défi de l'innovation, c'est la commercialisation des produits. Nos entrepreneurs sont très créatifs, mais le défi, c'est la commercialisation. Il faut se concentrer davantage sur les besoins des clients et en venir à les connaître mieux qu'ils se connaissent eux-mêmes.» Le quatrième défi est la gestion des ressources. «Les entrepreneurs vieillissent, mais les employés aussi. On assistera bientôt à une compétition entre entreprises pour la main-d'oeuvre compétente.»
La formation économique
Secret bien gardé, selon Gaétan Morin, la formation économique est aussi une manière dont dispose le Fonds pour se démarquer des autres investisseurs. Lorsque le Fonds investit dans une entreprise, cette dernière doit mettre en place une formation économique à l'intention des employés. «D'une part, cela permet à l'entrepreneur de communiquer aux employés les enjeux de l'entreprise. D'autre part, cela permet de mesurer l'effet qu'ont les employés sur l'entreprise et l'impact qu'ils ont sur les marges de l'entreprise. Cela permet aussi de mettre en place des indicateurs de performance qui sont adaptés à chacune de nos entreprises partenaires.»
C'est aussi la formation économique qui permet au Fonds d'encourager les PME à se doter de conseils d'administration plus efficaces. «Aujourd'hui, on ne peut plus travailler seul, il faut travailler en équipe.»
Le secteur manufacturier
Environ 72 % des investissements du Fonds de solidarité se trouvent dans le domaine de l'industrie et des services, dont une large part dans le secteur manufacturier. Certains pans du secteur manufacturier québécois subissent présentement les contrecoups de la mondialisation. «Il n'est pas question pour nous d'abandonner les secteurs manufacturiers plus traditionnels, comme le textile. Mais il faut aussi apprendre à regarder autrement le secteur manufacturier et capitaliser sur les entreprises qui ont déjà pris le tournant de la valeur ajoutée. "Qu'est-ce que je peux faire pour me démarquer de la Chine" est la question que doivent se poser les entreprises du secteur manufacturier.»
L'an dernier, le Fonds de solidarité a investi 730 millions dans 140 entreprises québécoises. «De ce nombre, 42 étaient de nouvelles entreprises.» C'est la preuve, selon Gaétan Morin, que le Fonds de solidarité est au parfum de la nouvelle économie québécoise.
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Collaborateur du Devoir
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