Warhol Live: tout en musique
Mots clés : Andy Warhol, Musée des beaux-arts, Art, Musée, Montréal
Le Musée des beaux-arts présente des bandes sonores inédites d'Andy Warhol

Photo: Agence France-Presse
C'est en approfondissant les recherches pour alimenter le catalogue de l'exposition que l'équipe du Musée des beaux-arts a découvert l'existence de cette bande inconnue, détenue par Julie Martin, la veuve de Billy Klüver, un collaborateur de longue date de Warhol.
Baptisé The Druds, le groupe de Warhol, qui ne s'est jamais produit en public mais a été enregistré lors de l'une de ses rares répétitions, a produit une poignée de pièces, dont Coca-Cola Song, The Alphabet Song, Movie Stars, sortes de parodies des chansons pop de l'époque, reprenant les thèmes de la consommation populaire largement exploités alors dans les oeuvres de Warhol.
«Dans une entrevue en 1977, Warhol avait déjà vaguement dit faire partie d'un groupe, mais on ne savait rien de plus. L'existence de ces bandes était inconnue. C'est une réelle découverte qui nous renseigne sur l'attitude de Warhol et l'importance de la musique dans toute son oeuvre», a expliqué au Devoir Stéphane Aquin, commissaire de l'exposition et conservateur de l'art contemporain au MBAM.
C'est notamment avec Jasper Johns, autre maître du Pop Art, Patti Mucha, Lucas Samaras, Larry Poons et l'artiste majeur du Land Art, Walter De Maria, que Warhol lancera son projet musical, soutenu par La Monte Young, un leader de la musique minimaliste du début des années 1960. À l'époque, l'oeuvre de Warhol était déjà fortement influencée par celle d'un autre compositeur phare de la musique contemporaine, John Cage.
Mais The Druds fut rapidement dissous, faute de talent musical, et ce projet de Warhol rapidement remplacé par d'autres plus importants, notamment celui du Velvet Underground and Nico, dont il se fera le producteur. Mais ces bandes viennent s'ajouter à des centaines d'autres pièces témoignant du rôle marquant joué en filigrane par la musique dans toute la production de cette icône artistique des années 1960.
«On voit que Warhol était branché sur plusieurs courants d'avant-garde, pas juste sur le Pop art. Ma vision de Warhol a été changée par cette exposition. Il ne faisait pas bande à part. Sa vision esthétique était plutôt au centre de plusieurs mouvances», soutient Stéphane Aquin.
C'est là tout l'intérêt de Warhol Live, qui donne à entendre autant qu'à voir, puisque la musique est présentée comme une clé pour revisiter toute l'oeuvre et le personnage qui s'est façonné autour d'Andrew Warhola, fils d'immigrants russes né en 1928 à Pittsburgh.
Avec plus de 640 pièces exposées, dont la majorité sont issues de la riche collection de l'Andy Warhol Museum de Pittsburgh, Warhol Live rassemble tant les sérigraphies emblématiques de Marilyn Monroe et de boîtes de soupe Campbell que les portraits de stars, une multitude de vidéos, de photographies, de pochettes de disques et d'objets personnels, qui ouvrent toute grande la porte sur l'univers warholien.
Parties intrinsèques de l'exposition, les haut-parleurs recrachent dans les salles tantôt la musique des Stones, tantôt des chansonnettes de Shirley Temple ou de Judy Garland, autant d'oeuvres qui ont marqué au fer rouge Warhol tout au long de sa vie.
Présentée sous quatre thèmes, l'exposition explore dans Tuning In les fondements de la culture musicale de Warhol, puis sa fascination pour la danse et la musique dans Sound and Vision, présentant notamment des sérigraphies de Rudolf Noureïev et Cunningham, et les Silver Clouds, ces gros oreillers métalliques créés en 1966 pour la chorégraphie Rain Forest. Dans un troisième temps, Producer amène le visiteur dans les coulisses de la création du groupe Velvet Underground and Nico (1966) et de son célèbre atelier multidisciplinaire The Factory. Fame expose enfin la dernière partie de la vie de l'artiste, marquée par le glamour, la production sur commande de pochettes de disques et sa fréquentation assidue des stars et du célèbre studio 54.
«Les trois grandes leçons de cette exposition sont que la musique est le substrat émotif sur lequel s'est bâtie toute l'oeuvre de Warhol. Sa fréquentation de Cage et Young a marqué son art, en y intégrant le principe de la répétition. D'une figure pop artificielle, on découvre une figure centrale traversée par différents courants artistiques», soutient Aquin.
Avec la production du Velvet Underground, Warhol a littéralement réhabilité le concept d'art total et créé le premier grand spectacle multimédia de l'art moderne, mêlant performance, musique et vidéo, ajoute ce dernier.
Pour Nathalie Bondil, directrice du Musée des beaux-arts de Montréal, ce parti pris audacieux, réalisé grâce au concours de la co-commissaire Emma Lavigne, conservatrice de l'art contemporain au Centre Pompidou, et de Matt Wrbican, archiviste au musée Andy Warhol, marque un jalon important dans l'orientation future du musée.
«Je rêvais de faire une exposition à la croisée des arts et de la musique. C'est une nouvelle expertise que nous développons pour le futur, puisque nous voulons intégrer de plus en plus la musique au musée grâce à la Fondation Ars Musica, et cela nous place dans le pôle des musées innovateurs», a-t-elle souligné hier.
Le catalogue de l'exposition, un sublime coffret de deux pièces conçu par les designers d'orangetango, combine un volume de près de 300 pages réunissant les articles de huit auteurs commentant les oeuvres exposées et le tout premier catalogue raisonné de la totalité des pochettes de disques produites par Warhol au cours de sa carrière, rédigé par le collectionneur montréalais Paul Maréchal.
Présentée jusqu'au 18 janvier 2009, l'exposition Warhol Live prendra ensuite la route pour s'arrêter au pavillon de Young du Fine arts Museum de San Francisco, du 14 février au 17 mai 2009, et à l'Andy Warhol Museum de Pittsburgh, du 10 juin au 15 septembre 2009.
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Magnifique papier - par Isabelle Paré
Le mercredi 24 septembre 2008 20:00

