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Prison, prison, prison

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Gabriel RACLE
Envoyé Le mardi 23 septembre 2008 06:00



Alec Castonguay résume bien la position prise par Stephen Harper dans ces quelques lignes qui méritent d'être mises en exergue : « Le Parti conservateur veut remplacer l'actuelle Loi sur les jeunes contrevenants par une nouvelle législation qui condamnerait à la prison à vie les adolescents de 14 à 16 ans qui ont commis un meurtre, avec ou sans préméditation. Les autres crimes graves seraient punis par 14 ans de prison. »

La question clé qui se pose immédiatement est la suivante : Sur quelle base psychologique Harper se fonde-t-il pour tenir de tels propos? Je ne connais pas le rapport de la commission Nunn de la Nouvelle-Écosse sur laquelle le parti conservateur fonderait sa position. D'après ce qu'en dit l'auteur de l'article, il me semblerait qu'il permet aux conservateurs de faire de cette question une simple question juridique, afin de « rééquilibrer la Loi sur les jeunes contrevenants pour qu'elle aborde davantage l'aspect protection du public », comme le recommandait ladite Commission.

Mais le problème de la délinquance des adolescents mérite une attention beaucoup plus complexe et me saurait s'encadrer dans de pures considérations juridiques. Je me suis penché sur cette question il y a bien longtemps dans un article intitulé « Le langage de la délinquance » (Communication et langages, 1983). J'y rappelle les travaux du psychiatre William Gray, du Newton Center, Mass., aux États-Unis.

Sans entrer dans tous les détails exposés dans ce texte, toujours d'actualité puisque la délinquance existe toujours, hélas, on peut en résumer l'essentiel en reprenant cette distinction de base entre deux types de délinquance : la délinquance d'intrusion et la délinquance d'exclusion. Il s'agit d'expliquer et de comprendre le comportement délinquant d'adolescents en mettant à jour les motifs psychologiques qui sont derrière nombre de comportements délinquants et en y apportant une réponse adéquate.

À la base, on retrouve des perceptions, des impressions psychologiques. Celles d'être exclus d'un milieu, qui entraînent un comportement d'introduction : cambriolage, viol, effractions diverses. La perception contraire, celle d'être inclus, enfermé dans un milieu entraîne les réactions contraires : crimes violents, pyromanie, prostitution, drogue, etc. On en voit des exemples, pas toujours très graves, avec des fils ou des filles de « bommes familles » qui commettent des délits ou qui ont des comportements qui étonnent, mais qui s'expliquent par des manifestations d'exclusion. La fille d'une mère ultra stricte sur la morale sexuelle se retrouve enceinte, par exemple.

Or, traiter ces comportements, cette criminalité d'exclusion par un emprisonnement prolongé, comme veut le faire S. Harper qui ne fait pas de distinction entre ces types de criminalité, va exactement à l'opposé de ce qu'il faudrait faire pour ce type de délinquants. Il est évident qu'un emprisonnement prolongé ne fera que renforcer ce sentiment d'enfermement qui les a poussés à commettre des actes de délinquance, parfois graves, et que cette façon de procéder ne résoudra rien, nais ne fera qu'aggraver la situation.

Il serait bon que Stephen Harper relise ce que W. Cray a dit et écrit à ce sujet, voire qu'il prenne connaissance de ce que j'en ai dit, avec les particularités que j'y ai apportées. La voie strictement conservatrice qu'il veut prendre est une décalcomanie de ce que les électeurs conservateurs attendent de lui. Le but n'est donc pas autre chose que de l'électoralisme politicien. Mais l'intérêt du Canada et de ses citoyens où est-il? Je posais la question hier, je peux la reposer aujourd'hui. Il n'y a dans les propositions de S. Harper aucune vision du Canada de demain, de notre société de demain, mais un intérêt à court terme mal caché, celui de se faire réélire, avec si possible la majorité, en jouant avec les émotions d'une clientèle électorale.

Ce que propose le parti conservateur fait en effet appel aux réactions émotionnelles simplistes d'un électorat qui soit existe, que soient les conservateurs pensent qu'il existe, un électorat qui ne réfléchit pas et auquel on s'adresse de la manière la plus incongrue possible, comme nous en a donné un bon exemple stupide le sénateur Fortier, en affichant les 350 millions que le Bloc aurait coûté. Les calculs d'intendants du sénateur Fortier sont d'un simplisme qui dépasse l'entendement. On évalue la valeur d'un service, et les députés sont au service de la population, comme un gouvernement jusqu'à preuve du contraire, au rapport qualité/prix que l'on peut et que l'on se doit d'établir.

Si on applique ce critère de base au calcul du coût des députés conservateurs et du gouvernement de Stephen Harper, on s'aperçoit vite que l'on n'en a pas pour notre argent. Les Conservateurs nous coûtent donc trop cher, peut-on répondre au sénateur, qui ne sait pas faire de bons calculs de consommateur avisé. La conclusion est radicale : pour rentabiliser nos investissements, il faut le moins de députés conservateurs que possible. C'est une simple règle mathématique.

La position de S. Harper concernant la délinquance des adolescents relève du même simplisme. Mettons-les tous en prison et le problème sera réglé. Le manque d'analyse de base de cette position est flagrant. La délinquance des adolescents est une question trop complexe pour être confiée à des politiciens. Et il faudrait être bien naïf pour croire que la réponse que monsieur Harper tire de son chapeau, comme un magicien, va nous éblouir au point de croire qu'il a raison. Tout le monde sait que les magiciens ont des trucs et ne présentent qu'une illusion. S.. Harper apparaît, avec ses propositions lancées avec éclat mais sans consistance réelle, comme le grand magicien de la scène politique qui nous présente l'illusion d'un grand soir. Il faudrait ouvrir les yeux pendant la répétition, car l'illusion n'est que du vide, lorsqu'on la regarde de près.

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