Criminalité - Pas de pitié pour les jeunes
Mots clés : Jeunesse, prison, Criminalité, Justice, Élection, Canada (Pays)
Un meurtrier ou un violeur ira en prison pour la vie, même s'il n'a que 14 ans, promet Harper

Photo: Agence France-Presse
De passage à Ottawa hier matin, Stephen Harper a ressorti les plates-formes électorales du Reform Party en 1997 et de l'Alliance canadienne en 2000 dans le domaine de la lutte contre la criminalité juvénile. Les nouvelles promesses du chef conservateur sont pratiquement identiques aux volontés exprimées par les deux défunts partis.
Ainsi, les adolescents de 14 ans et plus ayant commis un crime grave, comme un meurtre, un homicide involontaire ou une agression sexuelle, verraient leur identité étalée sur la place publique, ce qui n'est pas le cas actuellement. Un juge aurait également la liberté de rendre public le nom des jeunes ayant commis un crime moins grave.
Les adolescents reconnus coupables pour des crimes sérieux seraient automatiquement soumis à des peines plus sévères, allant jusqu'à la prison à vie en cas de meurtre. La peine maximale pour les infractions violentes serait de 14 ans de pénitencier. Actuellement, un adolescent accusé de meurtre qui n'est pas jugé comme un adulte peut être condamné à six ans de prison et à quatre ans de probation ou de maison d'arrêt.
Stephen Harper a dit que la nouvelle loi viserait les jeunes de 14 ans, mais que certaines provinces pourraient modifier l'âge à partir duquel on jugerait les jeunes comme des adultes. Le Québec pourrait ainsi mettre la barre à 16 ans.
M. Harper a soutenu qu'il s'agissait d'une approche «plus équilibrée» que l'actuelle Loi sur les jeunes contrevenants, qui met l'accent sur la réadaptation des adolescents. «Le but premier de la Loi sur les jeunes contrevenants est non seulement de réadapter les jeunes, mais de protéger la société. Et le but premier de l'imposition de sentences est de dissuader les autres d'enfreindre la loi», a-t-il soutenu en point de presse.
Cette proposition risque de ne pas faire l'unanimité, particulièrement au Québec, alors que plusieurs études sociologiques montrent que des peines plus sévères pour les jeunes n'ont pas d'effets dissuasifs sur les autres adolescents. Mais selon M. Harper, il faut que la société «envoie un message clair» que le crime est sévèrement puni au Canada. «Une fois que la personne a décidé de tuer ou de violer, il n'y a pas d'excuses à ce genre de comportement», a-t-il ajouté.
Stephen Harper prévoit également augmenter de six millions de dollars annuellement le Fonds de lutte contre les activités des gangs de rue et la prévention du crime, le faisant passer à 10 millions de dollars.
Un vote de confiance
Le chef conservateur a prévenu que ses projets de loi en matière de lutte contre la criminalité seraient des votes de confiance aux Communes s'il prend le pouvoir, même minoritaire. «L'opinion publique est de notre côté», a-t-il dit, ajoutant: «Quand on propose des mesures modestes, c'est plus facile pour les partis d'opposition de faire des amendements ou de l'obstruction. Quand on a un grand projet de loi et que c'est un vote de confiance, les mesures passent plus facilement.»
Environ 39 500 infractions violentes ont été commises par des jeunes en 2006 au pays. Le taux de criminalité chez les jeunes a augmenté de 3 % en 2006, une première hausse depuis 2003. Le Québec a toutefois enregistré une baisse de 4 %. En 2006 au Canada, 84 jeunes de 12 à 17 ans ont été inculpés d'homicide, impliquant 54 victimes.
En 2006, la criminalité globale a atteint son niveau le plus bas au Canada depuis 25 ans, selon Statistique Canada. L'Ontario, le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador ont enregistré les taux les plus faibles, poursuivant une tendance amorcée en 1999.
Fortes réactions
À Montréal, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a soutenu que la volonté des conservateurs «n'a pas de bon sens» et va à l'encontre des valeurs du Québec. «L'université du crime pour un enfant de 14 ans, cela s'appelle la prison. Mettez-le là, vous êtes sûr qu'il va sortir comme un criminel endurci», a-t-il dit.
M. Duceppe a rappelé que son parti avait fait adopter une loi antigang pour lutter contre les motards criminels et qu'il faut être ferme en matière de justice. «Mais il y a une grande différence d'approche entre le Québec et le reste du pays concernant les jeunes contrevenants, a-t-il enchaîné. On a une mentalité différente qui prône la réhabilitation. Le Québec est l'endroit en Amérique du Nord où il y a le moins de violence.»
Le gouvernement du Québec a été prudent dans ses commentaires hier, mais visiblement, la promesse des conservateurs a été accueillie froidement. «Si cette promesse devient partie intégrante d'un programme gouvernemental, on va commenter, a dit au Devoir Émilie Rouleau, l'attachée de presse du ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis. Pour l'instant, je peux seulement dire que, traditionnellement, le Québec privilégie la réhabilitation et la réinsertion des jeunes délinquants.»
Le chef libéral Stéphane Dion a indiqué que tout opposait les libéraux et les conservateurs en matière de justice et de prévention du crime. «On ne veut pas importer au Canada les méthodes américaines qui ont failli, a-t-il dit. Les conservateurs sont incapables de nous mettre de l'avant des intervenants, des experts, des policiers qui disent que c'est un plan qui va aider à rendre le Canada plus sûr. C'est la mauvaise direction. Les États américains qui ont essayé cela en sont revenus parce qu'ils ont vu que leur taux de criminalité diminuait moins vite que les États qui avaient une approche plus libérale.»
Le chef du NPD, Jack Layton, a soutenu de son côté que les conservateurs font fausse route. Il estime qu'un plus grand nombre de policiers dans les rues, un meilleur contrôle des armes de poing et plus de programmes de prévention feraient un meilleur remède. «Je ne connais personne qui pense que publier le nom des accusés fera baisser la criminalité», a-t-il dit.
Le Parti conservateur a dit se baser sur le rapport de la commission Nunn, en Nouvelle-Écosse, pour élaborer son éventuelle loi sur les jeunes délinquants. Dans son document rendu public en décembre 2006, Merlin Nunn recommande de rééquilibrer la Loi sur les jeunes contrevenants pour qu'elle aborde davantage l'aspect protection du public. Par contre, il est beaucoup plus nuancé que les conservateurs dans ses propositions. M. Nunn ne parle pas de prison à vie pour les adolescents et passe plusieurs paragraphes à vanter la loi actuelle.
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