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Et les intérêts du pays et de ses citoyens?

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Gabriel RACLE
Envoyé Le lundi 22 septembre 2008 07:00



Ce qui ressort à l'évidence de l'article de Manon Cormellier, c'est le genre de politique que préconise - ou plutôt ne préconise pas - Stephen Harper. Théoriquement et pratiquement, un homme politique de grande classe profite d'une campagne électorale pour proposer aux électeurs une vision dynamique du pays, ici du Canada de demain, avec toutes les retombées dont les citoyens vont bénéficier. Il en résulte des programmes, des estimations de coûts, des engagements, des promesses concernant la politique, la gestion du pays, son économie, la conservation de ses richesses naturelles, etc.

Or, dans le cas de Stephen Harper, on voit exactement l'inverse, c'est-à-dire uniquement des calculs électoraux de la plus pure tradition politicienne, destinés à assurer sa réélection en vue de former si possible un gouvernement majoritaire, et à tout le moins minoritaire. Il base donc l'approche de sa campagne électorale sur une classe d'électeurs possiblement conservateurs, qu'il tente de séduire au maximum, en ne s'engageant pratiquement à rien d'autre qu'à mener une politique conservatrice, décrite sans trop de précisions pour m'effrayer personne, mais avec suffisamment d'allusions ou de promesses qui n'engagent pas à grand chose pour attirer les électeurs qui voteraient pour lui. Autrement dit, il s'adresse à un lectorat bien ciblé - Harper a préparé ces élections il y a belle lurette, sans les annoncer, malgré sa loi sur les élections à date fixe - que ses propos rassurent, que les images qu'il projette touchent émotionnellement, tout en attaquant la personne d'un chef de parti comme Stéphane Dion, d'une manière lâche et même peu ragoutante. Son programme électoral n'est donc pas établi en vue des intérêts du Canada et de ses citoyens, mais il est déterminé par et pour une classe d'électeurs, ceux à tendance conservatrice possible. Le pays, peu lui chaud semble-t-il!

En effet, quelle vision du Canada de demain nous propose-t-il? Aucune, sinon celle d'un gouvernement conservateur, dont on a pu voir le style et les effets avec G.W. Bush aux États-Unis. Ce n'est que de la cuisine électorale résultant d'une « vaste étude de marché » pour reprendre l'expression de M. Cornellier. Est-il possible que des clients se laissent tenter par un menu d'aussi piètre qualité, sans goût, sans valeur énergétique? Harper en fait le pari et, malheureusement, il a certainement raison. Le conservatisme est une tendance émotionnelle rassurante, bien ancrée dans notre fonctionnement cérébral. La nouveauté dérange, fait peur et ne passe que lorsque le point de saturation du conservatisme est atteint. Nul ne sait encore ce qui sortira des élections présidentielles des États-Unis. Le mouvement novateur suscité par Barack Obama atteint une certaine partie de la population, mais les couches profondes ne suivent pas cette voie.

Harper a choisi la voie du conservatisme, qui n'effraie pas toute la catégorie d'électeurs qui ont besoin de se sentir rassurer, qui n'envisagent pas vraiment l'avenir mais préfèrent un statu quo modeste, et qui souhaitent finalement rester dans un cocon bien connu, plutôt que de se lancer dans une aventure qui leur paraît risquée. Gilles Duceppe en a fait et en fait encore l'expérience, avec une perte de son électorat, que les Conservateurs s'efforcent d'accentuer. S. Dion est allé trop loin dans la novation avec son Tournant vert, utile et nécessaire pour la conservation de la planète, mais risqué, dérangeant, inquiétant même, comme tend à la faire croire S. Harper lui-même. J. Layton tirerait son épingle du jeu, avec des présentations plus équilibrées, rassurantes, novatrices sans être inquiétantes, mais il lui manque un électorat massivement de son bord, et non dispersé dans l'ensemble du pays. Le petit menu de la cuisine harperienne risque donc de séduire bien des électeurs qui préfèrent une petite vie tranquille, sans penser à demain ni aux surprises désagréables qu'un gouvernement conservateur majoritaire pourrit bien leur, nous, réserver.

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