Médias - Vedettariat, mélange des genres et opinions journalistiques
Mots clés : Vedettariat, Mélange des genres, Télévision, Information, Élection, Canada (Pays)
En pleine campagne électorale, on pourrait presque croire que l'ombudsman de Radio-Canada l'a fait exprès. Dans son rapport annuel publié la semaine dernière, Julie Miville-Dechêne s'élève contre la tendance chez les journalistes en général à confondre information et opinion.
Les journalistes de Radio-Canada ont-ils violé ces principes? Julie Miville-Dechêne ne l'affirme pas ouvertement. Mais elle a quand même estimé qu'à quelques occasions certaines interventions journalistiques s'apparentaient plus à de l'opinion qu'à de
l'information.
De façon générale, l'ombudsman remarque que, sur Internet, «où tout le monde y va de son blogue et de ses opinions, les normes éthiques sont diluées, voire ignorées».
Elle remarque aussi que pour répondre au défi posé par les blogues, les médias traditionnels n'hésitent pas à accorder de plus en plus d'importance à l'opinion. Elle affirme «qu'on a assisté à la multiplication des columnists, des chroniqueurs et autres "grandes gueules" dans les journaux de Gesca et de Quebecor ou dans les radios parlées». Il existe une «véritable mise en marché des journalistes qu'on tente de transformer en vedettes», ajoute-t-elle.
Une évolution au goût du public
Ces commentaires traduisent la réalité mouvante du journalisme actuel. Et la présence de blogues plus ou moins personnels sur les sites Internet des médias brouille les cartes.
Mais c'est aussi une évolution qui correspond à un goût du public, dans un contexte où la profession de journaliste n'est pas toujours très bien cotée et où les médias traditionnels peinent à renouveler leur public.
Dans son rapport, l'ombudsman fait état d'une plainte précise reçue d'un candidat de Québec solidaire, qui critiquait le passage de Bernard Derome à Tout le monde en parle.
Dans une atmosphère évidemment plus conviviale que le téléjournal, et interrogé sur le sujet par Guy A. Lepage, Bernard Derome avait indiqué que Bernard Drainville «va aller loin en politique».
Le plaignant estimait qu'il s'agissait là d'un commentaire partisan. L'ombudsman a dit non, mais elle a retenu la plainte en partie, parce que le commentaire du chef d'antenne «relevait de l'intuition, de l'opinion; il s'agissait d'une prédiction non vérifiable», dit-elle, et cela allait à l'encontre des Normes et pratiques journalistiques de Radio-Canada.
L'opinion de l'ombudsman me laisse perplexe. Car enfin, veut-on que les journalistes de Radio-Canada soient complètement constipés? Bernard Derome n'a encouragé personne à voter pour Drainville.
Mais Julie Miville-Dechêne met ici le doigt sur une contradiction. Car elle invite la direction de Radio-Canada «à faire preuve de prudence quand elle dépêche des artisans dans des émissions où il y a un mélange des genres».
Ce que veut Radio-Canada?
Ici, il faudrait savoir ce que l'on veut. Radio-Canada est la première à jouer le jeu du vedettariat en mettant en valeur ses têtes d'affiche de l'information sur de grands panneaux publicitaires, en donnant leur nom à des titres d'émission de radio, en les faisant défiler à Bons baisers de France, justement pour mieux attirer le public et créer une identification avec ses journalistes.
Si l'on accepte cette façon de faire, il faut alors accepter que le journaliste puisse discuter plus librement. Si cette façon de procéder ne convient pas, Radio-Canada doit revoir ses campagnes de promotion!
On conviendra que la frontière à établir entre information et commentaire n'est pas toujours d'une clarté limpide. Prenons un autre exemple. Sur son site Internet, Radio-Canada propose des carnets écrits par une dizaine de journalistes, qui mettent en contexte des événements d'actualité.
La semaine dernière, dans un des carnets, Alain Gravel racontait comment les autorités responsables du pont Champlain à Montréal lui ont mis des bâtons dans les roues pour son reportage sur la dégradation du pont, et comment le ministre des Transports, Lawrence Cannon, a refusé de lui parler.
Constatant que tout le monde se renvoyait la balle, il écrit: «C'est à se demander si ce n'est pas une stratégie pour éviter au ministre Cannon d'être éclaboussé par ce dossier en pleine campagne électorale.»
L'ombudsman jugera-t-elle qu'il s'agit ici d'une opinion personnelle, d'un fait non prouvé? Je crois plutôt qu'il s'agit d'une mise en contexte et que le carnet permet justement au public de mieux montrer le processus de fabrication de l'information. Le public veut mieux savoir comment travaillent les journalistes. Si l'on crée un carnet, c'est pour permettre au journaliste de s'exprimer de façon plus libre, d'aller plus loin que l'information la plus neutre possible.
Il est quand même utile que l'ombudsman rappelle certaines règles, quitte à être trop puriste. On aimerait bien voir ce qui arriverait si TVA se dotait d'un ombudsman similaire, alors que la semaine dernière un chef d'antenne comme Pierre Bruneau n'hésitait pas à discuter joyeusement avec la chroniqueuse culturelle des nouveaux candidats d'Occupation double. Le genre d'information dont, vraiment, on n'a rien à cirer dans un téléjournal.
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pcauchon@ledevoir.com
Vos réactions
@ Jerôme Letnu - par Lorraine Dubé
Le mardi 23 septembre 2008 02:00
Et vlan pour Radio-Canada! - par Claude L'Heureux (claude.lh@sympatico.ca)
Le lundi 22 septembre 2008 11:00
Pendant du côté de la CBC... - par Jerome Letnu
Le lundi 22 septembre 2008 11:00
D'abord informer, ensuite... - par Michel Samson (samsonmi@tlb.sympatico.ca)
Le lundi 22 septembre 2008 09:00

