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Àc ôté de la cible
Sauf qu'on en met beaucoup sur le dos bien large des artistes... que l'on met d'ailleurs tous dans le même sac.
Ce que dénonce Bernanos, ou Bergeron (on ne sait plus), est le problème global de l'Homme. S'attaquer à ce problème global est peut-être le devoir des arts mais certainement aussi celui de chacun de nous, et particulièrement des intellectuels. Or, qui dans ce monde nous parle d'un projet de société global qui soit détaché de l'aiguillon de la technicité pour être recentré sur l'humanité? Personne, sauf les bonnes vieilles religions. Et l'extrémisme ambiant des fous de Dieu est nourri du vide qu'oublient d'emplir tous nos penseurs... À quand un projet de société qui propose une nouvelle vision du monde capable de bâtir une harmonie entre les humains et avec la nature?
Comme disait Karl Marx, le capitalisme s'effondrera de ses contradictions internes exacerbées. De la crise naîtra un monde nouveau, communiste, disait-il. Or, la crise, elle s'en vient. Ce ne sera pas la crise de la lutte des classes, n'en déplaise à nos collègues Bergeron-Bernanos, ce sera la crise de la vie sur Terre. Quand le climat et la vie seront tellement déréglés que la révolution deviendra nécessaire, elle viendra. Ce jour là, les artistes seront au front, subventions ou pas.
Entre-temps, des questions sont posées en regard des projets de droite de M. le premier ministre bientôt majoritaire:
• Si on coupe les subventions à la culture, ne risque-t-on pas d'être coincés avec les seuls Céline Dion de ce monde comme consommation culturelle, le Fast Food industriel dont les Américains sont les champions, à peu près le seul qui puisse se passer de subventions?
• La culture, subversive ou non, de masse ou non, ne se nourrit-elle pas d'une somme innombrable d'expériences de toutes sortes portées par des créateurs de bonne foi?
• S'attaquer à ce bouillon qui mijote ne risque-t-il pas de nous priver de notre potentiel créateur?
• Le Québec n'a-t-il pas besoin de façon vitale de ses artistes, justement pour éviter d'être gobé par le rouleau compresseur culturel du voisin américain?
• L'enchantement d'une pièce comme Nebbia, que nous avons vue hier au Nouveau Monde, aurait-il été possible si la collectivité n'avait pas supporté l'expérience innovante du Cirque du Soleil il y a trente ans? Si, encore aujourd'hui, le théâtre d'ici et ses tournées à l'étranger n'étaient pas hautement subventionnés?
• L'appel des artistes du Québec au maintien des subventions n'est-il pas essentiel, compte tenu de la taille lilliputienne notre marché local francophone?
• La réduction des subventions culturelles n'est-elle pas une forme d'attaque au Québec et à la vivacité de la francophonie au Canada dans la mesure où le Canada anglais est partie intégrante de l'industrie triomphante du Show-Bizz nord américaine?
• Les artistes sont-ils tous des quêteux comme Mme Verner voudrait nous le faire croire? Bergeron-Verner: même combat?
Bref, bon essai pour Bergeron, mais il tire à côté de la cible.
