Je me demande bien à quelles sources vous puisez pour intenter un tel procès d'intention aux artistes? Ne savez-vous pas que le désir le plus fort de l'artiste (à tout le moins de moi) est de se retrouver sur scène, dans l'acte de créer et nulle part ailleurs? Les demandes de subvention, les budgets, les sous en général sont un mal nécessaire. Un seuil souvent plutôt ennuyeux à franchir pour se rendre à ce qui nous intéresse vraiment. J'aurais bien aimé vivre sur une montagne, dans le fond d'une forêt, dans le désert et y composer ma musique sans le moindre souci autre que le déploiement en son de la liberté créatrice. Mais je me suis retrouvé en ville avec appartement, compagne, enfants à élever. Pour le meilleur et pour le pire, le pire étant toutes les considérations financières qu'il me faut aborder pour garder l'appartement à une température de 20'Celsius et le frigo relativement garni. Et lorsque vous me dites qu'en agissant ainsi (en pensant à l'argent) je sacrifie la quintessence de ce que je suis, que je me transforme en espèce de divertisseur d'un monde d'hommes robots, je ne peux prendre cela autrement que comme une pure insulte.
Sincèrement, je me demande bien de qui vous parlez dans votre texte. Qui sont ces gens? Quel est cet état dont les artistes sont les promoteurs intéressés? Expliquez-moi mieux, je n'ai pas compris. J'entends bien votre distinction Nietzschéenne entre l'État (ce monstre froid) et le peuple, celle Heideggérienne entre l'homme technicisé et le « vrai homme » gardien de l'être. Mais soyez plus précis d'accord, pas parce que je n'aime pas Nietzsche ou Heidegger ou Bernanos, plutôt parce que je n'aime pas voir des pensés riches et subtiles servir à faire monter en mousse ce qui ne sont finalement que les plus banals lieux communs.
Benoît Côté
compositeur