Opinion

Lettres - Atome et langue française

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Pierre Demers, Ancien collaborateur du laboratoire Joliot en France au moment de la naissance de l'énergie atomique dans ce laboratoire Saint-Laurent, le 15 septembre 2008

Édition du mercredi 17 septembre 2008

Mots clés : Francophonie, Nucléaire, Gentilly 2, Énergie, France (pays), Québec (province)

Le projet de rénover la centrale atomique Gentilly 2 au coût annoncé de 1,9 milliard de dollars et pour une vie utile prolongée de 32 ans est l'occasion d'un débat politique où j'aperçois des arguments touchant les aspects suivants: besoins en énergie, finances publiques et écologie et en plus exigences de la transparence en affaires publiques. Je suis d'avis que le dernier de ces arguments est le plus important. Précisément à propos de l'atome pour des fins militaires, le succès des puissances anglophones il y a 60 ans a été obtenu dans les conditions d'un secret rigoureux imposé aux travaux scientifiques et industriels. Il en est resté cette présomption trop répandue, que toute décision prise par l'autorité sous le secret d'État est bonne, surtout si elle a un lien quelconque avec l'atome, même pour des fins pacifiques.

L'exemple de la France pourrait rassurer au besoin quant à l'aspect écologie et sûreté, avec le résultat de ses 58 réacteurs de puissance en service, fournissant 80 % de l'électricité française sans accident grave. Mais je voudrais mettre en avant d'autres aspects, liés à la langue française et à la souveraineté nationale. L'indépendance énergétique du Québec ne passe pas précisément par le nucléaire, au contraire de la France. L'atome canadien, soit EACL ou Énergie atomique Canada limitée, s'est établi dans l'ignorance sinon le mépris de la langue française et de la politique québécoise, pour des objectifs de puissance anglo-saxonne et de langue anglaise. Sa gestion actuelle est soumise au contrôle du gouvernement fédéral et de celui des États-Unis, à tout le moins pour la fourniture d'uranium et le traitement du combustible usagé.

Gentilly 2 représente un assujettissement politique du Québec devant les puissances étrangères anglophones d'Ottawa et de Washington, bien au contraire de nos centrales hydroélectriques et de nos parcs d'éoliennes. Est-il opportun pour l'avenir du Québec de perpétuer cet assujettissement?

Pour éclairer correctement le choix dans le débat actuel, je propose qu'Hydro-Québec révèle en toute clarté quels sont exactement ces liens de contrôle, de dépendance et de soumission. Faut-il les perpétuer ou s'en débarrasser?


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