Mais est-ce bien réaliste?
Mots clés : Jack Layton, Promesses électorales, Médecin, santé, Canada (Pays)
Ils promettent: Le chef néo-démocrate, Jack Layton, veut réduire les délais d'attente en santé et il compte y parvenir en s'attaquant à la pénurie de médecins de famille, comme l'indique son plan à ce sujet rendu public hier. Sa promesse principale consiste en un investissement de 200 millions de dollars par année en moyenne pour, «en collaboration avec les provinces», augmenter de 50 % le nombre de places en formation pour les médecins et infirmiers. Cela voudrait dire 1200 étudiants en médecine de plus et 6000 en soins infirmiers, dont la moitié des coûts de formation serait épongée par Ottawa. Une partie de ces millions servirait aussi à assumer les prêts étudiants des médecins qui pratiquent la médecine familiale pendant dix ans au Canada.
M. Layton a peut-être de bien bonnes intentions, mais sa proposition, malgré une promesse de coopération avec les provinces, se heurte à un premier obstacle. Les décisions touchant le nombre d'admissions dans les facultés de médecine et de sciences infirmières relèvent des provinces. Ottawa n'a rien à voir là-dedans. Ce qui ne veut pas dire que les provinces ont toujours agi de façon éclairée, elles qui ont sabré les inscriptions durant les années 1990. Mais elles ont corrigé le tir depuis.
Tenons-en nous en à la situation des médecins. Après le creux de 1577 inscrits en 1997-98 à l'échelle canadienne, les inscriptions ont repris une courbe ascendante pour atteindre un sommet de 2460 en 2006-07, dernière année pour laquelle l'Association médicale canadienne a des chiffres. Au Québec, 454 étudiants étaient inscrits en médecine à l'automne 1998, indique le président de la Fédération des médecins résidents du Québec, Martin Bernier. Cet automne, il y en a 765.
Est-ce assez? Oui, si l'on tient compte des capacités physiques des facultés, répond M. Bernier. Ce n'est pas qu'elles manquent de salles de classe, mais bien de médecins pour l'encadrement et d'espaces pour la formation en milieu hospitalier.
«Les politiciens sont en train de fumer du pot sur un nuage», s'emporte le Dr Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins du Québec. «Nous avons atteint à peu près la limite de la capacité physique de formation en milieu hospitalier.»
Selon lui, les politiciens ont de la difficulté à comprendre un élément central de la formation médicale. «Ce n'est pas en classe qu'on forme un médecin mais à l'hôpital en traitant des patients.» Il rappelle qu'il y a une limite à soumettre ces derniers aux examens d'un trop grand nombre d'étudiants. Il ajoute que s'il y a pénurie de médecins, cela se reflète aussi dans les capacités d'encadrement des facultés.
Et il y a la difficulté à attirer les futurs médecins vers la pratique générale. M. Bernier souligne que, depuis deux ans, les facultés n'arrivent pas à pourvoir les places de résidence en médecine familiale, et le Québec n'est pas seul dans cette situation. La médecine familiale est exigeante et peu valorisée, ce qui fait que seulement le tiers environ des étudiants empruntent cette voix au lieu de la moitié souhaitée par le gouvernement québécois. «La solution n'est pas aussi simple que d'augmenter la cohorte d'étudiants, surtout si le système de formation fonctionne déjà à pleine capacité», poursuit-il.
À l'Association médicale canadienne, on a lancé une campagne pancanadienne pour venir à bout de la pénurie de médecins de famille. Le volet le plus coûteux -- un milliard sur cinq ans -- ne vise pas une augmentation de la formation mais bien l'«expansion de la capacité d'éducation et de formation professionnelle des centres des sciences de la santé du Canada».
Et même si l'on suivait la solution de M. Layton, il faudrait attendre des années pour en voir les effets. Il faut environ sept ans pour former un médecin généraliste et dix ans pour un spécialiste.
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mcornellier@ledevoir.com
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