La bataille, d'est en ouest

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Devoir Le
Édition du samedi 06 et du dimanche 07 septembre 2008

Mots clés : bataille électorale, Élection, Canada (Pays)

Le Canada est un grand pays aux enjeux diversifiés d'une région à l'autre.

À la veille du déclenchement des élections, portrait des éléments à surveiller.

Le Québec

Nombre de sièges en jeu: 75

RÉPARTION DES SIÈGES:

Parti conservateur: 11

Parti libéral du Canada: 11

Nouveau Parti démocratique: 1

Bloc québécois: 48

Indépendants: 2

Vacants: 2

Les nationalistes mous se cherchent un parti

Le Québec sera une bataille de tous les instants entre le Bloc québécois et le Parti conservateur dans les régions à l'extérieur de Montréal et de Québec. À en croire les maisons de sondage, le parti de Gilles Duceppe se trouve au coude-à-coude avec celui de Stephen Harper. Dans quelle mesure le Parti conservateur réussira-t-il à ravir la douzaine de sièges supplémentaires convoités dans le corridor Montréal-Québec et à l'est de la capitale?

Le Bloc et le PC se bagarreront pour séduire les nationalistes mous qui cherchent un parti. «Le choix ne sera pas facile pour les nationalistes, puisque Harper est ouvert au Québec, mais il est très à droite, plus que prévu même. En revanche, le Bloc québécois leur convient mieux, mais il doit justifier sa présence à Ottawa et Duceppe n'est pas une nouvelle figure», dit Christian Dufour, politologue à l'ENAP.

L'emprise des conservateurs sur la ville de Québec, où seule la bloquiste Christiane Gagnon tient bon, semble vouloir se maintenir. À Montréal, le Bloc québécois et le Parti libéral devrait continuer de régner, même si le bouillant Thomas Mulcair tentera de rééditer son exploit néo-démocrate ailleurs à Montréal. Il pourrait venir jouer les trouble-fête en faisant campagne au-delà des limites d'Outremont et en soutirant de précieux votes au Bloc québécois. Le parti souverainiste se présentera comme la seule formation pouvant empêcher les conservateurs d'être majoritaires.

Pour Gilles Duceppe, ce pourrait être la dernière campagne électorale fédérale, puisqu'il a déclaré qu'il resterait en poste seulement s'il rafle une majorité de sièges dans la province. Pour cela, il ne doit pas en perdre plus de 10.

Les coupures dans le milieu culturel pourraient occuper une bonne partie de la campagne électorale, alors que les artistes promettent des élections chaudes aux conservateurs. L'environnement,

l'Afghanistan et l'économie seront aussi des enjeux importants de cette campagne au Québec.

L'éternelle question nationale refera également surface, alors que Stephen Harper se vantera d'avoir fait reconnaître que le Québec forme une nation. Le Bloc québécois entend bien faire valoir que cette reconnaissance n'a jamais été suivie de gestes concrets. On reprochera également à Stephen Harper de ne pas avoir livré la limitation du pouvoir fédéral de dépenser qu'il avait promise en 2005. Un référendum n'étant pas à l'horizon, l'unité nationale ne sera toutefois pas un enjeu.

«Mon impression est que le gouvernement Harper a déjà une grande usure du pouvoir après seulement trois ans, dit Christian Dufour. Il a fait beaucoup de mécontents. Je pense que le Bloc québécois n'est pas mort. La campagne sera serrée.»

***

L'Ontario

Nombre de sièges en jeu: 106

RÉPARTITION DES SIÈGES:

Parti conservateur: 41

Parti libéral du Canada: 51

Nouveau Parti démocratique: 12

Vacants: 2

Comment se manifestera le vote de la gauche?

La «renaissance de la division du vote de gauche». Stephen Harper y croyait déjà... en 2003. Il était alors chef de l'Alliance canadienne et avait remarqué, à l'occasion d'élections partielles, que libéraux et néo-démocrates s'étaient entre-déchirés. Aujourd'hui premier ministre sortant, M. Harper table sur cette division pour faire une razzia dans la plus populeuse province. Son pari: Jack Layton, Stéphane Dion et Elizabeth May éparpilleront assez les votes de contestation pour laisser passer les candidats bleus.

Le tournant vert de Stéphane Dion est d'ailleurs la grande inconnue. Est-ce que les gens embarqueront? Si oui, il a des chances de rallier la gauche de l'échiquier politique, très préoccupée par l'environnement. Sinon, la division pourrait être totale.

Pour ne pas faire peur aux électeurs ontariens toujours réfractaires à son parti, Stephen Harper répète qu'il n'obtiendra guère mieux qu'un autre gouvernement minoritaire. La perspective d'une majorité conservatrice pourrait inciter les militants du NPD à se réfugier chez les libéraux et tout faire basculer.

Suivant la même logique, le NPD tente de se positionner comme le parti refuge, en rappelant sans relâche depuis un an le manque de conviction de Stéphane Dion.

Le Parti conservateur a une côte à remonter en Ontario, où le gouvernement provincial de Dalton

McGuinty est en guerre ouverte avec Ottawa en ce qui concerne les questions économiques. Les emplois dans le secteur manufacturier se perdent par dizaines de milliers, et Queen's Park n'a ni obtenu l'aide demandée ni réussi à faire modifier la formule de péréquation qui considère encore l'Ontario comme la province riche de la fédération. En écho aux appels à l'aide de Dalton McGuinty, le ministre des Finances Jim Flaherty a répondu que l'Ontario était «le dernier endroit» où investir car les impôts y sont trop élevés.

Les inimitiés des Flaherty, Tony Clement et John Baird pour ceux qui gouvernent aujourd'hui à Toronto remontent à l'époque de Mike Harris. Une époque que les libéraux tenteront d'ailleurs d'exploiter. L'eau contaminée de Walkerton? L'explosion cet été d'un entrepôt de propane à Toronto? Tous les fruits des politiques conservatrices de déréglementation de l'époque Harris. Quand on a en main un mémo interne à l'effet que le gouvernement Harper songe aujourd'hui à déréglementer l'inspection des aliments et qu'une épidémie de listériose s'abat sur le pays, le lien est facile à établir... Et les libéraux ne s'en priveront pas.

Stéphane Dion dispose par ailleurs d'une forte équipe de candidats dans la province. Ses anciens rivaux à la chefferie (Bob Rae, Michael Ignatieff, Martha Hall Finlay, Gerard Kennedy) sont tous volontaires.

***

L'Atlantique

Nombre de sièges en jeu: 32

RÉPARTITION DES SIÈGES:

Parti conservateur: 8

Parti libéral du Canada: 20

Nouveau Parti démocratique: 3

Indépendants: 1

Le paysage politique a bien changé depuis 2006

Quatre provinces, 32 sièges disponibles. La région atlantique offre au Parti conservateur une belle occasion de croissance. Pourra-t-il l'harnacher? C'est loin d'être sûr.

Les libéraux demeurent populaires et le paysage politique provincial a changé du tout au tout depuis l'élection de Stephen Harper. En 2006, les quatre provinces étaient dirigées par des conservateurs. Depuis, Bernard Lord a cédé le pas au libéral Shawn Graham, Robert Ghiz a mis un terme à l'hégémonie bleue sur l'île-du-Prince-Édouard et le bouillant Dany Williams, bien que de la même famille politique, est parti en guerre contre ses cousins fédéraux. Le populaire premier ministre de Terre-Neuve invite d'ailleurs tous ses électeurs à mettre à la porte les trois députés conservateurs fédéraux de la province. Il en a contre la nouvelle formule de péréquation d'Ottawa, qui selon lui pénalise sa province.

«Je pense que pour Harper, les carottes sont cuites à Terre-Neuve. Il va probablement perdre les trois sièges», dit Pierre-Marcel Desjardins, politologue à l'Université de Moncton. Le ministre des Pêches, Loyola Hearm, a d'ailleurs choisi de ne pas tenter de nouveau sa chance.

Ailleurs, c'est moins clair, dit-il. Les difficultés de l'industrie forestière seront un enjeu au Nouveau-Brunswick, tout comme la pêche et le ralentissement économique à la grandeur des Maritimes. La course sera notamment serrée à Fredericton.

En Nouvelle-Écosse, les regards seront tournés vers la circonscription de Nova Centre, là où la populaire chef du Parti vert, Elizabeth May, se mesurera au tout aussi populaire ministre de la Défense, Peter MacKay. Le Parti libéral ne présente pas de candidat dans ce comté, question d'aider Mme May. Cela sera-t-il suffisant?

Alexa McDonough, ancienne leader du NPD, tire sa révérence à Halifax, un siège qu'elle détenait depuis 1997. Le parti saura-t-il le conserver? Le vote libéral y est fort et l'autre partie de la ville a élu un rouge aux trois derniers scrutins. «Les vraies courses seront au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse», estime Pierre-Marce Desjardins.

***

L'Ouest

Nombre de sièges en jeu: 92

RÉPARTITION DES SIÈGES:

Parti conservateur: 67

Parti libéral du Canada: 11

Nouveau Parti démocratique: 13

Indépendants: 1

Bleu, mais seulement jusqu'aux Rocheuses

Il est de bon ton de dépeindre l'ouest du pays comme un bloc monolithique accro au Parti conservateur. Ce n'est pas loin de la vérité, sauf en Colombie-Britannique, où des courses à trois partis et même à quatre (avec les Verts) sont à prévoir. Dans cette province, 7 des 36 sièges ont été remportés par une marge de moins de 5 % en 2006.

La province de Gordon Campbell s'est engagée dans la lutte contre les changements climatiques, le premier ministre libéral ayant imposé en juillet une taxe sur le carbone presque en tout point identique à celle qu'envisage Stéphane Dion: augmentation du prix des sources d'énergie qui émettent beaucoup de gaz à effet de serre et réductions d'impôt massives à la clé pour compenser. Les libéraux fédéraux ont donc en Gordon Campbell un allié, mais aussi un passif, alors qu'il a déjà fait goûté, parfois avec déplaisir, à la médecine proposée...

Un gros morceau du Parti conservateur, c'est-à-dire David Emerson, le ministre des Affaires étrangères, a choisi de quitter le navire plutôt que de tenter de se faire élire de nouveau à Vancouver. «Les gens n'ont pas oublié sa trahison quand il a fait le saut chez les conservateurs quelques jours après avoir été élu sous la bannière libérale», affirme Philip Resnick, politologue à l'Université de la Colombie-Britannique.

Vancouver, comme Montréal et Toronto, demeure hostile aux politiques conservatrices. Stephen Harper a toutefois travaillé fort depuis deux ans pour séduire les communautés chinoise et indienne, deux groupes fortement présents dans cette région. Est-ce que ce sera payant?

Quant à la Saskatchewan et au Manitoba, la réforme de la Commission canadienne du blé souhaitée par le gouvernement Harper pourrait avoir un impact, mais cet enjeu divise les agriculteurs.

En Alberta et en Saskatchewan, le bleu sera encore une fois à l'honneur. «Le plan vert de Dion rappelle ici le très impopulaire Plan national de l'énergie de Trudeau. Les gens ont l'impression que Dion veut se faire du capital politique sur leur dos. Les Prairies ne verront pas de grands changements politiques», constate Frédéric Boily, politologue à l'Université de l'Alberta.


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L ALBERTA et la SASKATCHEWAN sont pour HARPER avec raison - par Roger Dion (rogerdion@hotmail.com)
Le samedi 06 septembre 2008 16:00

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