La situation financière menace de se détériorer - Moody's met l'UQAM en garde
Mots clés : décote, UQAM, Moody's, Économie, Université, Montréal, Québec (province)
Une nouvelle décote ramènerait les obligations de l'université à un titre de «pacotille»

Photo: Jacques Nadeau
Moody's a modifié la perspective de notation de l'UQAM de «stable» à «négative», en raison de «l'absence de progrès dans la réorientation du plan d'immobilisations de l'université ainsi que dans l'établissement d'un plan de redressement budgétaire». «En conséquence, la position financière de l'UQAM n'a connu aucune amélioration et menace de se détériorer davantage», peut-on lire dans le communiqué émis hier midi par l'agence.
La promesse de Québec de dégager l'UQAM des conséquences financières du projet avorté de l'îlot Voyageur, faite il y a un an presque jour pour jour, tarde à se concrétiser. D'autre part, Québec et l'UQAM ne sont toujours pas parvenus à une entente sur un plan de redressement satisfaisant, qui permettrait le versement des subventions conditionnelles de plus de 65 millions, toujours retenues par Québec.
L'endettement de l'UQAM lié aux projets immobiliers devrait atteindre le demi-milliard en 2012, selon les données du Vérificateur général. «La dette de l'UQAM, équivalant à 164 % des recettes annuelles à la fin de l'année fiscale 2007, est maintenant une des plus élevées parmi les universités canadiennes», ajoute Moody's en justifiant son avertissement.
L'actuelle cote de l'UQAM est de Baa3. Si la situation stagne, la prochaine révision pourrait amener l'université au dernier échelon des cotes de crédit, prévient Debra Roane, une analyste de Moody's jointe à New York. En jargon financier, une décote ramènerait les titres de l'UQAM au rang d'«obligations de pacotille» (junk bonds).
Concrètement, une décote n'affecterait pas le coût des emprunts sur le marché obligataire déjà effectués par l'UQAM, mais bien celui d'éventuels nouveaux emprunts, ce qui ne figure évidemment pas dans les cartons de l'UQAM. Il n'a toutefois pas été possible de savoir hier si les frais financiers de la marge de crédit de l'UQAM s'élevant à 275 millions seraient haussés par une décote.
L'UQAM a déjà subi plusieurs décotes depuis le début de son aventure immobilière avec le complexe des sciences et l'îlot Voyageur. En janvier 2007, Moody's avait abaissé deux fois en deux semaines sa cote de crédit en raison des émissions d'obligations, que le gouvernement a dû en partie acheter pour ne pas nuire à ses propres titres.
Si ce n'était de la conviction que le gouvernement du Québec ne laisserait pas l'UQAM faillir à ses obligations financières envers ses créanciers, la cote de l'UQAM aurait déjà été abaissée, explique Mme Roane.
Les solutions tardent à aboutir
Lors du dépôt du rapport du Vérificateur général, en juin dernier, Michelle Courchesne, la ministre de l'Éducation, avait indiqué sa «ferme intention» de conclure une entente sur le plan de redressement «avant la prochaine rentrée universitaire» [en septembre].
Interrogée sur le sujet en début de journée hier, avant que Moody's ne lance son avertissement, la ministre Courchesne s'est montrée plus évasive. «Il y a un nouveau conseil d'administration, il y a eu beaucoup de travail de fait. Des propositions sont sur la table. [...] Un an plus tard, on est obligé de constater que c'est vraiment un travail en progression. Les échanges sont fructueux et positifs», a fait valoir Mme Courchesne.
L'UQAM s'est contentée hier de souligner l'ampleur des efforts faits à ce jour pour renouer avec la santé financière.
«La direction de l'UQAM rappelle que l'UQAM et le gouvernement n'ont pas encore conclu une nécessaire entente sur le rétablissement de la situation financière de l'université. Par ailleurs, l'UQAM a déjà commencé à faire sa part en instaurant un régime de rigueur budgétaire», peut-on lire dans un communiqué émis hier.
La dernière version du plan de redressement ne permettait pas à l'UQAM de renouer avec l'équilibre budgétaire. Malgré de sévères compressions, l'université prévoit être encore aux prises avec un déficit annuel de 24,4 millions en 2011-12, principalement dû aux frais financiers.
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