Soupçon de racisme à Scotland Yard

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Libération
Édition du samedi 06 et du dimanche 07 septembre 2008

Mots clés : discrimination raciale, Ian Blair, Scoland Yard, Racisme, Grande-Bretagne (pays)

Le grand patron de Scotland Yard est-il raciste? Le seul soupçon fait en tout cas trembler l'institution, au point que l'intéressé pourrait être poussé vers la porte dans les semaines qui viennent. L'accusation a été portée par le plus haut gradé musulman de la Metropolitan Police (Met) -- la police de Londres, plus connue sous le nom de Scotland Yard. Tarique Ghaffur, numéro trois dans la hiérarchie, a décidé d'envoyer son patron, Ian Blair, devant un tribunal du travail pour discrimination raciale.

Ce musulman issu d'une famille pakistanaise, né en Angola il y a cinquante ans, estime avoir été victime au long de sa carrière de traitements «humiliants et dégradants», dont des moqueries sur sa maîtrise de la langue anglaise, et de «harcèlement» de la part d'Ian Blair et d'autres hauts responsables de ce corps, qui s'est à peine entrouvert aux minorités ces dix dernières années.

Bien qu'en charge de la sécurité des Jeux olympiques de 2012, Tarique Ghaffur affirme avoir été exclu par son patron, pour des raisons de race et de religion, de certaines réunions à plus haut niveau sur ce dossier. «J'ai été la victime d'une discrimination toute particulière de la part de l'actuel commissaire, Ian Blair», a-t-il résumé lors de la présentation de sa plainte. Il est soutenu par l'Association des policiers noirs, qui dénonce régulièrement le racisme qui règne au sein de la police britannique et qui a estimé que Tarique Ghaffur a effectivement été «très mal traité» ces dernières années par sa hiérarchie.

La Met a réagi en affirmant qu'elle se défendrait «d'une manière forte» devant le tribunal, qui doit siéger d'ici la fin de l'année. Elle a demandé aussi à l'accusateur de cesser de faire d'ici là des déclarations sur «une dispute d'ordre privé».

Cette nouvelle affaire n'arrange pas le déjà controversé Ian Blair, haut gradé de la police britannique, décrit comme très ambitieux et fin politique. Arrivé à ce poste au début de 2005, grâce Tony Blair (avec qui il n'a aucun lien de parenté), il espère durer au moins jusqu'aux JO. Mais, dans les semaines qui viennent, il devra aussi se défendre sur d'autres fronts. Il est notamment accusé de favoritisme dans l'octroi d'un marché public. Il devra aussi faire face à une nouvelle enquête, cet automne, sur l'affaire du jeune brésilien Jean-Charles de Menezes, abattu de sept balles dans le métro londonien, une semaine après les attentats du 21 juillet 2005, par des agents du Yard qui l'avaient pris pour un terroriste kamikaze. Aucun responsable de la Met n'a été condamné ni mis à l'écart pour cette terrible bavure.

Enfin et surtout, Ian Blair est désormais en première ligne sur le dossier de l'insécurité et l'incapacité de la police londonienne à réduire la vague de crimes à l'arme blanche qui sévit dans la capitale. Depuis le début de l'année, 25 jeunes, souvent des Noirs, ont été tués dans les rues de Londres.


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