Formation des adultes - Les syndicats sont toujours dans l'attente d'un nouveau plan d'action
Mots clés : Formation des adultes, Syndicalisme, Éducation, Québec (province)
« Les efforts qui ont été consentis durant les trois ou quatre dernières années commencent à porter fruit »

Photo: Pedro Ruiz
Pour la suite des choses, la syndicaliste lance quelques fleurs au gouvernement Charest, qui a mis sur pied le Pacte pour l'emploi: «Il y a, à l'intérieur de celui-ci, une préoccupation envers le rehaussement des compétences et l'aide aux entreprises, ce qui appelle à un investissement collectif sur le plan de la formation.» Aussitôt, elle affiche une petite déception concernant le retard accusé dans la mise en place du plan d'action quinquennal 2008-2013 pour la formation des adultes.
La Commission des partenaires du marché du travail, à laquelle elle siège, s'est entendue pour reconnaître le caractère prioritaire, dans ce plan, de l'alphabétisation et de la francisation: «Malgré cela, ce dernier n'est toujours pas arrêté ou déposé. Il me semble que le plan gouvernemental fournirait une occasion d'effectuer un virage important qui s'impose, comme je l'ai souvent dit et comme je le répète. Celui-ci servirait à nous enrichir collectivement et rendrait tout le monde capable, en acquérant des compétences et en rehaussant ses qualifications, d'affronter tout ce qui risque de se produire, soit des crises, des nouveaux aménagements et des changements technologiques.»
Une FTQ confiante
Louise Miller, responsable du dossier de la formation à la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), se penche sur les attentes actuellement vécues en matière de formation des adultes: «Dans le cadre des travaux des partenaires du marché du travail, on a travaillé beaucoup à développer des nouveaux modes de formation qui s'adressent à des gens qui sont peu qualifiés. On s'attend à ce qu'il y ait des résultats importants du côté de la qualification de la main-d'oeuvre en emploi au cours de la prochaine année; les efforts qui ont été consentis durant les trois ou quatre dernières années commencent à porter fruit.»
Le temps de la transition étant achevé, voici venu celui de la réalisation: «Les milieux de travail commencent à manifester un intérêt, parce qu'il existe des modèles qui sont à la fois peu coûteux pour l'employeur et qui sont intéressants pour les travailleurs.»
À la suite du changement de garde à Québec, le plan d'éducation des adultes a été mis sur la glace pendant un certain temps. Tout comme sa collègue de la CSN, elle déplore un certain retard dans le cheminement de ce dossier, mais elle accorde un vote de confiance au gouvernement pour l'avenir: «Je dirais que l'arrivée de la ministre Courchesne à l'Éducation, qui avait été auparavant sensibilisée aux besoins de formation de la main-d'oeuvre au ministère de l'Emploi, a facilité beaucoup la relance des travaux portant sur la politique gouvernementale.»
Elle résume la situation: «Il y a toute une opération de révision qui s'est déroulée pendant les deux dernières années, et le plan d'action de l'éducation des adultes est à la veille d'être appliqué pour les cinq
voir page G 5: syndicats
prochaines années. Les partenaires ont travaillé là-dessus de février à mai et les gens de l'Éducation ont fait de même. Je crois qu'ils devaient prendre l'été pour ramasser tout ce travail et bâtir le plan.»
Elle dégage un des points majeurs sur lequel se sont entendus le milieu syndical et l'ensemble des partenaires: «La grande faiblesse, du côté du premier plan, s'est située du côté de l'alphabétisation. Il y a eu des avancées sur la formation de base et sur le développement de services et d'activités, mais, pour les personnes davantage dans le besoin, cela a très peu bougé. Employeurs et syndicats souhaitent vraiment que le prochain plan fasse de l'alphabétisation une priorité, de façon à ce que les personnes les moins scolarisées puissent être qualifiées rapidement, ce qui est notamment très clair pour la FTQ.»
La FAE
et son point de vue
La Fédération autonome de l'enseignement (FAE) regroupe neuf syndicats de l'enseignement et quelque 27 000 enseignants. Ce mouvement représente près de 50 % des enseignants qui, au Québec, travaillent dans les secteurs de la formation professionnelle (FP) et de l'éducation des adultes (EDA).
Pierre Saint-Germain préside la FAE, qui a émis un avis contenant une vingtaine de recommandations destinées au ministère de l'Éducation sur la reconduction du Plan d'action 2008-2013: «Pour nous, ce qui est le plus important, c'est que le ministère de l'Éducation soit le maître d'oeuvre de l'éducation des adultes. Il y a plusieurs intervenants dans ce dossier-là, et, quand on parle de celle-ci, il y a les ministères de l'Emploi et de l'Immigration qui interviennent là-dedans; bref, on retrouve divers ministères avec différents objectifs.»
Il précise sa pensée: «Si on veut parler d'éducation des adultes en fonction d'une formation davantage axée sur un accès au marché du travail, nous, on souhaite qu'une telle démarche leur offre aussi une formation de base qui serve aux gens à se scolariser, et pas seulement à devenir aptes à exercer un métier tellement circonscrit et spécialisé qu'on ne peut considérer cette dernière comme qualifiante.» Au moment de quitter un emploi, les gens ont intérêt à s'inscrire dans un processus qui les rend capables de se replacer ou de se relocaliser: «On souhaite donc que le ministère de l'Éducation en soit le maître d'oeuvre, tout en reconnaissant que d'autres intervenants ont leur mot à dire sur cette question. Le tout devrait être réalisé à l'intérieur du réseau des commissions scolaires par le biais du ministère.»
La FAE défend aussi la cause du soutien aux élèves en formation des adultes: «On parle autant des jeunes de 16 ans ou plus que des personnes plus âgées. Il y a des mesures gouvernementales qui pourraient être prises pour faciliter la fréquentation des cours. On pourrait prévoir pour eux des congés payés, on pourrait leur offrir un financement plus adéquat et de l'aide.»
Il poursuit avec cette comparaison: «On parle beaucoup des élèves en difficulté d'apprentissage, mais il ne faut pas oublier que, dans le cas des adultes qui retournent à l'école, certains étant analphabètes et d'autres sous-scolarisés, plusieurs éprouvent aussi de sérieux problèmes qui diffèrent de ceux du secteur des jeunes. Dans certains cas, ils pourraient avoir besoin d'un travailleur social et, dans d'autres, d'un psychologue pour les soutenir. Si, devenus adultes, ces gens en sont rendus à ce stade d'analphabétisme, cela veut dire que, précédemment, dans leur prime jeunesse et leur adolescence, ils ont eux aussi rencontré leur lot de difficultés.»
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Collaborateur du Devoir
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