Retour sur un «dérapage surréaliste »
Mots clés : Marina Zenovich, Roman Polanski: Desired and Wanted, Culture, Cinéma, Québec (province)

Les faits sont présentés, scabreux, désolants: au cours d'une séance de photos, le célèbre cinéaste a offert champagne et drogue à son jeune modèle. Retour en arrière sur l'existence de Roman Polanski: la Seconde Guerre mondiale et comment il a dû survivre, enfant, seul, alors que ses parents étaient emmenés dans les camps nazis où sa mère devait périr; l'estime de la critique dès Le Couteau dans l'eau, son premier film; le meurtre de sa femme Sharon Tate, enceinte, aux mains de la secte de Charles Manson. Plus tard, la documentariste montre comment cette tragédie fut systématiquement exploitée par les médias durant le procès de Polanski, huit ans après les faits. Mais ce qui donne froid dans le dos, hormis l'accusation elle-même, c'est la manière dont le juge Rittenband a tenté tout du long de contrôler le cirque médiatique afin d'en être la vedette. Abonné aux affaires impliquant des célébrités, l'honorable n'a pas hésité à enfreindre la loi. De fait, Rittenband aurait été très à l'aise dans l'univers de Chinatown. Maître Douglas Dalton et le procureur Roger Gunson, retraités, l'enquêteur chargé de l'affaire, plusieurs journalistes et amis se souviennent. Zenovich
a même réussi à con-vaincre la plaignante, Samantha Geimer, de donner ses impressions sur l'affaire. Sortie de l'anonymat en 1997 afin de pardonner publiquement à Polanski, elle prononce envers le juge Rittenband un verdict sans appel. Et ce n'est qu'une des nombreuses ironies mises en lumière.
Au plan technique, Roman Polanski: Desired and Wanted est une réussite: rythme soutenu, alternance efficace d'archives, de têtes parlantes et d'extraits de films. Quand Dalton, l'avocat de la défense, parle d'un «dérapage surréaliste», une scène du Locataire apporte une touche inattendue d'humour (certes très noir). Le recours à une séquence du court métrage Le Gros et le Maigre (1961), où Polanski est le pantin d'un molosse ressemblant étrangement à Rittenband, est lui aussi inspiré. Le documentaire s'ouvre avec la berceuse de Rosemary's Baby, fredonnée par Mia Farrow, et se clôt avec la version d'Ultra Orange, chantée par Emmanuelle Seigner, épouse de Polanski rencontrée sur le plateau de Frantic, en 1987. À voir, pour se faire «sa propre opinion».
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Collaborateur du Devoir
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Roman Polanski: Desired and Wanted
Réalisation: Marina Zenovich. Photographie: Tanja Kopp. Montage: Joe Bini. Musique: Mark Degliantoni. États-Unis, 2008,
99 min.
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