Danse - Miroirs aux souvenirs
Mots clés : Sarah Chase, Sur les glaces du Labrador, Culture, Danse, Québec (province)
Avec Sur les glaces du Labrador, Sarah Chase a tissé des liens insoupçonnés entre les interprètes de Montréal Danse

Photo: Jacques Grenier
D'après les extraits vus en répétition, difficile de la contredire. La troupe dégage une énergie rieuse, pétillante, et ses membres paraissent très unis. Sarah Chase a en effet pris le temps de parler avec tous les membres -- huit semaines! -- pour découvrir leurs histoires familiales et en faire ressortir l'étonnante synchronicité. Alors que certains d'entre eux se côtoient au sein de Montréal Danse depuis près de 15 ans, elle leur a permis d'apprendre à mieux se connaître mutuellement.
Pour mieux jouer
Le titre, Sur les glaces du Labrador, fait référence à l'histoire du grand-père d'un des danseurs, qui a dû traverser un lac gelé pour porter secours aux survivants d'un écrasement d'avion. C'est aussi une métaphore des souvenirs qui nous soutiennent, par-dessus notre passé.
Plusieurs anecdotes à teneur médicale composent la trame narrative, si bien que les costumes, de Pierre Dextrase, tiennent de l'uniforme. Cela ne donne cependant pas un ton grave au spectacle, au contraire. Dans le passage Blood sugar, un délire avec beaucoup de swing sur les variations du taux de glycémie du diabétique du groupe, on dirait que les danseurs ont revêtu des habits d'infirmière et d'aide-soignant pour mieux jouer.
Fidèle à son habitude, Sarah Chase joue aussi avec les mots, ceux des chansons choisies par les danseurs. Par exemple, Maryse Carrier s'exprime dans un singulier langage des signes tandis qu'elle chante Il venait d'avoir dix-huit ans, le grand succès de Dalida. Le compositeur Antoine Bédard s'est d'ailleurs inspiré des voix, souvent fort jolies, des interprètes de Montréal Danse pour bâtir l'environnement sonore de Sur les glaces du Labrador. «Il y a beaucoup d'effets, dit Kathy Casey, mais quand ils parlent, ils le font dans le silence.»
La parole sert en effet à donner une cohérence aux mouvements abstraits. Parce que raconter des histoires ne signifie pas évacuer la recherche chorégraphique. Très intéressée par le fonctionnement des deux hémisphères du cerveau, la lauréate du prestigieux prix Jacqueline-Lemieux, en 2004, divise le corps en trois parties qu'elle fait bouger indépendamment l'une de l'autre. Ainsi, le bras droit effectue un mouvement sur un temps, le bras gauche fait autre chose sur un autre tempo, et les jambes marchent sur un compte différent. «Cela fait un mouvement perpétuel très répétitif, mais pas identique», explique Kathy Casey.
À ce formalisme kinesthésique s'oppose sa manière d'entrer en relation avec le public, pas du tout théâtralisée. «Comment rester vrai en s'adressant aux spectateurs? Ça prend une grande confiance pour les regarder dans les yeux. Il a fallu se défaire de vieux réflexes pour ne pas embellir sur scène, on a même dû prendre du faux public pour répéter», relate Kathy Casey, qui estime, avis au gouvernement conservateur, que les arts de la scène ne peuvent s'améliorer sans aller à la rencontre du public, un peu partout.
L'équipe a exceptionnellement eu du temps de répétition en théâtre, ce qui a permis d'expérimenter davantage de choses sur le plan scénographique que lorsque tout le travail a lieu en studio. À deux semaines de la première, les bons morceaux (il y avait assez de matériel pour trois heures de spectacle) se sont mis en place. Après Montréal, Sur les glaces du Labrador parcourra le Québec et l'Ouest du Canada, jusqu'au Yukon.
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Collaboratrice du Devoir
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Sur les glaces du Labrador
Chorégraphie de Sarah Chase (conseil de Kathy Casey), avec Dominic Caron, Maryse Carrier, Annik Hamel, Rachel Harris, Benoît Leduc, Manon Levac et Frédéric Marier, à l'Agora de la danse, du 10 au 20 septembre.
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