Opinion

Libre opinion - La fuite en avant

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François Gagnon, Montréal, le 2 septembre 2008

Édition du vendredi 05 septembre 2008

Mots clés : responsabilité, réchauffement climatique, environnement, Climat, Québec (province)

Nul ne doute des effets à long terme du réchauffement climatique et des dangers de la pollution en général. La question est plutôt: que pouvons-nous y faire? Les sommes d'argent en jeu sont colossales et notre confort quotidien est en parti basé sur la dilapidation des ressources que nous offre notre planète.

Notre réponse, ou celle de nos politiciens, relève souvent de la pensée magique. Si chacun fait de petits gestes, ceux-ci pourront faire la différence à long terme, et nous aurons apporté notre contribution. Le principe est excellent, sauf s'il est récupéré par des gens qui l'utilise pour gagner de l'argent. Malheureusement, les solutions proposées donnent des résultats souvent presque nuls, mais leur application nous donne bonne conscience, ce qui fait que rien de sérieux n'est entrepris; c'est la fuite en avant. Voici quelques exemples.

L'éclairage fluorescent: le gouvernement fédéral nous forcera bientôt à changer nos ampoules courantes par des tubes fluorescents qui utilisent moins d'énergie. Cette mesure, copiée sur celle de la Californie, est probablement utile là-bas, mais absolument sans valeur au Canada. Ici les saisons froides sont plus longues que les saisons chaudes, or chaque watt consommé par une ampoule est redistribué à 100 % en chaleur dans son environnement, et ce, de façon douce et très efficace. Donc, si vous chauffez à l'électricité, vous n'avez rien économisé de 6 à 10 mois par année. Pire, si vous chauffez au gaz ou au mazout, vous aurez besoin de plus de combustible pour garder votre température de confort, donc vous produirez plus de gaz à effet de serre.

Les sacs d'épicerie: les commerçants nous proposent, ou nous imposent, l'utilisation de sacs recyclables et nous habituent à payer deux à trois dollars pour ceux-ci, sous le prétexte de financer et protéger l'environnement. En réalité, nous substituons à des sacs de un ou deux grammes à usage unique d'autres qui font souvent 50 fois le poids des premiers, mais seront-ils utilisés 50 fois? Sinon, il n'y a aucun gain net. Pire, les sacs d'épicerie sont presque toujours réutilisés pour se débarrasser des déchets domestiques. Que ferons-nous sans ces petits sacs, nous en achèterons des neufs qui eux sont de meilleure qualité, ils pèseront donc deux ou trois fois plus que nos sacs originaux, pour un rebut équivalent ou probablement supérieur? Lorsque la partie sera finie, le pointage sera commerçants 1 contre environnement 0.

Les automobiles: voici le meilleur exemple de notre fuite en avant. Alors que nous sommes satisfaits en pensant avoir sauvé quelques grammes de plastique avec nos sacs d'épicerie, nous circulons avec des véhicules qui utilisent souvent 50 kg de combustible par semaine. Nous émettons donc ou moins 150 kg de gaz à effet de serre par semaine, soit 100 000 fois plus en poids que notre petit sac en plastique qui lui n'est même pas une menace pour l'écologie de notre planète.

Le constat est simple: de 95 à 100 % des véhicules automobiles en circulation ont des moteurs trop gros pour leurs besoins réels. Le problème est encore lié à l'argent, les fabricants nous proposent des modèles de base sans les options préférées des consommateurs, et des modèles de luxe à 5000 $ ou 10 000 $ de plus. Pour justifier la différence de prix, le moteur proposé est 30 ou 50 % plus gros, avec des conséquences directes sur la consommation de carburant.

Le plan vert: beaucoup d'autres exemples de fuite en avant pourraient être exposés, mais il y a aussi beaucoup de solutions qui peuvent être mises en pratique. Les changements réels ne pourront venir que d'une volonté politique largement soutenue par la population. Cela nécessiterait un leadership que les partis politiques qui proposent des plans verts concrets ne semblent pas avoir.


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