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@ Citoyen Montoya (Encore !!!)

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François Caron
Envoyé Le jeudi 04 septembre 2008 11:00



Cher, cher, cher Citoyen Montoya !

Je sais que je m'expose à une réponse dont je n'apprécierai pas nécessairement la teneur, mais Vous avez le don de provoquer chez moi une crise d'urticaire nationaleuse au contact de votre critique proverbiale face au fait canadien-français en Amérique.

Effectivement je conviens avec vous que le français de Kerouac n'est pas montrable en famille et ne devrait pas être publié sans une mise ne contexte rigoureuse et bien appuyée historiquement.

Mais sachez que ce français bâtard, ce créole, ce joual New England Style est le seul qu'il ait pu apprendre de parents pauvres émigrés d'un milieu pauvre agricole et rural vers un milieu tout aussi pauvre, mais urbain où l'aliénation de la force de travail et l'exploitation de ces Mexicains du Nord se faisait dans la langue du Vainqueur, de l'Envahisseur.

Ce peu de français acquis, ce français de piêtre qualité dénote d'une espèce de résistance au déni de l'existence par l'Autre, et se rappeler d'où l'on vient ne devrait pas être un péché; rappeler constamment d'où l'on vient cependant, directement ou pas, dénote d'une insécurité et d'une indéfinition de l'identité dans le pays d'accueil qui ne se corrige qu'en apprenant sa langue vernaculaire parlée par les masses populaires.

Kerouac se questionnait sur la sienne d'identité, et c'est le lot de la plupart des HumainEs, n'en doutez pas.

Ces ancêtres dont Kerouac et Nous descendons avaient cette langue en héritage, mais le patient travail de sape des Envahisseurs par l'imposition de leur langue et l'opression qui s'en suivit (dans le XIXème siècle, notamment) est une raison puissante pour expliquer l'érosion de la qualité du français parlé dans les mileux ruraux de la colonie britannique de Sa Majesté.

C'est cette langue que nous connaissons, nous entendons et comprenons sans problème au contact de nos aïeux ou de nos compatriotes des régions.

J'ai le bonheur d'avoir de la parenté à Baie-Saint-Paul, où le français parlé émaillé d'expressions régionales est le creuset de celui parlé par nos compatriotes du Saguenay-Lac-St-Jean, descendantEs des colons montés de Baie-St-Paul, mais là bien sûr je ne vous apprends rien.

Je veux donc vous dire que si j'entends des scories de français dans le parler créole et que je le comprends, c'est du français pauvre, mais du français quand même, et c'est une preuve que la surviviance du français en Amérique passe par une solidarité culturelle indéfectible avec les Cajuns, les Cadiens, les Fransakois, les Manitobains, les Ontarois, les Albertois, les Vancouverois, les Terr-Neufviens, les Antillais et tous les expatriéEs économiques, scientifiques ou culturels.

Une deuxième langue est si difficile à acquérir, et je ne vous demande pas de parler le joual couramment, mais bien de le lire, le comprendre par-delà les difficultées lexicales et syntaxiques et l'apprécier dans son contexte historique et social et surtout pas d'en faire un objet désincarné de curiosité folklorique.

Ce qui me fait dire en conclusion que Kerouac a toujours été des Nôtres, bien qu'ils soit né Américain,et bien que son français soit bancal au possible, parce que je le comprends dans son oralité et je ne juge pas de ses difficultés d'apprentissage.

De là a vouloir le récupérer comme écrivain québécois, c'est là un pas, à la suite de votre néanmoins brillante analyse littéraire, pour lequel je me ferai un plaisir de m'empresser de vous accompagner pour ne pas franchir.

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