La crise américaine s'étend à l'Europe et au Japon

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AFP
Édition du jeudi 04 septembre 2008

Mots clés : crise américaine, marché pétrolier, Dollar, Économie, Japon (pays), Union européenne (UE)

La chute du marché pétrolier et le dollar fort assombrissent les perspectives économiques mondiales

Après un record le 11 juillet à 147,50 $US, le baril de brut a vu son prix plonger jusqu'à 104 $US mardi, soit un tiers de sa valeur évaporé en sept semaines.

Photo: Agence Reuters

Paris -- La chute vertigineuse des matières premières et la remontée du dollar marquent l'éclatement d'une bulle spéculative et le changement de sentiment des investisseurs, qui voient la crise s'étendre à l'Europe et au Japon.

Après un record le 11 juillet à 147,50 $US, le baril de brut a vu son prix plonger jusqu'à 104 $US mardi, soit un tiers de sa valeur évaporé en sept semaines. Des événements comme la crise géorgienne ou l'ouragan Gustav, qui auraient il y a encore deux mois envoyé les cours pétroliers à de nouveaux sommets, ont tout juste entraîné un gain de quelques dollars, vite reperdus.

«Si les prix avaient été uniquement déterminés par l'offre et la demande, la baisse n'aurait pas été aussi rapide», constate Pierre Terzian, directeur de la revue Pétrostratégies. «Les fonds spéculatifs et investisseurs financiers présents sur le marché pétrolier ont fortement réduit leur exposition depuis le mois de juin», renchérit Harry Tchilinguirian, analyste pétrole chez BNP-Paribas.

Selon lui, le nombre des contrats pétroliers, qui détermine la taille de ce marché, est passé de 1,5 à 1,2 million depuis le printemps. Une contraction de 20 % qui illustre un désengagement massif du marché pétrolier, déclenché par l'assombrissement des perspectives économiques mondiales.

«Beaucoup d'investisseurs, après les bons chiffres de croissance du premier trimestre au Japon et dans la zone euro, voulaient croire que la crise américaine n'allait pas s'étendre», souligne l'analyste de BNP-Paribas. «Mais lorsque les indices d'activité ont commencé à chuter, il est devenu clair que les deux premières économies de la zone euro, l'Allemagne et la France, ainsi que le Japon, faisaient face à un sévère ralentissement», ajoute-t-il.

L'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE) a nettement abaissé mardi ses prévisions pour l'Europe et le Japon, et juge désormais le Vieux continent plus près d'une récession que les États-Unis. «Les investisseurs en ont déduit que cela aurait forcément un impact sur la Chine et les autres économies asiatiques, moteurs de la demande de matières premières», poursuit M. Tchilinguirian. Si les économies émergentes restent très dynamiques, la croissance est tombée au plus bas depuis trois ans en Inde et elle ralentit en Chine, de même que les exportations vers les États-Unis.

De fait, les investisseurs réduisent leur exposition non seulement au pétrole, mais aux métaux, liés à la construction et à l'industrie, et aux denrées agricoles, notamment le maïs et le soja, qui servent à produire les biocarburants.

Alors que pendant des mois, l'or noir a fait office d'antidote à l'affaiblissement du dollar pour les investisseurs, ce mouvement s'inverse aujourd'hui. La chute des cours pétroliers accompagne donc le rebond du billet vert face au yen, à l'euro et à la livre sterling.

L'assombrissement des perspectives économiques japonaises et européennes par rapport aux États-Unis participe de cette remontée du dollar, qui sert en outre traditionnellement de valeur refuge. «Pendant les périodes d'incertitude, on se reporte sur le cash, ça veut dire plus de dollars en portefeuille», explique M. Tchilinguirian.

Pour autant, souligne Véronique Riches-Flores, économiste de la Société Générale, le rebond du dollar et la baisse des matières premières pourraient ne pas durer. Les États-Unis devraient faire face à un ralentissement d'ici fin 2008, ce qui pourrait fragiliser leur monnaie. Quant aux matières premières, «si on assiste à la correction d'excès, il y avait des éléments fondamentaux derrière la hausse des cours ces derniers mois: à moyen terme, la croissance de la demande justifie un rebond des cours», conclut Mme Riches-Flores.


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