«Ça suffit!»
Mots clés : Barack Obama, Élection, Parti politique, États-Unis (pays)
Barack Obama critique sévèrement les deux mandats républicains et défend avec passion la «promesse américaine»

Photo: Agence Reuters
«C'est pourquoi je suis là ce soir. Parce que depuis 232 ans [depuis l'indépendance des États-Unis], chaque fois que ce rêve a été menacé, des hommes et des femmes ordinaires, des étudiants et des soldats, des paysans et des enseignants, des infirmières et des balayeurs ont trouvé le courage de maintenir ce rêve en vie», a poursuivi M. Obama.
Selon Barack Obama, le rêve américain a du plomb dans l'aile et une bonne partie de la responsabilité en revient aux politiques du parti adverse. Dans une adresse qui a duré trois quarts d'heure et a électrisé quelque 80 000 partisans rassemblés dans le stade Invesco de Denver, apothéose de la 45e convention démocrate, M. Obama a lancé plusieurs attaques frontales contre M. McCain, l'accusant de ne «pas comprendre» la situation actuelle des Américains. «Le bilan est clair: John McCain a voté [au Congrès] avec George Bush 90% du temps. Le sénateur McCain aime bien parler de jugement, mais vraiment, qu'est-ce que cela veut dire de votre jugement, lorsque vous pensez que George Bush avait raison à plus de 90%? Je ne sais pas pour vous, mais je ne suis pas prêt à miser sur 10%», a fait valoir le sénateur de l'Illinois.
«Je ne pense pas que le sénateur McCain se moque de ce qui se passe dans la vie des Américains. Je pense simplement qu'il ne le sait pas. Autrement, pourquoi définirait-il la classe moyenne comme [ceux] qui gagneraient moins de cinq millions de dollars par an», a encore dit M. Obama, quelques minutes après avoir officiellement l'investiture pour la course à la présidence des États-Unis. «Avec une profonde gratitude et une grande humilité, j'accepte l'investiture pour la présidence des États-Unis», a-t-il déclaré.
Il a également élaboré sur les thèmes qui guideront sa campagne. Dans le domaine économique, Barack Obama a promis de stimuler l'emploi, notamment en abolissant les exonérations fiscales des grandes sociétés qui délocalisent le travail, mais aussi de «réduire les impôts pour 95 % des familles [des classes] laborieuses».
Le candidat démocrate a en outre promis de «mettre fin en dix ans à notre dépendance au pétrole du Moyen-Orient», en favorisant les investissements dans les nouvelles sources d'énergie plutôt que dans les forages pétroliers au large des côtes américaines, comme le suggère M McCain.
Il a promis de «restaurer l'héritage» du parti démocrate en matière de politique étrangère, rappelant son opposition initiale à la guerre en Irak, à laquelle il veut «mettre un terme de façon responsable» selon un échéancier. «Nous sommes le parti de Roosevelt. Nous sommes le parti de Kennedy. Alors ne me dites pas que les démocrates sont incapables d'assurer notre sécurité», a-t-il déclaré.
Revenant sur son milieu familial (mère blanche originaire du Kansas et père noir venu du Kenya), il s'est présenté comme un produit du «rêve américain», avant de passer à l'attaque contre son adversaire républicain John McCain. Le discours de Barack Obama survient 45 ans jour pour jour après le «I have a dream» que Martin Luther King avait prononcé à Washington. Mais le sénateur de l'Illinois n'a presque pas abordé la question raciale.
«Trompeur», dit McCain
Le candidat républicain à la Maison Blanche John McCain a estimé pour sa part que le discours de son adversaire démocrate était «trompeur» et que le sénateur de l'Illinois n'était «toujours pas prêt à devenir président». «Ce soir, les Américains ont assisté à un discours trompeur qui était en contradiction fondamentale avec le maigre bilan de Barack Obama», a déclaré le porte-parole de M. McCain, Tucker Bounds, dans un communiqué diffusé juste à la fin de l'intervention du démocrate. «Barack Obama n'est toujours pas prêt à devenir président, cela n'a pas changé», a ajouté M. Bounds, alors que M. Obama n'avait pas encore quitté la scène du stade géant de Denver.
Signe de l'importance de l'événement pour le clan démocrate, il faut remonter à 1960 pour retrouver un candidat s'adressant à la nation américaine depuis un stade plutôt qu'un palais des congrès: John F. Kennedy, un homme à qui Obama est souvent comparé en raison de son charisme et de la volonté de changement qu'il veut incarner. Une soirée courue aussi, puisque, alors que le candidat s'exprimait en soirée, des files d'attente se formaient déjà en plein soleil devant le stade Invesco en milieu d'avant-midi, ce qui laissait présager que les 75 000 sièges seraient tous occupés, en plus du parterre devant l'estrade bleue dressée pour l'occasion.
La liste des invités avait également de quoi faire pâlir n'importe quel organisateur de cérémonie. Deux Prix Nobel de la paix, Jimmy Carter et Al Gore, étaient présents. Des stars de la chanson, du cinéma et du sport ont également fait le déplacement. Le show devait être assuré par les chanteurs Stevie Wonder et Sheryl Crow, tandis que l'actrice Jennifer Hudson devait interpréter l'hymne national. Détail non négligeable, le final de la convention démocrate a été davantage retransmis par les télévisions que les cérémonies des récents Jeux de Pékin.
Le stade Invesco at Mile High avait commencé à s'emplir dès le matin avec les militants du parti démocrate et les milliers de journalistes venus de 134 pays pour observer leurs travaux. En fin d'après-midi, sont arrivés les citoyens «ordinaires» venus assister au discours «historique» de leur idole. On trouvait dans l'auditoire des gens de tous âges, venus écouter un politicien qui a surtout la faveur des jeunes électeurs, selon la plupart des analystes.
La journée s'est déroulée dans une ambiance festive dans le grand stade de football de la capitale du Colorado. Agitant d'innombrables drapeaux américains, les spectateurs ont écouté les prestations de Sheryl Crow, Stevie Wonder et John Legend, et l'enfilade des autre discours partisans, avant de voir monter sur l'estrade leur idole celui qu'ils appellent tous «le prochain président des États-Unis». Toute la semaine, d'ailleurs, des artistes de styles et de générations différentes ont réchauffé l'assemblée.
«On sent l'électricité dans l'air. C'est extraordinaire de voir autant de personnes de conditions différents», a dit Bill deMoulin, un résidant de Golden, avant que le sénateur de l'Illinois ne prenne la parole. «C'est incroyable de participer à ceci. C'est historique, quelque soit l'issue de l'élection. On l'a souvent dit mais ça vaut la peine de le répéter», a enchaîné son épouse Laura.
Si les démocrates tiennent les promesses qu'ils ont faites depuis une semaine, on verra un parti plus à gauche, social-démocrate et favorable aux syndicats. Le parti démocrate a d'ailleurs appelé plusieurs travailleurs congédiés ou en situation précaire à témoigner devant les congressistes, en personne ou par vidéo. «C'est fantastique d'être une Américaine dans un tel moment où l'histoire s'écrit. Tout le monde aime Barack Obama. Son charisme lui confère de l'autorité», croit Christine Yancey, une dame venue de Boston. «Il comprend ce que les gens ressentent», croit-elle. «Il écoute et il prend le temps de réfléchir avant de donner une réponse», ajoute son amie Yoanne Manichi.
Vos réactions
Un vent d'ouverture - par Gabriel RACLE
Le vendredi 29 août 2008 16:00
Le politicien du début de paradigme - par Pierre Castonguay (p.castonguay@videotron.ca)
Le vendredi 29 août 2008 11:00
Pasteur Martin L. King en 2008: "I've had a ...nightmare" - par Claude Beaudet
Le vendredi 29 août 2008 10:00
Honte aux racistes américains ! - par Gilles Bousquet
Le vendredi 29 août 2008 09:00
Le charisme de Barack Obama - par Lorraine Dubé
Le vendredi 29 août 2008 08:00
La barre est trop haute ? - par andré michaud
Le vendredi 29 août 2008 08:00
Un vent d'ouverture - par Gabriel RACLE
Le vendredi 29 août 2008 03:00

