Les omnipraticiens passent de plus en plus au privé
Mots clés : FMOQ, RAMQ, omnipraticiens, Médecin, Québec (province)
Le Québec sera en déficit de 760 médecins généralistes en 2009
À l'heure où il manque près de 800 médecins généralistes au Québec, 96 omnipraticiens boudent le système public et exercent en privé seulement, selon des données publiées le 22 août par la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ). C'est deux fois plus qu'en janvier 2007. La croissance rapide de cette désaffection est d'autant plus préoccupante, aux yeux de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), qu'elle survient dans un contexte où plusieurs «bons» docteurs du réseau public sont au bord de la crise de nerfs!Selon les projections élaborées conjointement par ce regroupement et le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), le Québec sera en déficit de 760 omnipraticiens en 2009. «C'est une légère amélioration par rapport à 2007, où le nombre était de 790.
Nous estimons que l'arrivée de nouveaux médecins réussira à combler les départs à la retraite de nos membres», dit-il. Rien, cependant, ne permet d'espérer que le Québec arrivera à court terme à atteindre le radio souhaité d'un médecin généraliste par 1500 habitants.
La FMOQ est aussi très sensible à l'accélération de la croissance de l'exode de ses membres vers la pratique privée, un phénomène qui est maintenant répandu dans plusieurs autres régions que l'île de Montréal. Les départs ont en effet doublé depuis deux ans, le nombre des omnipraticiens ne participant pas à la RAMQ passant de 48 en janvier 2006 à 96 ce mois-ci. Les statistiques de la Régie révèlent de plus qu'un jeu de bascule s'est produit en 2007, alors que le nombre d'omnipraticiens non-participants a dépassé celui des spécialistes. Ces derniers étaient deux fois plus nombreux en 2001, soit 38 contre 18. Les omnipraticiens ont pris les devants depuis janvier 2007, et l'écart qui les sépare des spécialistes frôle maintenant les 20 de plus.
Autre nouveauté préoccupante pour la FMOQ: le phénomène est maintenant frappé de «démontréalisation». Ainsi, un peu moins du tiers des non-participants déclarés à la RAMQ en août, soit 31, exercent dans la métropole. Les autres contingents les plus importants se trouvent en Montérégie (26), dans les Laurentides (12) et à Laval (5). Il y a aussi des «hors-réseau-public» en Mauricie-Bois-Francs et en Outaouais, les deux régions qui affichent les besoins les plus criants de médecins généralistes, selon la FMOQ. À Québec, par contre, seulement deux omnipraticiens ont quitté la barque publique.
«On peut croire qu'un plus grand nombre d'omnipraticiens quittent le public à Montréal et dans sa couronne parce qu'il existe un marché plus lucratif en raison de la concentration de la population. Mais les départs ne s'expliquent pas uniquement par le désir de ces médecins de faire de l'argent en facturant plus cher ou parce qu'ils sont des partisans inconditionnels du privé», tient à préciser le Dr Ricard. Des sondages menés par l'Association médicale canadienne (AMC), des recherches universitaires ainsi que les échos des membres de la FMOQ l'amènent à d'autres hypothèses.
«Ce qu'on entend des médecins qui partent, comme de ceux qui restent au privé, c'est beaucoup de doléances sur les lourdeurs administratives du système, les mesures de contrôle souvent démesurées, les difficultés d'accès à des services spécialisés et certaines conditions de pratique archaïques, comme l'impossibilité d'accéder, depuis son cabinet, aux résultats de tests d'imagerie médicale et aux analyses de laboratoire», explique le Dr Ricard. Ces deux derniers irritants sont liés aux délais de mise en place du Dossier Santé Québec, le dossier patient informatisé. «Au chapitre de l'informatisation, nous sommes l'une des provinces les plus en retard au Canada», affirme-t-il.
Mixité et pénurie
Selon le Dr Ricard, certains généralistes aimeraient pouvoir oeuvrer dans un contexte de médecine mixte, partageant leur temps entre des activités dans le réseau de la santé et des interventions dans un contexte privé. La FMOQ a d'ailleurs demandé à son comité de planification des effectifs de se pencher sur cette possibilité le printemps dernier, dans la foulée du dépôt, par l'adéquiste Éric Caire, porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé, du projet de loi 392, qui ouvre la porte à cette formule, rapidement rejetée par l'ex-ministre Philippe Couillard.
«Pour les spécialistes, il est déjà possible d'avoir une pratique mixte, en effectuant au public des interventions payées par la RAMQ et, en privé, des actes non assurés, par exemple, des corrections de la myopie. Les omnipraticiens ne peuvent jouer sur les deux tableaux. Ils sont en dedans ou en dehors du régime public», explique le Dr Ricard. Contrairement aux spécialistes, il leur est aussi quasiment impossible d'alterner, selon les périodes, entre la participation et la non-participation parce qu'ils travaillent avec une clientèle dont ils doivent assurer le suivi.
Au-delà de ces considérations, le Dr Ricard estime que la mixité est difficilement réalisable dans le contexte actuel de pénurie sans aggraver encore plus la surcharge des omnipraticiens qui travaillent au public. «Nous avons de la difficulté à maintenir les services essentiels, comme les urgences et les accouchements. Imaginez ce qui arriverait si un plus grand nombre de médecins encore délaissaient une partie de leurs tâches dans le réseau public pour faire des consultations au privé?», illustre-t-il.
Pour la FMOQ, les 96 médecins non-participants du mois d'août, même s'ils ne représentent qu'un faible pourcentage des 7700 généralistes du Québec, sont le signe d'un malaise important qu'il faut prendre en compte. «Si on ne répond pas aux préoccupations grandissantes des médecins face aux conditions d'exercice de leur profession dans le réseau public, le phénomène de désaffection de la RAMQ va s'accentuer», conclut le Dr Ricard.
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