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Édition du vendredi 29 août 2008

Mots clés : Louise Forestier, Puerto Plata, Welcome, Musique, Québec (province)

Folk-Pop - MOODY MOTORCYCLE, Human Highway, Secret City - Fusion III - «Two-part harmony, there's nothing like it!» Ainsi s'exclamait Art Garfunkel, alors qu'il renouait avec son p'tit voisin du Queens lors de retrouvailles à la télé en 1975. Je fais mienne l'exclamation chaque fois qu'un duo bien assorti me réédite le long de l'échine ce frisson pourtant cent fois ressenti, des Everly Brothers à Jim Cuddy-Greg Keelor avec Blue Rodeo, et jusqu'à Marie-Annick Lépine et Catherine Durand épousant leurs doux timbres. C'est à nouveau le chatouillis exquis avec Human Highway, nommément Jim Guthrie et Nick Thorburn, vétérans de la scène pop canadienne, qui se sont extirpés de divers groupes le temps de cette alliance heureuse. L'intention n'est pas ici de faire neuf, mais frais: une sensibilité indie dans l'instrumentation au service de mélodies aux tournants aussi étonnants qu'étonnamment naturels. Oui, on entend la Sister Golden Hair d'America entre les lignes d'All Day, et on est de toute évidence dans les parages du Ram de McCartney un peu partout, mais c'est pour la bonne cause: ces bouquets d'harmonies qui n'en finissent plus de fleurir sont plus qu'odorants. - Sylvain Cormier

Downtempo - Welcome

James Pants, Stones Throw - Koch

La musique trip-hop et downtempo s'est rapidement assimilée à la musique d'ascenseur, aussi nommée «easy listening» pour des raisons évidentes. Après les innovations de Portishead et autres DJ Shadow dans les années 90, le genre n'a que répété les mêmes standards pour un public de jeunes adultes à la recherche du moins de dérangement possible. La quête est noble, nous avons tous besoin de calme parfois. Cependant, les albums offerts dans les magasins de disques se sont longtemps révélés minables. Avec le sens de l'humour bien en place, le batteur de fanfare (marching band) devenu multi-instrumentistes James Pants s'est inspiré des orchestrations funk et électro des années 1980 pour revitaliser ce style. Toujours riche en textures et en saveurs, son premier album, Welcome, vogue ainsi dans des eaux soul et new wave appuyées de quelques touches post-punk, techno et même vodou. Malgré certaines structures simplistes, surtout en deuxième partie, l'album du musicien originaire de l'État de Washington rappelle que le genre peut être riche et unique tout en étant facile d'écoute. - Étienne Côté-Paluck

Monde - MUJER DE CABARET

Puerto Plata, Iaso Records

Il vient de Puerto Plata, d'où son nom. Et à 84 ans, il vient de sortir son premier disque. On croirait avoir déjà écouté son histoire un million de fois. À Santiago, en République dominicaine, où il a vécu dans le quartier des maisons closes, il a porté le son à contre-courant depuis six décennies. Figure de proue de l'âge d'or de la guitare dominicaine, il ne fut soutenu, ni par les amateurs de merengue traditionnel, qui préféraient l'accordéon, ni par leurs contemporains, plus enclins à apprécier les vertus de l'orchestration. D'abord sonero, il a intégré dans son répertoire le merengue frénétique, un boléro plus champêtre et moins mélo que celui que l'on connaît, de même que de la ranchera humoristique. S'il emprunte parfois à la guaracha cubaine de Nico Saquito ou de Los Compadres, sa musique révèle un accent proprement dominicain, ne serait-ce qu'à cause du jeu très rythmique au requinto, un type de guitare utilisé par Edilio Paredes et Frank Mendez, qui se partagent avec leur groupe respectif l'accompagnement de ces pièces également rythmées de percussions. - Yves Bernard

Chanson - ÉPHÉMÈRE

Louise Forestier, JKP Musique - Sélect

Tout se rejoint. Les meilleurs groupes québécois d'aujourd'hui, Karkwa, El Motor, sonnent comme les champions folk-prog du début des années 70: la mélodie est de nouveau reine, les arrangements sont revedenus trippatifs. En cela, que Louise Forestier crée son 23e album avec son fils Alexis Dufresne, guitariste-claviériste d'El Motor, cela coule de source. La proximité n'est pas que familiale, mais d'esprit: c'est la Forestier de maintenant, qui ressemble furieusement à la Forestier d'il y a 40 ans, éternellement jeune sans jeunisme, s'alliant à un jeune musicien exigeant qui carbure comme elle à l'organique. Ça donne une sorte d'ancien disque neuf, oeuvre sans âge où tout est naturellement réussi: des textes sans esbroufe ni rimes fin finaudes, qui parlent de liberté, de solitude et de mescaline; des mélodies aussi rafraîchissantes qu'étonnamment familières (Loin d'ici, J'aime un chien, entre autres merveilles); des guitares, du piano, des harmonies, la voix extraordinaire belle et chaude de la chanteuse, et pas grand-chose d'autre. Le tout composant un album qui n'aura d'éphémère que le nom. - Sylvain Cormier

Classique - PUCCINI

La Bohème. Anna Netrebko (Mimi), Rolando Villazón (Rodolfo), Nicole Cabell (Musetta), Choeur et Orchestre symphonique de la Radio bavaroise, Bertrand de Billy. DG deux CD 477 6600.

Deutsche Grammophon met sur le marché une nouvelle intégrale du tandem Netrebko-Villazón. Il s'agit cette fois de La Bohème, gravée en avril 2007 à Munich. Qualifié par la presse populaire allemande de Traumpaar («couple de rêve», mais à la scène seulement car la très convoitée Anna Netrebko a pour conjoint le baryton Erwin Schrott, dont le premier récital, chez Decca, nous arrive ces jours-ci), le duo avait fait sensation dans La Traviata. Cette Bohème est moins réussie en raison de la fatigue vocale de Villazón, qui s'est d'ailleurs plus ou moins mis en année sabbatique depuis. Le timbre se crispe au lieu d'exploser, surtout dans les actes I et III. Cela dit, Villazón part de si haut que le niveau restant est très «acceptable». Netrebko, à ma grande surprise, est correcte sans plus, Cabell apparaît bien trop guindée en Musetta, alors que Bertrand de Billy impose une vision très nerveuse, mais intéressante, de la partition. Un demi-succès, qu'on ne saurait placer devant les versions Karajan, Beecham et Chailly. - Christophe Huss

Classique - GOULD-KARAJAN

Beethoven: Concerto pour piano n° 3. Sibelius: Symphonie n° 5. Glenn Gould, Orchestre philharmonique de Berlin, Herbert von Karajan. Sony 88697287822.

On me pardonnera d'avoir mis le nom des interprètes en exergue avant celui des compositeurs. Mais l'affiche Gould-Karajan a de quoi exciter l'imagination. On sait ce qu'il est advenu de la rencontre Gould-Bernstein dans Brahms -- Bernstein prenant le micro avant l'exécution pour dire qu'il n'était pas d'accord, mais que, par respect pour le pianiste, il allait quand même diriger. Ce concert du 26 mai 1957 n'est pas non plus un vrai inédit, puisqu'il avait été diffusé sur étiquette Music and Arts. Mais l'accès aux bandes mères de la radio de Berlin nous vaut ici un surcroît de présence sonore. La rencontre des fortes têtes ne provoque pas de clash. Karajan respecte son soliste et l'emprise interprétative de Gould se résume surtout à un largo plus allant que d'habitude. C'est un document unique et précieux, mais dans la discographie du 3e Concerto, le concert Guilels-Szell à Salzbourg (Orfeo) reste bien plus intéressant. Première diffusion discographique pour une 5e de Sibelius ardente, qui n'a pas le fini du premier enregistrement en studio du chef. - Christophe Huss


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