Opinion
Conférence mondiale sur le sida à Mexico - Une épidémie mieux contrôlée dans les pays en développement qu'au Canada?
Mots clés : épidémie, conférence mondiale sur le sida, Maladie, Mexique (pays)
Au cours de la conférence mondiale sur le sida qui a eu lieu cet été à Mexico, nombre de cliniciens et scientifiques ont commenté la transformation majeure qui s'est opérée dans le domaine du sida lors du passage d'une génération à une autre. Ils ont notamment souligné les changements qui ont eu lieu relativement à la gestion de cette maladie, laquelle demeure un cas sans précédent dans l'histoire de la médecine. Aujourd'hui, les médicaments antirétroviraux (ARV) permettent aux sujets infectés par le VIH/sida de survivre, tout en conservant une bonne qualité de vie. Cela n'a pas été le cas des personnes qui ont contracté le VIH au cours des années 1980-1990, et pour qui une progression rapide de la maladie a inéluctablement conduit à la mort.
De l'avis de la plupart des médecins, l'utilisation de ces nouveaux outils thérapeutiques maintient les patients dans un état chronique où le VIH/sida est contrôlé, état comparable à celui issu de l'utilisation de l'insuline chez les diabétiques ou de l'administration de médicaments antihypertenseurs chez les personnes atteintes d'une maladie coronarienne. Avec cette nouvelle génération d'ARV, il est désormais possible de stopper la multiplication virale, et ce, même chez les patients dont les possibilités de traitement sont sérieusement mises en échec parce qu'ils ont développé une résistance aux premières générations de médicaments. L'efficacité de ces nouveaux ARV a eu des effets sur le nombre de décès, lequel a largement chuté depuis l'introduction des premiers régimes de multithérapie antirétrovirale, au milieu des années 1990.
Taux d'infection croissants
Comment expliquer alors, malgré ces progrès thérapeutiques spectaculaires, le nombre croissant de nouvelles infections par le VIH dans la communauté homosexuelle, chez les utilisateurs de drogues intraveineuses ou auprès des personnes défavorisées? L'optimisme généré par ces progrès thérapeutiques a amené les cliniciens à observer un certain relâchement des comportements de prévention, lequel s'est traduit par une résurgence du nombre de nouveaux cas d'infection dans les pays industrialisés.
Un rapport récemment paru dans le Washington Blade, revue américaine s'adressant à la population homosexuelle, a démontré que le taux d'infection par le VIH avait augmenté de plus de 30 % au cours des cinq dernières années. Ces données contrastent radicalement avec la baisse spectaculaire du nombre d'infections par le VIH observée parmi la même population masculine gaie au cours des années 1980-1990.
Cette différence peut s'expliquer par le fait qu'il y a quinze ans, les personnes homosexuelles et d'autres groupes à risque avaient peur de contracter le VIH, étant donné que la solution de remplacement à l'utilisation des régimes thérapeutiques peu efficaces de l'époque conduisait, dans la majorité des cas, à une mort lente et douloureuse, la notion d'ARV sûrs et efficaces n'étant alors qu'un idéal.
Dans ce contexte, les organismes communautaires ont fonctionné de pair avec les populations vulnérables pour s'assurer que le message d'une sexualité protégée, incluant l'utilisation du condom et la limitation du nombre de partenaires, soit entendu. Aujourd'hui, force est de constater que la voix de ces mêmes organismes se fait plus rare, ou qu'elle est réduite au silence.
Problème aggravé
La Conférence mondiale sur le sida à Mexico a démontré que, dans les pays occidentaux, les infections par le VIH se produisaient généralement à l'intérieur de groupes comptant cinq personnes ou plus pouvant avoir été infectées par une seule et même souche virale. Cela démontre que les populations vulnérables qui contractent le VIH ont des partenaires sexuels multiples et que, dans ce contexte, le VIH a pu être transmis à plusieurs partenaires par une seule personne infecté, fort probablement au cours d'un même événement. Ce problème pourrait être aggravé par la consommation de substances, dont la méthamphétamine ou le Viagra, qui améliorent la performance, amenuisent les inhibitions sexuelles et prolongent la durée de l'activité sexuelle.
De plus, les souches de VIH résistantes aux médicaments peuvent aussi être transmises. À l'heure actuelle, il semble que de telles souches soient responsables d'environ 25 % des nouvelles infections au Canada et aux États-Unis. Les études ont également démontré que jusqu'à 50 % des nouvelles infections par le VIH pouvaient être transmises par des personnes nouvellement infectées qui ignorent leur statut sérologique. Il est clair que si nous voulons espérer limiter la propagation du VIH, une plus grande mobilisation des services de santé publique s'impose.
Un message important à faire passer aux populations vulnérables serait, entre autres, que les ARV sont des médicaments qui ne fonctionnent pas toujours comme nous le voudrions. Alors que les ARV sont de plus en plus efficaces pour bloquer la réplication du VIH, on assiste à une plus forte résurgence de cas de cancers et d'autres maladies associées chez les patients infectés par le VIH. L'explication la plus plausible est que l'infection par le VIH endommage de manière irréversible le système immunitaire, affaiblissant du même coup tout le système de défense de l'organisme. On peut envisager que la crainte de contracter un cancer, et non plus le VIH, dissuadera les personnes à s'engager dans des pratiques sexuelles à haut risque et mènera, à long terme, à une réduction du nombre de nouveaux cas de transmission du VIH.

