Vos réactions

Provocation pré-électorale

Réduire le texte Agrandir le texte Envoyer cet article Imprimer cet article Commenter cet article Fil RSS Droits de reproduction

Patrice Giroux
Envoyé Le vendredi 29 août 2008 13:00



À travers les évanescences pré-électorales des dernières semaines, la promesse fédérale d'un nouveau pont Victoria s'est envolée comme un ballon dans le ciel montréalais. Les experts nous rassuraient cependant. Avant de détruire la vielle structure, le nouveau pont devait être construit. Somme toute logique comme évidence, bien sûr, rien n'allait interrompe le flux continu des véhicules. Nous voilà rassurés.
Prenons la métaphore qu'un programme est également un pont, une artère, une véritable infrastructure. Tant sur la scène fédérale que provinciale ces dernières années, nous n'assistons plus à des compressions budgétaires, mais à l'arrêt complet d'un programme, pour des raisons de soi-disante efficience, jusqu'à ce qu'une réingénierie de ce programme mette au monde une nouvelle mouture améliorée et brillante de partout. Or, cette façon de faire est aussi stupide que celle de détruire un pont avant qu'une nouvelle structure ne soit en place. Rien n'est plus dommageable pour un milieu, un secteur économique, que de créer arbitrairement une telle crise, une telle discontinuité. Il s'agit d'un véritable infarctus délibérément provoqué, et de fait, d'une sommation, d'une démonstration de force vis-à-vis des secteurs économiques ciblés et concurrents, soit dans le cas présent, de ceux qui ne participent pas aux valeurs de la pensée unique et naïve d'une finalité absolue et concrète du profit, soit d'une création de la richesse qui ne passe que par le capital, rien d'autre.
Ajoutez à cette bêtise le fait que des décisions politiques estivales aussi radicales sont autant d'abus de confiance envers la population, peu importe votre allégeance politique, votre intérêt ou non à la culture, votre niveau de participation citoyenne ou votre écoeurantite de contribuable, des telles circonstances sont administrativement et politiquement aberrantes. La seule motivation derrière de telles décisions est le préjugé et le calcul politique basé sur la démagogie: le gouvernement Harper sait que pour gagner la prochaine élection, il doit seulement consolider le vote de droite. Si c'est pour les artistes et les sociétés affectées une situation critique, ce n'est pour le gouvernement que du machisme et du bluff pré-électoral. La prochaine manche sera, pour Harper, de rester de bloc face à la colère de ces pitres d'artistes. Joueront-ils le jeu à la manière Harper? Je les invite à être de plus brillants stratèges que ceux à la solde des conservateurs, ce ne devrait pas être trop difficile. Dans l'exercice imminent de manipulation de l'opinion publique, il faut s'attendre à entendre beaucoup parler du projet de banane géostationnaire au-dessus du Texas. Ces mêmes conservateurs ont fait le coup avec Vanitas (Sterbak) ou Voice of Fire (Newman), Les artistes devront probablement mettre de l'avant tout autant sinon plus les faiblesses de leur adversaire plutôt que de prêter le flanc à sa critique en ne tenant qu'un discours de revendication. Avec habilité, ils pourraient faire beaucoup plus de tort à Harper qu'il ne l'espérait.

Haut de la page

Recherchez dans le site

Recherche rapide dans Le Devoir.com