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Il faut comparer le comparable
Il y a plusieurs problèmes. Le premier est inhérent aux courants économiques. Depuis que New York a dépassé Londres comme métropole mondiale et depuis que Tokyo, et bientôt Shangaï vont, à leur tour, dépasser New York, Montréal devient de plus en plus éloignée des forces économiques (Vancouver au contraire, s'en rapproche). Le pacte de l'auto et d'autres décision de ce genre ont affaibli la métropole, mais rien ne peut être fait face à ces grands courants économiques. Montréal, comme Manchester ou Lille, est une ville d'une autre époque. Mais pourtant, Lille vient de redevenir la seconde métropole française, grâce à un programme de revitalisation efficace. Ceci confirme qu'à Montréal, le pire problème demeure interne.
L'étallement urbain et la balkanisation des quartiers peuvent être identifiés comme un des problèmes majeurs de la ville. Comment est-il possible qu'on ait fait marche arrière sur le projet de fusions minicipales? Au cours du XIXè siècle, toutes les grandes métropoles européennes ont procédé à plusieurs séries de fusions, qui font que Paris est Paris. Montréal a fait de même auparavant, ce qui en a fait la première métropole au Canada. Ce recul devant l'évidence est inquiétant. Comment accepter qu'une partie de la population refuse de faire partie du projet montréalais? Le problème aussi est toujours le même, les quartiers plus riches ne font pas partie de la ville, et ce ne sont pas les étudiants ou les petits travailleurs qui amèneront les taxes foncières nécessaires à mettre de l'avant des projets d'envergures. Avez vous vu Toronto récemment? Des grues partout, des immeubles de luxes en construction. Ici rien de comparable. Certes, il y a revitalisation, mais c'est timide. Faute de financement local adhéquat, il faut donc quémander l'acceptation de projets aux autres palliers de gouvernement, qui les acceptent ou réfutent, selon leur bon vouloir. Sinon, l'option retenue peut aussi être de manger dans la main du privée, qui va nous concocter un merveilleux petit griffintown afin d'encadrer le Home Depot local, ensemble qui sera, bien entendu, retenu dans 50 ans comme patrimoine de l'UNESCO.
Sinon, il y a aussi un manque criant de leadership, au niveau de la gouvernance urbaine. Les luttes de palais entre arrondissements, entre la métropole et les villes défusionnées n'aident certainement pas. Mais aussi, outre la grande bibliothèque, que tout le monde critique pour quelques panneaux de verres tombés (on parle de livres ici, pas de misérables vitres), il n'y a eu aucun projet d'envergure, outre, bien sûr, les idées de grandeurs de l'UQAM. L'aménagement du vieux port a été sabotté. Les vielles églises de Lachine du XIXè croulent, et personne ne veut payer les quelques millions pour les restaurer. Pire, plusieurs seront abattues pour faire place à des condos sans originalité. Le quartier des spectacles est l'investissement massif qui devrait potentiellement redorer le blason municipal. Dans ce projet gigantesque de plus d'un milliard, on a préféré sauvé quelques centaines de millions, plutôt que de devenir leader en la matière. Et si on avait engagé un architecte original, comme Barcelone le fit avec Gaudi, pour faire quelque chose d'exceptionnel? Oui, ça aurait coûté cher. Oui l'ensemble des projets de Gaudi furent ruineux. Oui, quand les gens vont à Barcelone, ils visitent tous le parc Guel, ainsi que sa cathédrale. Oui, l'industrie touristique fait maintenant beaucoup d'argent grâce à ce parc et à cette cathédrale. Oui, Barcelone à une identité. En passant Gaudi, c'était la fin XIXè début XXè, et la cathédrale est encore en construction, ramenant les pélerins, année après années. Dans toute entreprise, il faut risquer gros pour grandir. En ne risquant rien, on a rien.
Aussi, finalement, il faut comparer le comparable. Montréal ne sera jamais Paris, Londres, Moscou, New York, Tokyo, car elle n'est tout simplement pas de la même taille. Mais Montréal peut se comparer en taille et en dynamisme économique à des villes comme Barcelone, Milan, Berlin, Vancouver. Sans avoir l'histoire des villes européenne, elle pourrait tabler sur son dynamisme moderne et mettre en valeur ses quartiers du début du siècle. Elle pourrait aussi bâtir de nouveaux projets moins misérables que griffintown (qui visitera Griffintown?) Elle pourrait aussi tabler sur l'environnement et intégrer les toits verts et les jardins suspendus aux formes urbaines. Elle pourrait fermer certaines rues à l'automobile. Et pourquoi pas le tramway? Imaginez une grande ville jardin, des îlots de fraîcheurs urbains, des légumes organiques cultivés à même la ville et permettant de mieux intégrer les différentes communautés et quartiers? Les banlieusards auraient même envie de revenir en ville! Et les touristes viendraient en masse pour la visiter! Juste à voir le nombre de personnes se balandant au quaie branly à Paris ou dans les jardins du musée des civilisations à Québec, c'est un gage de succès, qui diminuerait, de plus la pollution tout en rendant le cadre de vie beaucoup plus agréable. Bref, il y a plein de choix à faire. Et c'est le temps d'investir. Même 3-4 milliards dans la métropole, pour des projets novateurs aurait un impact significatif. Former des jardins suspendus n'est pas un projet si coûteux. Border la rue St-Laurent de jardins aurait à peine augmenté les coûts... Il y a plein d'autres choses à faire, dans le domaine économique, culturel et social et peut être que l'ensemble serait coûteux. Mais peut-être pas si cher que ça, si l'on considère qu'années après années, les gens quittent Montréal et que l'assiette fiscale suivra évidemment une pente parallèle. Moins d'argent, pas de réaction, moins d'argent encore, voilà l'histoire de Montréal depuis les années 1970. Et que personne ne disent que l'expo ou les olympiques ont tué la ville économiquement. C'est la crise industrielle qui l'a frappée de plein fouet. Aussi,sans ces évènements, y aurait-il autant de touristes maintenant ici, pour visiter notre ville?... Pas de risques, pas de gains. Et le déclin.
