«Montréal ne sait plus où elle va»
Mots clés : Gilbert Rozon, Municipalité, Économie, Montréal
Gilbert Rozon en appelle à une «psychanalyse urgente» de la métropole

Photo: Jacques Nadeau
Tout en soulignant que l'administration Tremblay «gère la ville en bon père de famille», Rozon déplore le fait que depuis quelques années, Montréal tend à nier sa propre inertie et, pire, l'étiolement de son rayonnement et de son influence. «Quand on dit que Montréal est une métropole culturelle, c'est un discours parapluie, lance-t-il. Il suffit de se comparer à des villes comme Paris, Londres, New York ou Las Vegas pour s'en rendre compte. Là, nous sommes vraiment devant de véritables métropoles culturelles. Beaucoup d'autres villes, comme Berlin ou Moscou, ou même Toronto, pourraient prétendre à ce titre. Mais pas Montréal, qui pour le moment, peut être considérée comme une ville des festivals, sans plus.»
L'homme croit que la créativité de Montréal «est en danger» depuis quelques années et qu'il est temps de réagir. «Depuis la révolution tranquille, la ville a vu naître un nombre incroyable de créateurs, lance-t-il. Les Guy Laliberté, Céline Dion, Denys Arcand, Diane Dufresne, Simple Plan, Arcade Fire, François Girard... ont des échos en dehors du Québec et font en sorte que nous sommes respectés partout sur la planète. Ce n'est pas ordinaire pour une ville de trois millions d'habitants. C'est même une force», qui toutefois, faute de stimulation et d'encouragement de la relève, commencerait à perdre de son intensité.
Un vide qui s'installe
Habitué à voyager partout dans le monde, où il a vendu ses clowns dans les dernières années, le chef d'entreprise s'inquiète d'un certain vide qui pourrait bien s'installer à Montréal, une ville où par exemple les grands projets architecturaux, orchestrés par des grands noms de l'architecture moderne, comme cela a été le cas dans les années 60 et 70, font cruellement défaut. «On est loin de Bilbao, souligne Rozon. Le développement du Quartier des spectacles en est une belle preuve. Ça va être une vitrine exceptionnelle pour Montréal. Est-ce qu'elle va être l'occasion de poser un geste architectural remarquable, spectaculaire et pérenne? Est-ce que cela va être un espace urbain unique, avec une force symbolique? J'émets des doutes.» Et il ajoute: «Je ne supporte plus d'être le dernier de la classe en Amérique du Nord.»
Tout étant dans tout, Gilbert Rozon pense que les écueils que frappe Montréal depuis quelques années, en peinant à attirer des «starchitectes», à rénover ses infrastructures ou encore à stimuler sa création, est intimement lié au fait que la ville «ne sait plus qui elle est» et se chercherait désespérément, sans se trouver. «Nous sommes rendus à l'étape de l'introspection», croit-il.
Dans cette optique, son idée est d'ailleurs de faire appel aux cerveaux du Montréal qui bouge, qui s'exporte et qui crée afin d'établir rapidement l'identité de la métropole, mais aussi de définir ses aspirations et surtout ce qui pourrait devenir sa ligne de conduite pour les années futures. «On devrait réunir une quinzaine de personnes par petits groupes pour leur demander de réfléchir sur Montréal, d'évaluer ses forces pour les accentuer et ses faiblesses pour les surmonter, dit-il. Il faut que ce soit des libres penseurs qui n'ont pas d'agenda politique, pour que ce soit crédible. Au final, on pourrait alors présenter un projet concret et des solutions au maire et au ministre de la Métropole, qui ferait alors ce qu'il veut avec.»
Cette «étape», Rozon la place d'ailleurs dans la foulée d'une critique virulente lancée l'an dernier au maire Gérald Tremblay -- dans les grandes lignes, il l'a accusé de ne pas avoir de plan ni de vision pour sa ville. «Je ne veux plus être le chialeux professionnel, dit-il. Je veux agir aussi pour ma ville». Il estime que les chefs cuisiniers Martin Picard ou Normand Laprise, l'homme de chiffres Henri-Paul Rousseau, le boss du Cirque du Soleil Guy Laliberté, le «Radio-Canadien» Sylvain Lafrance, le créateur Dominique Champagne ou l'ex-pilote de Bombardier, Laurent Beaudoin, entre autres, pourraient être invités à prendre part à ces cellules de réflexion identitaire et urbaine. «Il sortirait sans doute des idées surprenantes de ce type de rencontre entre des gens capables de faire des liens entre le local et le reste du monde», souligne-t-il.
«Tant que l'on n'a pas compris qui on est, ce que l'on veut et où l'on va, cela va être difficile d'avancer, dit celui qui croit que Montréal peut facilement, «avec ses actifs» devenir, par exemple, comme Hollywood, «un laboratoire de création». «D'un point de vue économique, je suis sûr que si Montréal avait une image plus claire d'elle-même, une image renforcée pas juste dans sa publicité mais aussi dans son urbanisme, ses bâtiments, ses politiques, son transport en commun, ça créerait des emplois.» Et du même souffle, de la richesse, un thème qui depuis plusieurs années fait vibrer le patron de l'empire mondial de la blague en tout genre. Il pense d'ailleurs que Montréal est à l'aube de «donner naissance à un Time Warner», cette grande multinationale américaine du divertissement. Mais pour cela, la métropole qui se cherche, selon lui, doit bien sûr se trouver très vite.
Vos réactions
Il faut comparer le comparable - par Tom Poti
Le jeudi 28 août 2008 22:00
Vision et moyens - par Marie Gaudreau (marie@gaudreau.com)
Le jeudi 28 août 2008 19:00
La fièreté à une Ville : Montréal - par Jacques Lafond (lafond.overtime@gmail.com)
Le jeudi 28 août 2008 15:00
CESSONS DE VOULOIR IMITER. - par Jacques Léger (ljleger@sympatico.ca)
Le jeudi 28 août 2008 13:00
Installer une guérite avec un douanier à la porte des écluses... - par Patrick Lépine
Le jeudi 28 août 2008 13:00
Moi j'ai le gout d'être big et d'avoir d'autres Expo 67 - par Jean Lahoud
Le jeudi 28 août 2008 12:00
Encore plus...Montréal doit reprendre son rôle de Métropole du Canada et rayonner sur le monde - par Jean Lahoud
Le jeudi 28 août 2008 11:00
"Maman, c'est pourtant bel et bien, finiiii...!" - par Pierre Samuel
Le jeudi 28 août 2008 10:00
Pas encore des stades olympiques - par André Chamberland
Le jeudi 28 août 2008 10:00
MM. Raymond Royer et Michel Venne - par Josiane Klassen (rene.pigeon@nrcan-rncan.gc.ca)
Le jeudi 28 août 2008 10:00
Faites preuve d'humour, M. Rozon, riez-en ! - par André Chamberland
Le jeudi 28 août 2008 09:00
L'identité montréalaise et le fleuve - par Monique Désy Proulx
Le jeudi 28 août 2008 09:00
Rozon a raison... - par william morris
Le jeudi 28 août 2008 09:00
Montréal ne sait plus où elle va - par Angelo Zenga
Le jeudi 28 août 2008 09:00
Montréal a tout pompé,même vous Monsieur Rozon - par Fernand Trudel
Le jeudi 28 août 2008 09:00
Le syndrome du Stade Olympique plane encore - par Paul-André Bouchard
Le jeudi 28 août 2008 09:00
Le sommet de Lucien Bouchard - par bernard bujold (lestudio1@gmail.com)
Le jeudi 28 août 2008 09:00
j'ai pas le goût d'être Big - par Normand Chaput
Le jeudi 28 août 2008 08:00
Pour un groupe de réflexion permanent à Montréal / Montréal Stratégique - par Michel Magnant
Le jeudi 28 août 2008 05:00

