Opinion
Libre-Opinion - Assez, c'est assez !
Mots clés : discipline, Mario Dumont, Parti politique, Éducation, Québec (province)
Lorsque j'ai lu Le Devoir de ce mardi, dans lequel Mario Dumont évoquait son désir de voir plus de discipline à l'école, les cheveux m'ont dressé sur la tête. Pour tout dire, j'en ai assez. Assez de ces fonctionnaires, de ces politiciens qui, sans être présents sur le terrain, ne font que présenter à la population une image négative de l'école publique québécoise, comme si rien de bon ne s'y faisait, comme si nos écoles ne savaient pas à quoi rime un projet de vie, un projet éducatif!
Assez aussi de voir la ministre de l'Éducation se plier aux demandes des parents pour gagner quelques votes et exiger des enseignants qu'ils remettent des bulletins chiffrés et qu'ils se remettent aux dictées, sans porter la moindre attention à l'avis des professeurs dans ces dossiers.
En fait, j'en ai ras le bol qu'on dénigre nos enseignants et qu'on les dépossède d'une confiance qu'ils méritent amplement et qui leur permettrait de choisir quels outils leur semblent le plus propices pour transmettre le savoir. L'idée viendrait-elle à M. Dumont ou au ministre de la Santé d'obliger les chirurgiens à utiliser tel scalpel plutôt que tel autre dans le but de sauver des vies? Je ne crois pas.
Je travaille auprès des clientèles scolaires depuis plus de dix ans. Je suis une travailleuse culturelle, j'accueille des élèves au théâtre et je me rends dans des classes afin de sensibiliser les jeunes au spectacle auquel ils assisteront avec leurs enseignants (du moins, jusqu'à ce que les conservateurs de Stephen Harper considèrent que le fait de sortir de mon théâtre pour me rendre en classe constitue une mini-tournée et qu'ils me coupent les vivres pour ce faire...).
Grâce à mon travail, je suis témoin, semaine après semaine, de l'excellence du travail de nos enseignants, de leur dévotion et de leur investissement. Mes visites dans les classes ne durent que 20 minutes, durant lesquelles j'ai la plupart du temps l'attention respectueuse et complète des élèves. Je les adore, mais je n'aurais jamais l'énergie nécessaire pour passer la journée à animer ces groupes.
Les enseignants passent plus de six heures par jour avec leurs élèves. Je leur lève mon chapeau. Ils travaillent dans des conditions difficiles: le bruit dans nos écoles mal insonorisées est incessant, la fenestration souvent défectueuse, les classes sont bondées et les enfants ayant des troubles de comportement, parfois sévères, monopolisent leur attention; malgré tout cela, ces gens enseignent, écoutent, apprennent aux enfants à régler leurs conflits pacifiquement et à vivre en société. Et comme si ce n'était pas assez, on leur demande de pallier les éducations parentales déficientes. Monsieur Dumont, un enseignant, ça n'a rien d'une gouvernante privée!
Mario Dumont veut plus de discipline à l'école? Ne sait-il pas que beaucoup se joue avant six ans, et que si un enfant est roi et maître chez lui, il peut bien porter un uniforme à l'école, cela ne l'empêchera pas de se montrer récalcitrant à toute forme d'autorité? Voilà où l'enseignant doit user de pédagogie pour venir à bout de cette opposition. La discipline s'accompagne du respect, et le respect de la confiance.
Si l'on évolue dans une société où les citoyens, la classe politique et les parents ne font pas confiance à ceux qui enseignent à leurs enfants et ne les respectent pas, comment voulez-vous que pour les enfants, l'enseignant soit l'autorité suprême?
Les professeurs qui réussissent à se faire respecter de leurs élèves -- et ils sont nombreux -- ont réussi à établir avec eux une relation de confiance; mais pour que l'enfant fasse confiance à un adulte, il faut qu'il ait senti, dans sa petite enfance, que les adultes sont dignes de cette confiance.
Au lieu de vouloir faire de nos institutions scolaires des écoles militaires, il serait préférable de voir naître des programmes qui permettraient aux parents, présents et futurs, d'améliorer leurs capacités parentales. Peut-être que cela permettrait, au fil du temps, de modifier le visage de nos écoles publiques.
Pour cela, il faut prôner d'autres stratégies que celles de couper dans les programmes sociaux. La mère d'un de mes amis enseignants, enseignante elle aussi, répliquait à tous ceux qui trouvaient qu'elle avait trop de semaines de vacances: «À Noël, je prends des vacances. Mais l'été, je suis en convalescence!»
J'espère de tout coeur que les enseignants du secteur public du Québec se sont bien reposés cet été et qu'ils se sentent fin prêts pour la rentrée. Dans une société qui se targue de mettre l'éducation dans ses priorités, nous devrions considérer nos enseignants comme des alliés, qui méritent notre confiance et notre estime.

