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N'importe quoi!

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Terra Sativa (terrasativa@globetrotter.net)
Envoyé Le mardi 26 août 2008 23:00



En garantissant d'abord à nos partenaires que nous sommes bel et bien certifiés biologique par Écocert Canada depuis 2005 (2004 ayant été l'année de notre pré-certification) et que la preuve de cette certification est disponible à quiconque en fait la demande.

Nous sommes à priori fâchés de considérer la possibilité de fraudes dans le milieu des paniers d'ASC. Mais ces fraudes sont-elles réelles? Le CARTV, le Conseil des Appellations Réservées et des Termes Valorisants, qui chapeaute entre autres le bio au Québec, a publié sur son site une réponse à l'article* qui démontre que le journaliste n'est pas allé bien loin dans ses vérifications et que les fermes qu'il dénonce sont en fait bel et bien en processus de certification à l'exception d'une seule. Il semble avoir là manquement à une certaine rigueur, pour ne pas parler de désinformation...

Faut-il blâmer Équiterre, qui affirme sur son site et dans sa promotion que toutes les fermes affiliées à son réseau sont en processus de certification bio? Nous laisserons l'organisme faire son enquête avant de lui jeter la pierre mais il est certain qu'il y a matière à examen. Et si l'organisme est fautif, il s'agit d'une faute importante qui nuit énormément à toute la crédibilité qu'il peine à construire. Néanmoins les révélations du CARTV tendent à disculper Équiterre.

Mais ce qui ressort surtout au-dessus de tout ça, c'est un gros, gros, gros soupir de fatigue. D'écoeurement. De voir tellement d'efforts, de travail menacé par de telles allégations. Et d'un certain ras-le-bol d'avoir à sa charge un poids qui devient de plus en plus dur à porter.

Le journaliste parle dans son article du "privilège" de la certification bio acquis "au prix de quelques centaines de dollars par année". La charge frôle davantage le millier de dollars. Une partie de ces frais vont au certificateur, et une partie non-négligeable qui augmente constamment à chaque année va au CARTV. Cet organisme est aussi financé par les certificateurs, pour qui les frais d'accréditation sont très élevés. Donc, à bien y regarder, les fermes contribuent deux fois au roulement du CARTV. Dans sa défunte forme du CAAQ, l'organisme recevait aussi de l'argent du MAPAQ mais de façon décroissante, dans le but d'en faire un organisme qui s'autogère avec ses propres cotisations dans un modèle de PPP. Maintenant que l'organisme s'occupe en plus du bio de toutes les appellations géographiques et de terroir qui s'en viennent (Savoir-Faire Orléans, Agneau de Charlevoix etc...), de l'argent neuf est venu du Ministère mais je doute fort que le bio y ait gagné au change.

Ajoutons à cela Équiterre; un organisme dont j'estime le travail mais qui là encore vient chercher sa cotisation chez nous. En plus de majorer les frais des paniers de 15$ pour soutien au réseau, nous devons payer une cotisation annuelle à l'organisme pour apparaître sur sa liste. Ces frais sont normaux, nous ne les critiquons pas, et si nous voulons critiquer leur utilisation Équiterre nous donne le droit de le faire dans les règles de la démocratie participative. Mais c'est pour souligner un autre frais qui nous est imparti pour avoir le "privilège" de faire des paniers bio. Et je ne parle pas de l'UPA!...

Tout ça s'accumule à d'autres irritants, comme celui d'avoir à gérer en rognant nos terres la dérive des pesticides utilisés par les voisins. D'avoir à fonctionner sans droit à l'assurance agricole. Bref de tout assumer seul, par son travail acharné aux limites du sacerdoce, de faire vivre tous ces gens et organismes qui ne font que nous donner le droit de produire de la nourriture sans empoisonner personne! Nous n'avons pas besoin d'expliquer à nos partenaires à quel point notre ouvrage est exigeant, ils le savent et le comprennent. Trois personnes travaillent à temps plein, sept jour sur sept, et deux autres les font 5 jours semaine chez nous. Pour ces cinq personnes, un seul salaire (qui se détaille sous le seuil de la pauvreté) est payé. Cela signifie qu'il nous faut en plus travailler à l'extérieur pour vivre. Tout ça est affaire de choix; nous avons fait celui de démarrer une entreprise agricole à partir de rien et nous sommes loin de vouloir apparaître misérables. Mais on se tanne parfois de voir nos presque pas de revenus s'envoler en formulaires et droits d'existence pour ensuite voir tant d'efforts ruinés par un article apparemment mal documenté.

On ne produit pas d'orignal en peluche ou de désodorisant à coffre à gants, on produit de la nourriture! Un bien essentiel! Et pas des moindres; des légumes! l'aliment de base de toute personne souhaitant utiliser l'alimentation comme source de santé! Serait-il possible qu'on nous démontre un peu de respect? Que le gouvernement s'extirpe de ses discours sirupeux pour soutenir directement les fermes bio au lieu de subventionner les satellites qu'on lance sans cesse autour d'eux? Que l'on comprenne qu'il y a un prix à la nourriture que l'on mange et que ce n'est pas du tout celui que l'on paye à l'épicerie! Le prix des légumes n'a pour ainsi dire pas augmenté depuis 30 ans. Croyez-vous que les charges ont aussi stagnées? Ce que le journaliste appelle des "prix forts" en parlant du bio, je serais bien curieux de savoir avec quoi il l'a calculé.

La ferme Terra Sativa pourrait s'affranchir de tout ça. Cesser sa certification bio, sa participation à Équiterre et mener sa barque seule, en ne donnant à ses partenaires que sa parole et la chance de venir voir par eux-mêmes comment nous travaillons. Nous considérons pour l'instant que notre participation à tout ça fait partie de l'engagement citoyen qui nous anime, un mouvement de plus dans la gesticule effrénée de notre indignation. Face à l'injustice, la pollution, la malhonnêteté, tout ce qui nous décourage parfois d'être descendu d'un arbre un jour pour faire un feu et cuire de la viande... Et il y a des jours, comme le 25 août 2008, où ce découragement est plus aigu.

En guise de conclusion, je conviendrai qu'il est ardu pour un consommateur de trouver des valeurs sûres, de prendre en main les responsabilités qui vont avec son pouvoir d'achat et de les mettre en pratique. L'ASC est une formule en laquelle nous croyons. Et en attendant que le monde réalise que pendant qu'on s'inquiète de savoir si l'air de notre peau a une allure d'apparence saine, s'il y a des germes sur la clé du congélateur ou si notre Coors Light est vraiment froide, il y a du monde qui travaillent dur à de vraies choses. Ceux qui dénigrent leurs efforts peuvent toujours aller manger un hot-dog lystériose...

Vos fermiers de famille de Terra Sativa terre de cultures

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