Opinion
Quelle est la vraie valeur de renonciation de notre électricité?
Mots clés : hausse, Tarif, Hydro-Québec, Électricité, Québec (province)
Chaque fois qu'Hydro-Québec propose une augmentation tarifaire, il se trouve des observateurs, souvent les mêmes, pour dénoncer ce qu'ils qualifient de trop faibles hausses, des hausses comportant une trop grande valeur de renonciation, des hausses qui appauvrissent le Québec.
Est-il besoin de rappeler que Hydro-Québec Distribution doit composer avec des surplus d'électricité, une situation excédentaire qui durera vraisemblablement au-delà de 2011, faisant en sorte qu'elle a déjà peine à écouler ses surplus sur les marchés? C'est d'ailleurs pour cette raison que la Régie de l'énergie lui a permis de suspendre le contrat qui la liait à Trans Canada Energy, considérant plus avantageux de payer la pénalité pour annulation du contrat que de vendre sur les marchés à un prix oscillant autour de 5 ¢\kWh; c'est aussi cette réalité de marché qui a incité la Régie à accepter le report des livraisons en provenance de Hydro-Québec Production.
En raison de la structure des marchés d'exportation où les prix sont fixés en fonction de l'offre et de la demande et du fait qu'Hydro-Québec Production est déjà un joueur majeur dans ces marchés, il est impératif que ses interventions soient faites de façon stratégique en choisissant les quantités à exporter au moment opportun. En fait, l'objectif ici est d'obtenir un prix optimal pour notre électricité et non pas de maximiser les quantités exportées.
Car, selon les données des trois dernières années, des prix supérieurs à 8 ¢/kWh sur le marché de l'Ontario n'ont été disponibles que 15 % du temps, soit l'équivalent de 56 jours dans une année. Qui plus est, le prix moyen obtenu sur ce marché pour toute cette période n'est que de 5,4 ¢/kWh. Des données semblables s'appliquent aux marchés de New York et de la Nouvelle-Angleterre. Il faut aussi savoir que, durant le court laps de temps où il est payant d'exporter, les interconnexions limitent les exportations à un maximum de 6 TWh.
De plus, les prix espérés, selon les prévisions sur les marchés américains jusqu'en 2020, se situent sous la barre des 6 ¢/kWh. Le tarif moyen payé par les clients résidentiels au 1er avril 2008 était de 7,19 ¢/kWh. Il semble donc clair que la valeur de renonciation est loin d'être aussi élevée que certains le prétendent.
Or, regardons maintenant l'autre côté de l'équation, c'est-à-dire ce à quoi on renoncerait si les tarifs industriels augmentaient au coût de marché comme cela est suggéré par Marcel Boyer, ce qui amènerait les grandes entreprises consommatrices à déménager leurs activités dans des endroits où les tarifs sont plus bas. Un sondage effectué auprès d'un échantillon représentatif des grandes entreprises consommatrices a permis de chiffrer la valeur de leurs dépenses d'exploitation. Elles s'élèvent à 14 ¢/kWh tandis que le prix marginal pouvant être obtenu de l'exportation n'est que de 6 ¢/kWh. En matière d'entrées de fonds pour le Québec, les 4,1 ¢/kWh qui est le tarif L payé par les grands industriels devient 14 ¢/kWh en incluant la masse salariale et les dépenses locales alors que les 6 ¢/kWh en provenance de l'exportation ne représentent que 2 ¢/kWh en sus du tarif L.
Quels que soient les savants exercices auxquels peuvent se prêter les théoriciens pour quantifier les retombées des revenus générés par les activités d'exportation, il est peu probable que les retombées économiques générées par ces 2 ¢/kWh surpassent les dépenses de 10 ¢/kWh faites par les entreprises dans l'économie du Québec.
Comme le Québec arrive très loin derrière de nombreux endroits en Amérique du Nord et dans le monde pour ce qui est des tarifs industriels, que, dans les marchés ultracompétitifs qui sont les nôtres, quelques sous du kWh peuvent faire la différence entre poursuite des activités et fermeture, augmenter les tarifs au Québec, c'est renoncer à un développement économique qui s'avère très profitable pour plusieurs communautés. Bref, la véritable valeur de renonciation qui appauvrirait le Québec serait de renoncer à l'apport des grandes entreprises consommatrices qui ont façonné notre économie.

