Harper a détruit les relations Chine-Canada, estime Chrétien
Mots clés : relations Chine-Canada, Stephen Harper, Jean Chrétien, Gouvernement, Chine (République populaire) (Pays), Canada (Pays)

Une tradition diplomatique
Stephen Harper a rompu avec une tradition diplomatique qui remonte à Diefenbaker, alors que ce premier ministre conservateur avait permis que le Canada vende du blé à la Chine au début des années 60. Cette ouverture à la Chine avait été maintenue par tous ses successeurs. «On a bâti quelque chose qui a été débâti», a déploré M. Chrétien. «C'était une attitude indépendante. On n'est pas passé comme le nouveau petit chien des États-Unis.»
«En commençant par Diefenbaker, Trudeau et tous nous autres avons établi de très bonnes relations, relativement parlant, avec la Chine, et soudainement les ponts sont coupés.»
Sous l'impulsion de Pierre Trudeau, qui s'est rendu en Chine en 1970, le Canada a établi des relations diplomatiques avec l'État chinois avant que ne le fassent les États-Unis et beaucoup d'autres pays occidentaux. Que ce soit Joe Clark, Brian Mulroney ou lui-même, tous les premiers ministres canadiens avaient cherché à maintenir de bonnes relations avec la Chine, a relaté M. Chrétien.
Stephen Harper a commis une erreur parce que la Chine, c'est la deuxième économie en importance dans le monde à l'heure actuelle et qu'elle sera la plus importante dans 50 ans, a fait valoir l'ancien chef libéral. «Quand même le Canada boycotterait seul la Chine, ça ne changera pas grand-chose aux Chinois», a-t-il fait remarquer.
«On fait affaire avec l'Arabie saoudite; ce n'est pas une grande démocratie. La Jordanie, ce n'est pas une grande démocratie. L'Égypte, c'est une démocratie [mais] il faut le dire vite», a-t-il souligné. Or le Canada maintient de bonnes relations diplomatiques et commerciales avec tous ces pays.
Stephen Harper aurait dû faire comme Nicolas Sarkozy: mettre son orgueil de côté et aller à Pékin. «Regardez le discours de Sarkozy sur la Chine: il a ravalé ses paroles et il y est allé», a fait valoir M. Chrétien. Avant la tenue des Jeux, le président français avait durci le ton avec le gouvernement chinois, critiquant la situation des droits de l'homme en Chine. Il a d'abord menacé de ne pas se rendre à la cérémonie d'ouverture des Jeux, mais il s'est ravisé par la suite. Avec le concours de l'ancien premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, le corps diplomatique de la France s'était évertué à réparer les pots cassés. «Parce que les Chinois sont comme ça: "Parfait, vous ne nous aimez pas; aussi nous n'achèterons plus d'aliments ou de parfum français, ni de vêtements français"», a illustré M. Chrétien.
L'absence de M. Harper aux Jeux ainsi que les relations que cultive le premier ministre canadien avec le dalaï-lama ont irrité Pékin. Le chef spirituel du Tibet en exil a reçu du Canada le titre de citoyen honoraire en 2007 et M. Harper l'a reçu dans ses bureaux du Parlement. «Ce n'était pas un compliment pour la Chine», a euphémisé M. Chrétien. «Bien sûr, le Tibet est un problème. Mais c'est un problème pour eux depuis bien longtemps.»
L'attitude du chef conservateur a déjà entraîné des effets néfastes sur le commerce entre les deux pays, a constaté M. Chrétien «On est rendu au bas de l'échelle. Demandez à n'importe quel homme d'affaires qui va en Chine», a-t-il dit. Les événements organisés par le Conseil commercial Canada-Chine attiraient jusqu'à 3000 personnes dont 2000 Chinois quand il était premier ministre. «Il n'y a plus qu'une centaine de Chinois», s'est-il désolé. «Comme Canadien, je déplore qu'on ait perdu notre position.»
Jean Chrétien s'est vanté d'avoir rencontré le président chinois pas moins de 14 fois, tout en rappelant les deux importantes missions économiques, appelées «Team Canada», qu'il a menées en terre chinoise. Devant les membres de l'Association du Barreau canadien, il a signalé les immenses changements qui sont intervenus en Chine depuis 1994, au moment où il prenait le pouvoir à Ottawa. Ainsi, les autorités chinoises ont instauré des élections pour les gouvernements des villes. Dans ses cours de justice, la Chine a changé le fardeau de la preuve, les accusés étant innocents jusqu'à preuve du contraire. Les présidents chinois respectent la Constitution; ils ne font pas plus de deux mandats. Toutes ces avancées réjouissent M. Chrétien, qui, quand il était premier ministre, a soulevé la question des droits de l'homme dans un discours prononcé à l'Université de Pékin. Mais à sa manière, a-t-il précisé: «J'ai appelé ça de la gouvernance.»
Les Chinois ont choisi de garder leur régime communiste. «Ils seront différents. Ils pourraient avoir le régime actuel pour longtemps», estime-t-il. Mais la démocratie elle-même n'est pas parfaite, a-t-il avancé en citant Winston Churchill.
Par ailleurs, Jean Chrétien s'est opposé à Stephen Harper sur un autre sujet: il estime que le détenu canadien à Guantánamo, Omar Khadr, aurait dû être rapatrié pour être jugé au Canada, ce que le gouvernement canadien refuse de faire en prétextant que des procédures judiciaires sont en cours aux États-Unis. Tous les autres pays occidentaux ont rapatrié leurs ressortissants qui étaient détenus dans cette prison militaire.
Vos réactions
Faire la manchette. - par Gerry Pagé
Le vendredi 22 août 2008 08:00
Ambigüités - par Gabriel RACLE
Le mardi 19 août 2008 15:00
Chrétien en a bâti des liens avec les Chinois - par Pierre-S Lefebvre
Le mardi 19 août 2008 15:00
Tout à fait vrai - par andré michaud
Le mardi 19 août 2008 10:00
Encore un qui s'ennue de ne plus être en politique active ! - par Bernard Gervais
Le mardi 19 août 2008 10:00
Bof... - par Yvon Montoya
Le mardi 19 août 2008 09:00
Bof... - par Yvon Montoya
Le mardi 19 août 2008 09:00
La belle-mère de Shawinigan - par jacques noel
Le mardi 19 août 2008 09:00
Ambigüités - par Gabriel RACLE
Le mardi 19 août 2008 09:00
L'argent n'a ni couleur ni odeur. - par Normand Parisien
Le mardi 19 août 2008 07:00

