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Du bon et du mauvais recours à l'auto-réglementation

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rodolphe bourgeoys
Envoyé Le lundi 18 août 2008 18:00



Je crois qu'en général, l'auto-règlementation est mauvaise lorsque appliquée à des organisation. Elle est requise pour la plupart des activités de l'individu car il faut éviter de s'immiscer dans la vie privée et les choix personnels des INDIVIDU. C'est l'idéal de l'éthique: pour être libre, il faut s'auto-discipliner. Mais cela n'est absolument pas nécessaire avec les organisations, dont la liberté est indépendente de celle de leurs membres (un employeur peut être "libre" d'opprimer ses employés mais inversément, contrôler une entreprise n'empêche pas les administrateurs d'être libres dans leurs vies personnelles).

L'auto-règlementation est aussi appropriée lorsqu'elle concorde avec l'intérêt: par exemple, les compagnies de cartes de crédit sont encore plus efficaces que la police pour lutter contre la fraude et aussi, ne tiennent pas rigueur aux utilisateurs fraudés. C'est qu'il en va de leur intérêt si elles veulent que les gens se sentent en confiance d'utiliser des cartes de crédit. L'auto-règlementation peut aussi être inévitable lorsque des compétences spécialisées sont requises, par exemple, les professions.

Mais l'auto-règlementation devient carrément perverse lorsqu'elle place le sujet en conflit d'intérêts, voire d'obligations. Par exemple, les dirigents d'une entreprise ont l'obligation légale et éthique de tout faire pour maximiser les dividentes versées aux actionnaires. Et les actionnaires ont intérêt à ce que les dirigents gèrent de cette manière. On ne peut donc compter sur les actionnaires pour surveiller les dirigents en regard des intérêts des TIERS.

Demander aux gens de porter deux casquettes, celle de personne intéressée et celle de policier limitant la satisfaction des intérêts personnels, est carrément absurde, voire cruel. On demande à la personne de se sacrifier et on compte sur elle pour voire à ce que cette obligation de sacrifice soit respectée, en allant même jusqu'à revendiquer que la personne se sacrifie alors que tout indique qu'elle n'est pas surveillée. Cela est une atteinte terrible à la nature humaine et place la personne conscientieuse dans un état de scission cruel et handicapant. Deux choses peuvent arriver: 1) la personne ne le fait pas. Elle se dit qu'après tout elle n'est pas surveillée et que les autres ne sont probablement pas mieux qu'elle. Pourquoi jouer à Jésus-Christ sur la croix ? Vaut mieux être Romain ! 2) la personne est éminemment conscientieuse et joue le jeu mais alors elle est innefficace car ses énergies sont divisées et tournées contre elles-mêmes; il y a un dédoublement de la personne en A et B et A travaille contre B. Il est beaucoup plus censé de revenir à la logique sous-tendant la séparation et l'équilibre des pouvoir en droit constitutionnel américain: laisser chacun faire ce qu'il fait le mieux et le faire aussi bien et aussi loin qu'il le peut jusqu'à ce qu'il rencontre un obstacle. Pour éviter les abus, s'assurer que quelqu'un d'autre, spécialisé dans le contrôle des abus, fasse lui aussi ce qu'il fait le mieux et le fasse aussi bien et aussi loin qu'il le peut jusqu'à ce qu'il rencontre un obstacle. Ce que fait le mieux le secteur des affaires: bâtir de la richesse au niveau micro. Ce que fait le mieux l'État: poser et appliquer des normes, réguler, surveiller, punir et intervenir au niveau macro.

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