Le grand complice

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Serge Truffaut
Édition du lundi 18 août 2008

Mots clés : crise financière, Banque, Économie, États-Unis (pays)

Amorcée il y a un an, la crise financière a contraint les banques à radier des milliards de dollars, en plus d'acculer des centaines de milliers de personnes à la faillite. Il y a peu, les trois coups de l'acte 2 se sont fait entendre. Son sujet? La re-réglementation et la foire d'empoigne qu'elle va susciter.

De tous les épisodes qui ont rythmé ce feuilleton économique, celui de la banque d'affaires Bear Stearns s'avère le plus riche en enseignements, aussi divers que prépondérants. Tout d'abord, parce qu'il met en relief la crainte profonde qu'avait Ben Bernanke, le patron de la Réserve fédérale (Fed), d'être témoin d'une tragédie ayant la Grande Dépression des années 30 comme seul point de comparaison. Afin d'en éviter la répétition, Bernanke a ouvert les vannes du crédit en injectant des milliards et des milliards de liquidités en plusieurs étapes. Mais il a surtout...

Il a surtout orchestré le sauvetage de Bear Stearns, un des plus importants établissements financiers de Wall Street, en pilotant, plus exactement, son rachat par JP Morgan. Aujourd'hui, on assure que Bernanke avait la certitude, et non l'intuition, que, si Bear fermait ses portes, alors l'effet systémique serait inévitable. Tout l'édifice, tout Wall Street serait passée à la trappe, avec ce que cela suppose notamment de cohortes de chômeurs.

Le secours apporté à une banque réputée être la plus dynamique de son secteur, parce qu'elle propose un éventail de produits financiers complexes plus imposant en nombre, avait ceci de très particulier: l'autorité réglementaire chapeautant Bear Stearns, Goldman Sachs et autres s'appelle la SEC, le policier de la Bourse, et non la Fed. Cette dernière a autorité sur les banques commerciales.

À la faveur de ce sauvetage, on a donc assisté à l'intrusion de la Fed sur un territoire jusqu'ici interdit ou, plus précisément, réservé à une autre administration. Alors, pourquoi cette pénétration? Au nom de quoi a-t-elle été justifiée? Après étude approfondie des us et coutumes observées par les pontes de Wall Street, Bernanke ainsi que le ministre du Trésor, Henry Paulson, en sont arrivés à la conclusion que la multiplication de véhicules financiers très complexes avait pour justification, pour raison d'être, la volonté des banquiers d'affaires de se mettre le plus possible hors de portée des autorités réglementaires.

À cette ambition vicieuse, il faut ajouter la montée en puissance des fonds d'investissement, les Cerberus, Carlyle Group et autres qui échappent à bien des contrôles auxquels sont soumis certains de leurs concurrents. Entre des outils financiers et des fonds n'apparaissant ni sur le radar de la Fed, ni sur celui de la SEC, Bernanke et Paulson ont évidemment convenu qu'un rappel à la discipline devait être lancé.

D'autant qu'après les subprimes, les hypothèques exotiques, le papier commercial adossé à des créances, une autre série de magouilles ont été récemment mises à jour. On pense évidemment à la vente aux enchères d'obligations, surtout municipales. Des courtiers, des banques ont délibérément escroqué des organismes, des fonds de pension, des épargnants. C'est alors que les procureurs fédéraux sont entrés en scène.

Prenons l'exemple d'Andrew Cuomo, le shérif de l'État de New York. Après avoir pénalisé les agences de notation Moody's, Standard and Poor et Fitch pour leurs errements, voilà que, après négociations avec Citigroup et UBS, des ententes hors cour ont été conclues. Signe de l'étendue des malversations commises, Citigroup a écopé d'une amende de 20 milliards. Problème? En menant des pourparlers avec les dirigeants de ces établissements, Cuomo s'est immiscé de facto dans le débat sur la réglementation. Et ce, au grand dam notamment des avocats des investisseurs lésés par Citigroup et consorts.

Bon. Une ribambelle de produits financiers inventés à l'aune de l'opacité ont mis l'État dans l'obligation d'intervenir en mettant sur la table des milliards et des milliards de dollars que les contribuables seront appelés à rembourser. Des centaines et des centaines d'individus et de sociétés ont été littéralement escroqués sans que les malfrats à l'origine de ces détournements soient inquiétés, par suite des ententes hors cour.

La cause de ce fiasco, l'origine de ce désastre a un nom: la déréglementation tous azimuts. Cela n'a rien à voir avec un quelconque biais idéologique mais bien avec la logique, la rationalité mâtinée d'éthique. En un mot, permettre l'autoréglementation, l'autodiscipline, comme l'État le fait depuis une vingtaine d'années, revient à être complice de la prévarication, à être le moteur de la corruption.


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Du bon et du mauvais recours à l'auto-réglementation - par rodolphe bourgeoys
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