Un festival de la coupe à Ottawa

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Guillaume Bourgault-Côté
Édition du jeudi 14 août 2008

Mots clés : Verner, programmes supprimés, conservateurs, Gouvernement, Subvention, Canada (Pays)

Au moins six programmes ont été supprimés en une semaine. D'autres suivront.

Le cabinet de la ministre Josée Verner s'est refusé à tout commentaire hier

À défaut de médailles à Pékin, le gouvernement fédéral se fait le champion de la coupe en culture à Ottawa. La liste des programmes supprimés s'est ainsi encore allongée hier. Et les réactions ont afflué, concert unanime de protestations restées sans réponse.

Selon un décompte fait par Patrimoine canadien en fin de journée, au moins six programmes de soutien aux artistes et aux compagnies culturelles ont été abolis depuis la semaine dernière. Une situation qui fait dire au directeur général du théâtre Les Deux Mondes, Pierre MacDuff, que les conservateurs «ont le sens du festival».

Avec PromArt (4,7 millions) et Routes commerciales (neuf millions) disparaissent donc le Programme national de formation dans le secteur du film et de la vidéo, le Fonds canadien du film et de la vidéo indépendants (1,5 million), le Trust pour la préservation de l'audiovisuel (300 000 $) et celui pour la préservation de la musique.

À ces annulations confirmées, il faudra vraisemblablement ajouter le Fonds des réseaux de recherche sur les nouveaux médias, le Programme national des écoles de formation (2,5 millions) et l'Observatoire culturel canadien.

À Ottawa, c'est le silence complet: exception faite de PromArt, aboli parce que certains de ses bénéficiaires n'étaient pas jugés aptes à représenter le Canada à l'étranger, aucune explication n'a été donnée pour justifier la fin des autres programmes.

Le cabinet de la ministre Josée Verner s'est refusé à tout commentaire hier, et directive a été donnée au service des communications du ministère de ne pas répondre aux questions des médias. Il est toutefois «probable» qu'un porte-parole soit désigné aujourd'hui.

Le mutisme observé par Mme Verner depuis le début de la série d'annonces (qui n'ont en réalité fait l'objet d'aucune communication) a fait bondir le porte-parole libéral en matière de patrimoine, Denis Coderre. «Elle mérite l'Oscar de la figurante de l'année, catégorie "Je sers à rien", dit-il. On dirait qu'elle et le gouvernement cherchent à réinventer la définition du mot pathétique.»

M. Coderre trouve «révoltante» l'attitude d'Ottawa dans ce dossier. «On nous dit que la culture est une dépense inacceptable. C'est abject.» Le député estime plutôt que chaque dollar versé à ce secteur «est un investissement». «Mais là, on vient de laisser tomber des dizaines d'années d'investissements qui avaient un impact réel et démontraient la profondeur et la diversité de notre culture.»

Sa collègue au Bloc québécois, Claude DeBellefeuille, se disait aussi «choquée» hier, tant par l'attitude de la ministre Verner que par les décisions d'Ottawa. «C'est bien la manière conservatrice, dit-elle, de procéder ainsi en catimini, en plein été, durant les Jeux olympiques. Ça dénote beaucoup de mépris du gouvernement envers les artistes.»

Concernant la suppression du programme PromArt pour des raisons essentiellement idéologiques, Mme DeBellefeuille indique «qu'il ne faut rien comprendre à la culture pour penser pouvoir juger ainsi ce qui est bon ou mauvais».

Milieu en colère

La consternation est aussi grande dans les milieux culturels québécois et canadien. «Nous sommes de plus en plus perplexes devant ce qui se passe, indique Alain Pineau, président de la Conférence canadienne des arts. Il y a une inquiétude croissante dans le milieu. On regarde les panneaux tomber et on ne comprend pas ce qui se passe.»

Le Mouvement pour les arts et les lettres (MAL) -- qui représente environ 14 000 artistes -- s'est dit «littéralement catastrophé» par les nouvelles.

Dans un communiqué, le porte-parole Stanley Péan indique que ces décisions «appliqueront un terrible coup de frein à un secteur ayant considérablement contribué au rayonnement du Canada à l'étranger. On comprend mal que le gouvernement canadien veuille se priver d'un formidable outil de relations publiques qui l'a pourtant si bien servi depuis des décennies».

L'Association canadienne de production de films et de télévision (ACPFT) et l'Association des producteurs de films et de télévision du Québec (APFTQ) ont aussi réagi hier, se disant «très préoccupées» par des «réductions qui risquent de ternir la réputation du Canada à l'étranger», selon Sandra Cunningham, présidente du conseil de l'ACPFT.

«Faire valoir la culture canadienne sur la scène internationale ne profite pas uniquement aux artistes, cela contribue aussi à stimuler le tourisme, l'immigration, les affaires et l'investissement au Canada», dit-elle.

À l'ACPFT, on craint un «effritement» de l'industrie si Ottawa ne revient pas sur sa décision et si le financement n'est pas renouvelé au Fonds canadien de télévision et au Fonds des nouveaux médias du Canada.

À la tête d'un théâtre qui a joué dans 32 pays et quelque 200 villes depuis 30 ans, Pierre MacDuff estime «difficile d'analyser rationnellement des décisions qui semblent tout à fait irrationnelles». «Pour nous, chaque dollar [de subvention] nous permet d'aller chercher 5,72 $ ailleurs. Ce sont des devises qu'on dépense en partie en tournée, mais aussi beaucoup chez nous, dans notre économie. En bout de piste, ce sont des programmes qui ne coûtaient rien [aux contribuables].»

M. MacDuff trouve d'autant plus étonnante l'attitude d'Ottawa que la «culture sert souvent de lien diplomatique à l'étranger. Nous avons été la première troupe occidentale à jouer à Hanoï, au Vietnam, après la guerre, dit-il en parlant d'une tournée réalisée en 1994. Ce genre d'événement permet de consolider les liens entre les pays, d'ouvrir le chemin à de nouvelles relations commerciales».

L'ensemble des intervenants politiques et culturels à qui Le Devoir a parlé depuis mardi ont indiqué être en période de réflexion et de concertation pour déterminer quelle réplique donner à la situation. La ministre québécoise de la Culture, Christine St-Pierre, a demandé mardi des explications à Mme Verner.

Les conséquences des coupes dans les programmes touchent l'ensemble du secteur culturel québécois (Robert Lepage, les Grands Ballets canadiens, l'Institut national de l'image et du son, la Société des arts technologiques, les compagnies de théâtre, de danse...), première victime de ce ras-de-marée de compressions.


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